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| la croissance est dans les pays émergents |
| La Vie Financière N°3197 / Vendredi 15 Septembre 2006 / Catégorie : Bourse |
SEB Dans un contexte de marché toujours difficile, le groupe de petit électroménager annonce des résultats semestriels en demi-teinte. Mais
les projets d'acquisitions en Chine lui ouvrent des perspectives prometteuses. |
Thierry de La Tour d'Artaise, président-directeur général |
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Vous annoncez des résultats assez contrastés pour le premier semestre. Tiendrez-vous vos objectifs pour 2006 ? T. T. A. Compte tenu de l'environnement, notre activité s'est déroulée de manière satisfaisante durant les premiers mois de l'année. Notre chiffre d'affaires affiche une croissance soutenue de 11,8 %, et de 5,8 % à données constantes. En ce qui concerne l'évolution de la marge opérationnelle, le bon niveau d'activité en volume est malheureusement contrebalancé par le renchérissement des matières premières et par un effet prix négatif en Europe. Nous subissons depuis trois ans la concurrence des marques de distributeur et des no name avec son impact sur les prix. Pour ce qui est du résultat net, celui-ci a été affecté de manière exceptionnelle au premier semestre par les charges liées au plan de restructuration annoncé en janvier 2006. Comme celles-ci s'appliquent à une marge opérationnelle qui, au premier semestre, ne représente traditionnellement que 20 à 25 % de la marge opérationnelle de l'année, SEB affiche une perte nette de 17 millions d'euros. Pour l'ensemble de l'année, nous attendons une croissance interne assez soutenue du chiffre d'affaires et une marge opérationnelle à données constantes voisine de celle de 2005 en valeur. Cette année, l'impact de la hausse du prix des matières premières devrait être compris entre 18 et 20 millions d'euros, contre 12 millions en 2005. Notre objectif est d'arriver à un bénéfice net d'environ 90 millions d'euros. Vous êtes sur le point de racheter le spécialiste chinois des articles culinaires Supor (147 millions d'euros de chiffre d'affaires). Que pensez-vous de la réaction de deux de ses concurrents qui s'opposent à cette opération ? Il s'agit surtout d'un concurrent de Supor, qui conteste l'opération, en mettant en avant qu'elle créerait une situation de monopole. Cet argument n'a pas de sens. SEB ne vend quasiment pas d'articles culinaires en Chine et Supor ne détient que 10 % de ce marché. Pensez-vous concrétiser rapidement cette opération ? Pratiquement, nous avons déjà obtenu l'accord des actionnaires de Supor. Nous sommes d'autant plus confiants que l'opération a été plébiscitée à 96 % par les individuels et institutionnels présents ou représentés à l'assemblée générale de Supor, seuls autorisés à voter. Les actionnaires fondateurs de la société, la famille Su, étant directement concernés par l'une des résolutions proposées à l'assemblée, n'ont pas pu prendre part à ce vote. Reste maintenant à obtenir le feu vert du CSRC (l'équivalent de l'AMF) et du ministère du Commerce. L'autorité de marché est au courant de cette opération depuis le début et nos contacts se passent bien. C'est d'ailleurs le CSRC qui est à l'origine de la modification de la législation boursière, qui autorise, depuis juillet, un groupe étranger à prendre plus de 30 % du capital d'une entreprise chinoise cotée en Bourse par le biais d'une OPA partielle, ce qui permet d'éviter un retrait de la cote. Et nous sommes en relation avec le ministère du Commerce auquel nous avons fourni tous les éléments du dossier. Nous savons que cela prendra du temps, mais nous espérons être fixés d'ici à la fin de l'année ou au début de l'année prochaine. Pourquoi avoir choisi de vous développer en Chine plutôt qu'en Inde ? Et pourquoi Supor représente-t-il une véritable opportunité pour SEB ? Nous avons privilégié la Chine pour plusieurs raisons. Il existe là-bas un vrai réseau de distribution et une classe moyenne importante. Supor est une très belle marque « coeur de gamme » bien connue en Chine. Ses produits sont vendus par un important maillage de 300 grossistes exclusifs et de 250 vendeurs, là où SEB en compte moins de 40. Enfin, la société dispose d'un outil industriel local performant, auquel nous allons pouvoir apporter des innovations et de la technologie. Le second intérêt pour nous est que, grâce à la combinaison de notre force de frappe commerciale et marketing et de la production à faible coût de Supor, nous pourrons nous développer en Asie du Sud-Est. Les marchés émergents connaissent une croissance annuelle à deux chiffres dans l'électroménager, alors qu'elle ne dépasse guère 2 % dans les marchés matures saturés. Supor sera la grande marque du groupe SEB en Chine. Les syndicats français et les politiques ont-ils de bonnes raisons de s'inquiéter de cette opération alors que, en même temps, vous annoncez une rationalisation de votre outil industriel ? Je crois qu'il faut distinguer deux choses. D'une part, la croissance : tous les groupes doivent, pour se développer, chercher la croissance là où elle est. Aujourd'hui, cette croissance se trouve dans les pays émergents. Pour cela, il faut être un acteur local avec un outil industriel local. D'autre part, la seconde problématique est celle de la compétitivité de l'Europe face à la Chine : notre réponse a toujours été l'innovation. Mais il existe des familles de produits, comme les grille-pain, où il n'est plus possible d'innover. Quand un produit se banalise, nous ne sommes plus compétitifs en France, et nous devons sous-traiter la fabrication. Mais, encore une fois, ce sont deux sujets tout à fait différents Une stratégie rentable Oublier 2006 et miser sur 2007 ! Le marché a lourdement sanctionné le titre à l'annonce des résultats semestriels. Pourtant, si les réorganisations internes pèseront dans un premier temps sur la rentabilité du groupe, l'accélération de la montée en gamme des dernières acquisitions sera bénéfique à terme. Le virage stratégique avec l'acquisition du chinois Supor est prometteur. Non seulement cette opération offre des perspectives importantes vers les marchés d'Asie du Sud-Est, mais permet aussi d'équilibrer la production. Elle aura en outre un effet positif sur le bénéfice de SEB, dès la première année, estimé autour de 1 à 2 %. Une perspective que le marché ne prend pas en compte actuellement. Le titre se paie 10 fois environ les estimations de bénéfice par action pour 2007 P. DF. SEB en chiffres Marques 5 C'est le nombre de marques mondiales du groupe : Moulinex, Tefal, Rowenta, Krups et Lagostina. Croissance + 5,8 % C'est la hausse des ventes au premier semestre à données constantes. Une évolution qui témoigne d'un certain redressement de l'activité en Europe et d'un développement rapide à l'international. Solidité financière 54 % C'est le taux d'endettement net sur fonds propres au 30 juin 2006. A fin décembre 2006, ce ratio devrait être inférieur à 65 % après le rachat de Supor. Hors acquisition, il devrait descendre à 42 %. Main-d'oeuvre De 1 à 50 Le taux horaire moyen en France est de 25 euros, alors qu'il n'est que de 0,50 euro en Chine, soit un niveau 50 fois moins élevé. Difficile d'être compétitifs pour les fabricants français face à des coûts de fabrication aussi bas. |
Propos recueillis par Perrine Delfortrie |
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