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le prix du nickel est actuellement faussé
La Vie Financière N°3228 / Vendredi 20 Avril 2007 / Catégorie : Bourse

Eramet ne cesse de grimper en Bourse, au gré des acquisitions et des rumeurs d'OPA qui circulent. Son président rappelle que le capital est contrôlé et revient sur un dossier brûlant : celui du gisement de nickel de Koniambo.
 
Jacques Bacardats, président-directeur général
 

Selon Anne Lauvergeon, présidente d'Areva, la participation du groupe nucléaire dans le capital d'Eramet (26 %), « c'est trop ou pas assez ». Que vous inspirent ses propos ?

J. B. Je suis d'accord avec elle : 26 %, c'est un chiffre qui, en soi, ne veut pas dire grand-chose. A l'origine, l'Etat détenait 55 % d'Eramet. A la suite de plusieurs opérations, nous avons développé la branche manganèse du groupe, mais aussi racheté la société Aubert & Duval. La participation de l'Etat est tombée à 26 % et est détenue par Areva. Effectivement, aujourd'hui, soit la part d'Areva diminue, et, dans ce cas, son investissement dans Eramet devient une sorte de placement financier. Soit, au contraire, elle augmente de façon significative, et cet investissement prend alors tout son sens, car il devient véritablement stratégique.

Dans cette hypothèse, Areva ne serait-il pas contraint de lancer une OPA ?

Pas forcément car, aujourd'hui, nos deux principaux actionnaires, Areva et la famille Duval, liés par un pacte, contrôlent déjà 63 % du capital. La famille Duval est le plus important actionnaire avec 37 %.

En ce qui concerne Eramet, la spéculation enfle en Bourse. Vous avez vous-même déclaré récemment que votre groupe était opéable...

Mes propos ont été déformés. En théorie, Eramet est effectivement opéable. La concentration bat son plein dans le secteur minier. Or Eramet est une très belle société, avec des actifs de qualité, un savoir-faire reconnu et une taille modeste - 4 milliards d'euros de capitalisation - comparée aux géants du secteur. Cela attise les convoitises. Cependant, j'estime que nous sommes beaucoup moins en danger que la plupart des sociétés du CAC 40. Le pacte d'actionnaires qu'Areva et la famille Duval ont conclu une première fois en 1999 a été reconduit en 2006 pour un an. Au-delà de cette échéance, leurs positions sont solides. Ils partagent notre vision stratégique. Et, pour l'instant, ils sont très satisfaits des résultats d'Eramet.

Le résultat de la prochaine élection présidentielle peut-il avoir un impact sur la participation de l'Etat dans le capital ?

Depuis 1999, la position des gouvernements successifs, de droite ou de gauche, est restée la même : l'Etat veut rester actionnaire, via Areva. Il a passé des engagements avec la Nouvelle-Calédonie. Il a à coeur d'y garantir une certaine paix sociale. Sa présence dans le capital d'Eramet, qui, présent sur le Caillou depuis cent vingt ans, en est le premier acteur économique, est un moyen parmi d'autres. En outre, à l'heure où tous les grands pays (Chine, Etats-Unis, Russie, Canada, Australie) cherchent à conserver ou à mettre la main sur des ressources de matières premières, il serait étonnant que la France se désengage d'un des seuls groupes miniers qui batte encore pavillon tricolore.

Vous avez présenté un projet industriel pour l'exploitation du gisement de Koniambo, en Nouvelle-Calédonie, qui appartient au suisse Xstrata. Qu'espérez-vous obtenir ?

Certes, le gisement ne nous appartient plus depuis fin 2005, depuis son attribution à SMSP-Xstrata. Mais, alors que le site reste aujourd'hui désespérément vierge, nous apportons un élément nouveau au dossier. Nous avons mis au point une technologie innovante (hydrométallurgie), qui permet de traiter les différents types de minerais, riches et pauvres, extraits sur place. C'est la technologie que nous utiliserons pour notre site indonésien de Weda Bay. Ce procédé fonctionne, nous l'avons démontré. Grâce à cette innovation, nous pourrions exploiter au mieux l'ensemble des richesses de ce gisement. Nous sommes prêts pour cela à nous associer avec la SMSP [Ndlr : Société minière du Sud Pacifique, contrôlée par les indépendantistes] et Xstrata. C'est ce que j'appelle « le schéma de la main tendue ». Une usine doit voir le jour rapidement dans le nord de l'île. C'est une nécessité.

Pourquoi Eramet dénonce-t-il la spéculation actuelle sur le nickel et la hausse des prix ?

De tels niveaux de prix poussent aujourd'hui les consommateurs à trouver des produits de substitution, bien moins chers car de moindre qualité. Si le phénomène s'inscrit dans la durée, les producteurs seront les premiers touchés. Le prix du nickel, tel qu'il est actuellement défini à la Bourse des métaux de Londres (LME), est faussé. En fait, le vrai marché du nickel, certes tendu, reste équilibré, alternant entre un déficit et un excédent d'environ 20 000 tonnes selon les semestres. Les stocks des producteurs et des sidérurgistes équivalent à peu près à huit semaines de production, soit le même niveau qu'en 2002.

Dans ce contexte, est-il difficile de faire des prévisions financières ?

Nous y parvenons tout de même. N'oubliez pas que les branches manganèse et alliages représentent deux tiers de notre activité. Et la visibilité y est bien meilleure que dans le nickel. Cette année, nous tablons sur une marge opérationnelle globale d'environ 20 %. Un objectif volontairement prudent, car nous restons soumis aux caprices du prix du nickel. S'il continue à progresser, la marge dépassera 20 %. L'augmentation de 38 % du dividende proposé aux actionnaires démontre notre confiance dans la permanence de nos résultats. Tout en poursuivant un ambitieux programme d'investissement et en conservant les moyens de saisir les opportunités de croissance externe


Le manganèse... aussi

Eramet, ce n'est pas que du nickel. Le groupe est le deuxième producteur mondial de minerais et d'alliages de manganèse, pour un chiffre d'affaires de 1,15 milliard d'euros (supérieur à celui du nickel). Les résultats, même pénalisés par la baisse des prix, restent à un niveau confortable : 170 millions d'euros de bénéfice opérationnel courant en 2006. La demande continue de croître. Et la production d'Eramet suit : 3,5 millions de tonnes de minerai seront produites en 2008 (contre 3 millions en 2006) ; les volumes d'alliages devraient augmenter de 5 à 6 % cette année. Le groupe vient d'inaugurer une nouvelle usine dans la sud de la Chine pour fournir les fabricants de piles alcalines (Energizer, Duracell), déjà présents sur place et profiter d'un marché en plein essor R. G.

Eramet en chiffres

Spéculation

50 000 $

C'est environ le prix auquel se négocie actuellement la tonne de nickel sur le marché des métaux de Londres (LME). Il a triplé en un an.

Bilan solide

353 MEuro(s)

C'est la trésorerie nette du groupe fin 2006. Les investissements réalisés restent importants : 340 millions d'euros en 2006, 375 millions prévus pour 2007.

Dividende

2,80 Euro(s)

Tel est le montant du dividende proposé aux actionnaires au titre de l'exercice 2006. En augmentation de 38 %, il traduit les très bons résultats enregistrés ces trois dernières années.

Nickel

58 %

C'est la part qu'a représentée la branche nickel en 2006 dans la formation de l'Ebitda global du groupe. Elle s'établissait respectivement à 45 et à 43 % en 2004 et 2005.

Propos recueillis par Romain Gueugneau
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SOITEC SOITEC : 2.94€  (+9.79%) 3.14€
+9.79%
KAUFMAN ET BROAD KAUFMAN ET BROAD : 7.39€  (+7.40%) 7.55€
+7.40%
ORCO PROPERTY GRP ORCO PROPERTY GRP : 5.35€  (+7.06%) 5.46€
+7.06%
TRIGANO TRIGANO : 3.79€  (+5.99%) 3.89€
+5.99%
UBISOFT ENTERTAINMENT UBISOFT ENTERTAINMENT : 18.49€  (+5.96%) 19.19€
+5.96%
SOCIETE GENERALE 27.66€
-13.42%
MANITOU BF 8.9€
-10.73%
GEMALTO 15.22€
-10.47%
BIOMERIEUX 51.76€
-7.65%
SANOFI-AVENTIS 40.28€
-6.93%

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