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| Wall Street. Les gourous américains ont peur |
| La Vie Financière N°2896 / Samedi 09 Décembre 2000 / Catégorie : |
Après avoir connu le plus fort marché haussier de son histoire (1 200 % de 1982 à aujourd'hui), la Bourse américaine est-elle entrée dans un long cycle baissier ? Les valeurs techno-logiques vont-elles poursuivre leur descente aux enfers ? Les valeurs traditionnelles offrent-elles un refuge ? Les gourous américains, rassemblés à la Nouvelle-Orléans, sont partagés. |
VALEURS ÉTRANGERES |
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Créé en 1974, le Forum de l'investissement de la Nouvelle-Orléans, ouvert aux particuliers fortunés (600 dollars l'entrée), a toujours accueilli les meilleurs acteurs de Wall Street. James Grant, éditeur de la lettre Interest Rate Observer et auteur de quatre livres sur la finance, remet les choses à plat : « Depuis dix-huit ans, Wall Street a connu le plus grand marché haussier de son histoire, avec une hausse de 1 200 % ajustée de l'inflation. Depuis la fin 1982, l'investissement boursier a rapporté 15,5 % par an en réel, soit deux fois la moyenne historique. Les trois piliers de cette flambée - la baisse de l'inflation, l'amélioration des marges des entreprises et l'augmentation des multiples de valorisation boursiers - ont livré le meilleur d'eux-mêmes ; aussi la Bourse ne pourra-t-elle plus offrir dans les prochaines années des profits comparables. » Dégrisés par la chute du Nasdaq, même les gestionnaires les plus optimistes ne peuvent que se ranger à cet argument de bon sens. La question qui divise les experts est simple : la baisse récente est-elle une correction normale après la grande euphorie de la fin de 1999 et des premiers mois de 2000, ou sommes-nous entrés dans un véritable marché baissier, parti pour corriger les excès des vingt dernières années ? La minorité des pessimistes estime que, même après les dernières baisses, le marché reste historiquement très surévalué. James Stack (président de Stack Financial Management), considère que selon les critères traditionnels d'évaluation des marchés, ceux-ci restent aujourd'hui plus élevés qu'en 1929 ou en 1987. Le rendement moyen des actions du S&P 500 est de l'ordre de 1 %, contre une moyenne historique de 3 et de 6,5 % dans les creux du marché. Le multiple de capitalisation actuel des bénéfices (27) demeure plus élevé que sa moyenne depuis 1957 (17) et celle des fins de marchés baissiers (8). Quant à la capitalisation boursière par rapport au PNB, elle caracole à des sommets jamais égalés. Et James Stack de conclure : « Si le marché devait renouer avec les valorisations de fin de marchés baissiers des soixante-dix dernières années, l'indice S&P 500 s'effondrerait encore de près de 70 %. Cela placerait l'indice Dow Jones entre 3 000 et 6 000 points, contre plus de 10000 aujourd'hui ! Mais le pire, heureusement, ne se produit pas forcément. » Même après la baisse de près de 50 % des valeurs technologiques, la majorité des experts a semblé reconnaître qu'elles étaient encore chères. James Grant (créateur de la publication Grant Interest Rate Observer) rappelle que le multiple de capitalisation du Nasdaq est supérieur à 120 fois les profits des douze derniers mois, contre une moyenne de 50 en 1997 et 1998. David Tice, gestionnaire d'un des seuls fonds au monde qui joue la baisse des cours, estime que les valorisations des so-ciétés, même prestigieuses, sont gonflées par l'utilisation de pratiques comptables très particulières, liées à l'acquisition de sociétés et à la distribution généreuses de stock options. La plupart des analystes techniques, comme Ian McAvity, estiment aussi que le Nasdaq vient de connaître un point bas à court terme, mais pas la fin de sa tendance baissière. L'éditeur de la lettre confidentielle Deliberations précise : « Le Nasdaq a commencé une reprise qui devrait le porter vers 3 200-3 800. Ensuite, l'indice tombera bien au-dessous de 2 500 points. » Certains gestionnaires comme John Dessauer veulent profiter de l'effondrement des valeurs technologiques pour acheter. L'éditeur d' Investor's World rappelle : « Après l'euphorie, c'est le désespoir, mais la révolution technologique est bien vivante. » Il recommande Philips Electronics « pour jouer une reprise des semi-conducteurs, adossée à la sécurité de sa division éclairage ; LSI Logic, une valeur de semi-conducteurs qui se paie très au-dessous de sa croissance bénéficiaire ; AT&T, pour son projet de diviser la compagnie en quatre entités distinctes, ce qui créera de la valeur ; WorldCom, de la technologie à 10 fois les profits ; sans compter Nokia et Ericsson ». Al Frank, qui publie The Prudent Speculator, classée par The Hulbert Financial Digest comme la lettre ayant obtenu les meilleures performances des vingt dernières années, recommande d'acheter les valeurs de semi-conducteurs dont les multiples de capitalisation sont maintenant inférieurs à 10, comme Varian Semi, Applied Materials, Advanced Micro ou National Semi. Après avoir été multiplié par 7 entre fin 1998 et début 2000, l'indice Internet a perdu près de 70 % ! Rick Rule, président de Global Resource Investments, rappelle les excès : « On ne parlait pas de positionnement ou de valeur d'entreprise, mais d'espace ; pas de cash-flow, mais de nombre de paires d'yeux rivés sur un site ; pas de valorisation, mais de valorisation relative. » Le jeu de mots le plus grisant du congrès revient au Sud-Africain Dennis Tucker : « Ily a eu Internet.com puis Internet. bomb, et enfin Internet.gone » (littéralement : après.com, il y a eu.bombe puis.disparu). Mais laissons la parole à James Dines, le premier gourou américain à avoir compris l'importance de cette nouvelle technologie dès 1994 et à avoir recommandé à l'achat nombre de valeurs qui devaient voir leur cours multiplié par 10, 20, voire 30. Auteur du livre Mass Psychology, il précise : « La révolution Internet ne fait que commencer. Mais surtout ne pensez pas, regardez. Tant que les valeurs Internet baissent, n'y touchez pas. Plus tard, il y aura une très belle opportunité d'achat, mais nous n'y sommes pas encore. » Plus téméraire, James Powell, éditeur de la lettre High-Tech Investor, recommande de profiter de l'effondrement de CMGI, revenu de 160 à 11 dollars, pour accumuler ce titre, véritable collection de valeurs Internet diversifiées dans tous les domaines du Web. Enfin, si beaucoup d'experts estiment que l'engouement pour les valeurs de biotechnologie est une rechute de la même folie spéculative, Farez Naqvi reste très positif. Ce gestionnaire, qui a obtenu en 1999 les meilleures performances sur un an dans sa catégorie (+ 111 %), recommande parmi les grandes valeurs fabriquant déjà de vrais médicaments : Amgen, Genentech, Biogen et Immunex. Ian McAvity Rebond technique S'il est haussier à court terme, cet analyste technique estime que le marché est dans une tendance baissière à long terme. Selon lui, le Nasdaq n'a pas touché le fond. John Dessauer Après la pluie, le beau temps Les baisses permettent de saisir des opportunités, mais il faut être très sélectif et se concentrer sur de belles valeurs internationales. David Tice Il joue la baisse S'il est à contre-courant des hausses des dernières années, ce gestionnaire a survécu. Il détecte encore des excès partout et recommande la plus grande prudence. Graphiques : 1980 : bulle de l'or 2000 : bulle internet Mêmes causes, mêmes effets. La recherche de gains rapides crée la hausse, la peur crée la baisse. Un PER trop élevé Le PER du Nasdaq reste élevé. Ce serait pire si certaines normes comptables n'étaient pas appliquées. |
Claude Bejet |
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