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| Une stabilisation encore fragile |
| La Vie Financière N°3222 / Vendredi 09 Mars 2007 / Catégorie : Stratégie |
Après cinq séances consécutives de baisse, l'indice CAC 40 est repassé dans le vert mardi, puis mercredi. Mais les opérateurs restent prudents. |
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Les marchés auraient-ils pris plaisir à se faire peur ? Plaisir masochiste qui a fait perdre au CAC 40, entre le 26 février (5 762,54 points) et le 5 mars (5 385,03 points), 6,4 % de sa valeur en l'espace de cinq séances, soit plus de 90 milliards d'euros de capitalisation boursière. L'hémorragie a pu être arrêtée à partir de mardi. En Chine, où l'indice Shenzen SE Composite avait dégringolé de 8,8 % le 27 février, les investisseurs ont vite repris le dessus. Tombé de 775 à 709 points, l'indice est remonté à 750 points, un rétablissement vérifié par les Bourses des pays émergents qui ont bien mieux résisté à la bourrasque que lors de la précédente correction, en mai - juin 2006. Jouer à se faire peur ? Certainement pas ! On aurait tort de mettre cette correction des marchés sur le compte d'un caprice des opérateurs. Dans ces pages, nous avions souligné à plusieurs reprises que la hausse des marchés était trop rapide. Ainsi, le 27 février, l'indice CAC 40 gagnait 4 % depuis le début de l'année, un rythme bien trop soutenu en comparaison des estimations de croissance de bénéfices, inférieures à 10 % tant pour 2007 que pour 2008. En réalisant 40 % du parcours annuel en seulement deux mois, les marchés s'exposaient à un risque de consolidation. François Chevallier, économiste à VP Finance, s'était distingué quelques semaines auparavant, insistant sur le fait que la correction n'était qu'une question de temps. Il estime à présent que le support à partir duquel on assistera à un rebond est à 5 400 points. Il évalue à 5 650 points le niveau théorique du CAC 40 actuellement et à 6 050 en fin d'année. Inflation en marche La stabilisation du marché nous semble encore fragile. Si le discours dominant est synonyme de croissance économique mondiale solide et soutenue (plus de 4 %, avec un ralentissement américain et un redémarrage en Europe), quelques voix discordantes, notamment celle d'Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale, estiment que les Etats-Unis ne sont pas à l'abri d'une récession en fin d'année. Il évalue cette probabilité à 33 %, soit un risque sur trois. On commence à s'inquiéter des effets de la baisse de l'immobilier résidentiel sur les créances des banques. Par ailleurs, Ben Bernanke, président de la Fed, a pris les économistes à contre-pied en estimant que la mondialisation contribue non à la baisse des prix mais à la hausse. N'oublions pas que la Réserve fédérale conserve un biais haussier sur l'inflation. Pourquoi ? Ce que le consommateur gagne en achetant moins cher certains produits - électronique, meubles, textile... -, il le paie par l'envolée des matières premières, donc par une hausse du prix de l'essence, du fioul, des métaux et même des matières premières agricoles. Les cours du bois, des céréales et même des pommes de terre flambent ! Fin février, Paul Polman, directeur financier de Nestlé, groupe au mieux de sa forme en 2006, s'est montré assez prudent pour 2007 en raison de la hausse des prix des céréales. Même inquiétude pour le premier papetier européen, Stora Enso. Quant au français Schneider, il n'aurait réussi à répercuter que 62 % de la hausse des matières premières en 2006. Selon une étude qui aurait été reprise par Ben Bernanke, si la part de chacun dans le commerce mondial était restée au niveau de 2000, le pétrole serait aujourd'hui moins cher de 40 % et les métaux de 10 %, car la Chine, comme tous les pays émergents, consomme beaucoup d'énergie. L'inflation que de nombreux professionnels des marchés financiers feignent d'ignorer est en marche. Et elle gagne cette fois les marchés d'actions, relativement préservés jusqu'à présent, en raison du souvenir encore frais de 2002-2003. Le taux zéro du Japon a sauvé son système bancaire, mais il permet depuis des années à des spéculateurs d'emprunter des capitaux pour presque rien dans l'Archipel pour les placer à des taux élevés ailleurs, en prenant le risque d'une réévaluation du yen et d'une dévalorisation de l'actif acquis (lire page 8). Les liquidités abondantes, alimentées par les politiques volontaristes des banques centrales - taux de 3,5 % en Europe, de 5,25 % aux Etats-Unis -, s'emploient de plus en plus dans les actions grâce à des achats financés à crédit, avec un minimum d'apport. Et les prix montent, les initiateurs de LBO gagnant en audace (lire page 39). Sans compter que des pans entiers de la cote sont dopés depuis des années par cette politique de taux bas - les immobilières, avantagées de surcroît par une fiscalité allégée, la construction, les financières, les holdings, les sociétés de concessions... -, une situation exceptionnelle devenue routinière. Quand les boursiers recommandent de « redoubler de sélectivité » ou de pratiquer le « flight to quality » (recherche de valeurs sûres et de qualité), ils conseillent en fait de se tenir à l'écart de la spéculation pour se préparer à affronter une nouvelle donne CAC 40 + Les 5 plus fortes hausses Carrefour + 4,6 % Accor + 2,4 % Arcelor Mittal + 2,3 % Air liquide + 1,2 % Suez + 0,6 % - Les 5 plus fortes baisses EADS - 8,6 % Vallourec - 6,7 % Alcatel-Lucent - 6,2 % Dexia - 4,7 % France Télécom - 4,6 % Amorce du cycle de baisses ? D'une semaine à l'autre, l'indice CAC 40 a perdu 2,7 %, confirmant l'arrêt du cycle de hausses annoncé dans notre précédente chronique. Selon toute probabilité, le cycle de baisses du marché devrait être décomposé en trois vagues. La première et la troisième sont baissières, la deuxième haussière. Selon nos calculs, le repli total, qui pourrait durer de trois à six mois, devrait trouver un point bas entre 4 980 et 4 480 points. Soulignons que ces niveaux ne sont que théoriques et qu'ils pourraient être remis en question en fonction des événements géopolitiques. Lorsque cette phase de repli sera achevée, le marché parisien amorcera un nouveau cycle de hausses qui devrait culminer en 2010 (voir notre numéro Spécial Analyse technique, pages 56 et 57). J.-M. G. |
jean-Jacques Avédissian
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