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| accor RèGLEMENT MENSUEL - code sicovam 12040 Le second pari américain |
| La Vie Financière N°2823 / Samedi 17 Juillet 1999 / Catégorie : |
Le géant français lance une OPA amicale de 1,1 milliard de dollars sur la chaîne d'hôtellerie économique Red Roof Inns. Une acquisition majeure souhaitée par le marché, même si elle comporte quelques incertitudes. |
VALEURS FRANÇAISES |
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ulotté, Jean-Marc Espalioux, le président du directoire ! Il y a tout juste neuf ans, Accor, alors dirigé par le tandem Dubrule-Pélisson, rachetait la chaîne économique Motel 6 au prix fort (1,3 milliard de dollars de l'époque). La même année, l'activité hôtelière connaissait un spectaculaire effondrement. L'action de l'hôtelier français perdra 45% de sa valeur en quelques mois. Sept ans seront nécessaires pour qu'elle s'en remette. Motel 6, de son côté, plombera les comptes d'Accor pendant de longues années. Il fallait donc un certain courage pour acheter Red Roof Inns sans réveiller les vieux fantômes et les doutes du marché. L'hôtelier américain est en effet une chaîne économique (une-deux étoiles), appartenant quasiment à la même catégorie que Motel 6. « Or il est plus risqué d'investir dans l'hôtellerie économique, précise Brian Maher, analyste à Crédit Lyonnais Securities, car la concurrence y est plus vive et l'activité moins bonne que sur le marché des hôtels haut de gamme. » Autre point commun : comme en 1990, les Etats-Unis se trouvent en haut de cycle, et les professionnels sont très partagés quant à l'évolution de l'activité au cours des prochains mois. Depuis le début de l'année, les taux d'occupation ainsi que les prix sont orientés à la baisse, comme l'attestent les résultats semestriels du géant américain Marriott. Or Accor renforce son exposition outre-Atlantique, puisque, à la suite de l'acquisition de Red Roof, le poids des Etats-Unis va passer de 17 à 22 % dans le chiffre d'affaires consolidé du groupe. Mais les similitudes entre les deux opérations s'arrêtent là. La Bourse ne s'est d'ailleurs pas émue outre mesure des incertitudes liées à l'OPA. Le jour de l'annonce, le titre gagnait 1,48 %, à 240,50 euros. Contrairement à ce qui s'était passé avec Motel 6, l'acquisition de Red Roof se réalise à un prix très raisonnable. Accor propose 22,75 dollars par action, soit une prime de 27,5 % par rapport à la moyenne des cours des trente derniers jours. La société de Jean-Marc Espalioux est déjà assurée du succès de son OPA, puisque la banque Morgan Stanley, qui détient 63,8 % du capital, s'est engagée à apporter ses titres. Le groupe français devra donc débourser 613 millions de dollars, auxquels il faut ajouter 502 millions de reprise de dette, soit au total 1,115 milliard de dollars (1,1 milliard d'euros). Ce chiffre valorise Red Roof à 7,3 fois l'excédent brut d'exploitation. A titre de comparaison, Accor avait payé Motel 6 sur la base de 10,5 fois. « C'est un des multiples les plus faibles de l'industrie hôtelière depuis bien longtemps, commente avec satisfaction Jean-Marc Espalioux. Il est vrai que, depuis un an, l'évolution de l'activité dans l'hôtellerie américaine n'est pas fameuse. » La hausse des bénéfices ralentira en 1999 En 1998, les multiples de valorisation atteignaient 18 fois l'excédent brut d'exploitation. La suppression des avantages fiscaux accordés aux « Reit », ces sociétés d'investissement spécialisées dans l'hôtellerie (telle Starwood, qui avait racheté en 1998 ITT Sheraton), a mis fin à la flambée des prix. Désormais, la moyenne des transactions aux Etats-Unis se fait sur la base de 7 à 9 fois l'excédent brut d'exploitation dans l'hôtellerie économique et de 11 fois pour la catégorie des quatre-étoiles. En Europe, la moyenne se situe entre 10 et 11 fois. Accor paie la totalité de l'acquisition en liquide : 325 millions de dollars sur fonds propres et 790 millions par emprunt. Le taux d'endettement du groupe passera ainsi de 60 à 95 % des fonds propres à la fin de l'année. Un ratio qui devrait satisfaire les analystes qui jugeaient l'endettement du groupe trop faible compte tenu du niveau actuel des taux d'intérêt. Le paiement cash évite toute création de titres supplémentaires. La rentabilité de Red Roof étant supérieure à celle d'Accor (9 % de marge nette, contre 5,3 % pour le français), l'opération aura un effet relutif (hausse du bénéfice net par action) pour Accor, dès cette année. Néanmoins, compte tenu de la durée de consolidation de Red Roof (moins de quatre mois), l'impact sur les résultats 1999 sera presque nul. En 2000, selon les projections d'Accor, l'augmentation du bénéfice net par action atteindra 0,50 euro et 1,04 euro en 2002. Accor compte en outre dégager 20 millions de dollars par an d'économies grâce aux synergies entre ses deux filiales américaines. Une fois l'OPA achevée, Red Roof sera retirée de la cote américaine et son siège social fusionnera avec celui de Motel 6. Stratégiquement, l'acquisition de l'enseigne américaine est intéressante à plus d'un point. Elle permet à Accor de renforcer sa présence sur le premier marché hôtelier mondial, qui a toujours été son point faible. Et surtout de s'assurer une couverture totale du territoire américain. Les 322 établissements de Red Roof sont, en effet, situés essentiellement sur la côte est, où était absent Motel 6. En nombre de chambres, le groupe français se situe désormais au troisième rang mondial (et même au premier si on ne tient pas compte des franchisés). Quoi qu'il en soit, après avoir enregistré une croissance de 29 % en 1998, la progression du résultat net, part du groupe, devrait être beaucoup moins rapide cette année. « Ce sera une année de transition, précise Jean-Marc Espalioux, avant un fort rebond des bénéfices à partir de 2000. » Après deux années consacrées aux cessions d'actifs (17 milliards de francs au total), 1999 restera marquée par les acquisitions. Depuis le début de l'année, Accor a dépensé 11,3 milliards de francs en rachetant successivement le tour-opérateur Frantour à la SNCF, le pôle hôtelier de la CGIS et maintenant Red Roof. Il lui faut désormais digérer ces investissements le plus rapidement possible, d'autant que d'autres pourraient suivre, notamment en Europe ou en Asie. Juste avant le rachat de Red Roof, Accor évaluait sa capacité financière disponible à près de 20 milliards de francs sur trois ans. Il lui reste donc une importante marge de manoeuvre. D'autant qu'il pourrait vendre une partie des murs de Red Roof pour n'en garder que l'exploitation. Pour cette année, les analystes tablent sur un résultat net de 340 millions d'euros. En 2000, les bénéfices devraient retrouver une forte croissance (supérieure à 20 %), grâce à la progression du chiffre d'affaires (croissance annuelle de 20 % du parc hôtelier escomptée) et à l'amélioration des marges prévues dans le cadre du plan Accor 2000 Graphique : Cotation à Paris en euros depuis 1994 CA 98 : 5 623 M E (36 881 MF) BNPA 99/2000 (e) : 9,50/11,20 E Résultat net 98 : 297 M E (1 951 MF) PER 99/2000 (e) : 25/21 Capit. (au 13.7) : 8 562 M E (56 163 MF) Dividende 98 net : 4 E (26,24 F) Capitalisation/Chiffre d'affaires 98 : 1,52 Rendement global : 2,5 % Nombre de titres échangés : 178 398 par jour, en moyenne. Graphique : Une présence accrue aux Etats-Unis. Avec Motel 6 et Red Roof, Accor se hisse au troisième rang de l'hôtellerie économique outre-Atlantique. Tableau : Un français dans le quinté de tête. Les cinq premiers groupes hôteliers mondiaux, en nombre de chambres. Tableau : Red Roof plus rentable qu'Accor L'acquisition de la chaîne d'hpotel économique américaine se fait à un prix très raisonnable, contrairement à ce qui s'étati passé en 1990 avec Motel 6. Conserver l'action recommandée en début d'année à 170 euros. A la suite de l'OPA sur Red Roof, nous relevons notre objectif de cours de 250 à 265 euros |
Pierre-Yves Lepeltier |
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