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| Une petite pièce, SVP ? Bercy beaucoup ! |
| La Vie Financière N°3156 / Vendredi 02 Décembre 2005 / Catégorie : Editorial |
Le fonds de réserve pour les retraites est actuellement en déshérence. Pourtant, le choc démographique lié au vieillissement de la population impose au gouvernement d'abonder en masse cet instrument qui a le mérite d'exister. |
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Les Français, on le sait, ont le mauvais goût de vivre de plus en plus longtemps. En 1950, les hommes, pas seulement les durs et les tatoués, avaient une espérance de vie à la naissance de 63 ans. Quant aux femmes, plus chanceuses, elles pouvaient espérer parvenir à 69 ans. Depuis cette date, ces durées de vie moyennes n'ont quasiment pas cessé de s'allonger pour atteindre aujourd'hui près de 77 ans pour les gars au chocolat (l'âge limite pour lire les albums de Tintin) et 84 ans pour les quilles à la vanille. Soit un bonus de quatorze à quinze ans en un peu plus d'un demi-siècle. Le baby-boom d'après-guerre s'est transformé aujourd'hui en véritable papy-boom. Entre-temps, le pays a eu le « mal de mères » et le chômage s'est installé durablement. Résultat, on compte quatre retraités pour dix personnes en âge de travailler, proportion qui devrait s'élever à cinq pour dix en 2020 et à sept pour dix en 2040. Autant dire que le risque d'une faillite des caisses de retraite à cet horizon n'est plus une hypothèse d'école. Un actif net dérisoire Pour répondre à ce choc démographique d'une ampleur sans précédent - encore occulté par certains politiques qui, par exemple, « découvrent » l'énormité de la dette publique (2 000 milliards d'euros) -, l'âge de la retraite a été repoussé (Jean-Pierre Raffarin) et un fonds de réserve pour les retraites a été créé (Lionel Jospin). Pour l'abonder, on trouve, pêle-mêle, le prélèvement social de 2 % sur les revenus de placement et du patrimoine, les excédents (devenus des déficits en 2005) de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, le produit des cessions de parts de Caisse d'épargne, celui des licences UMTS et les recettes des privatisations. Sans oublier la contribution exceptionnelle de la Caisse nationale des industries électriques et gazières (CNIEG). Un inventaire à la Prévert mais qui, finalement, se traduit par un actif net dérisoire. De fait, au 30 septembre 2005, ce fonds « salvateur » capitalisait péniblement 24,8 milliards d'euros. Et encore, grâce aux plus-values dégagées, car le fonds est investi à hauteur de 57,6 % en actions européennes et internationales, 12,6 % en obligations et 29,8 % en instruments monétaires... Dès lors, tous les regards se tournent vers Bercy qui, pour l'heure, observe le silence radio. A la veille de la cession des autoroutes, certains caressent encore l'espoir de voir une partie des recettes se diriger vers l'établissement de la rue de Lille. Car, depuis la privatisation d'ASF, le fonds se trouve en déshérence. A moins que le gouvernement ne s'inspire des propositions de la commission Turner, qui a remis mercredi sa copie en vue de sauver le système britannique. A savoir, travailler jusqu'à 68 ans et obliger chaque salarié à cotiser à hauteur de 8 % de son salaire annuel dans un plan national d'épargne retraite. Sait-on jamais ? Comme l'a expliqué un jour le général de Gaulle, « on s'est aperçu qu'il n'y avait pas de montagnes entre l'Angleterre et la France, il y a seulement un canal » |
Gérard Blandin |
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