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Une hausse de la Bourse reste possible dans les trois à six mois
La Vie Financière N°3239 / Vendredi 06 Juillet 2007 / Catégorie : Interview

Les fortes craintes d'une dégradation du marché obligataire sont écartées pour le moment, selon Giles Keating. Elles peuvent en revanche resurgir en 2008.
 
Giles Keating, directeur de la recherche de Credit Suisse - Private Banking et Asset Management
 

Existe-t-il un danger lié à un retour de l'inflation dans le monde ?

G. K. Aujourd'hui, non. Il n'y a aucun problème de cette n ature. Nous ne sommes pas dans une zone dangereuse, mais nous pourrions nous en approcher l'année prochaine si la croissance de l'économie mondiale était trop forte. Actuellement, les prix des matières premières et de l'énergie sont élevés. En revanche, les biens manufacturés importés de Chine continuent à avoir un effet déflationniste, même si cet effet se réduit.

Pourquoi le marché obligataire a-t-il réagi aussi vivement à ces craintes ?

Le marché obligataire s'ajuste au changement de perception de la situation économique et à la position des banques centrales. Il y a encore quelques semaines, le marché attendait plutôt une baisse des taux d'intérêt américains. Désormais, il table sur un statu quo de la Fed. Le consensus s'est décalé, abandonnant l'idée qu'il y avait un risque majeur de récession aux Etats-Unis du fait des craintes liées au marché immobilier. Les données économiques récentes ont été solides et, maintenant, beaucoup d'observateurs pensent que l'économie américaine va continuer à croître, mais à un rythme moins rapide.

Le rythme actuel de la croissance américaine vous semble donc bien adapté ?

Oui. Les Etats-Unis ont cette année la croissance la plus faible de l'ensemble des régions du monde, à environ 2 %. Ce qui est une bonne chose, car le pays allait s'exposer à un sérieux problème d'inflation. Rappelons que l'indice des prix à la consommation se situait en 2006 au-dessus des objectifs fixés par la Fed. D'un autre côté, si la croissance à deux chiffres de la Chine et de l'Inde est un peu forte, elle demeure dans des marges acceptables pour l'économie mondiale. Il ne faut pas oublier qu'une grande partie de la population de ces pays dispose de revenus encore faibles comparés à ceux des pays riches. Il y a donc un rattrapage nécessaire. Le tout, aujourd'hui, évolue sur une tendance somme toute assez équilibrée.

Vous êtes donc totalement serein quant à l'évolution du marché obligataire ?

Il faut rester vigilant pour 2008. Les hedge funds ont généré quantité de pertes, les LBO, dont l'effet de levier est provoqué par un endettement extérieur important, sont nombreux, sans oublier la fragilité liée au marché des crédits hypothécaires à surprime. Hormis ces segments particuliers du marché, on remarque aussi une baisse de l'appétit pour la prise de risque de la part des investisseurs institutionnels. Certes, tous ces points névralgiques de l'économie sont localisés et ne devraient pas avoir d'effets systémiques ; ils créent néanmoins une instabilité économique qui n'est pas complètement neutre pour le marché, d'autant qu'un léger retour de l'inflation et un resserrement monétaire ne sont pas à exclure en 2008.

Comment voyez-vous évoluer le marché actions ?

Pour les trois à six prochains mois, le marché actions devrait se tenir raisonnablement bien, dans un contexte sain. Si l'on considère les différents indicateurs d'appréciation et, surtout, les prévisions de bénéfices, les entreprises ne sont pas trop valorisées. Je dirais même qu'elles sont un peu au-dessous de leur fair value. Il y a donc un peu de marge pour des gains supplémentaires. Ainsi, il est possible que de nombreux marchés touchent de nouveaux plus-hauts. Par contre, je suis beaucoup plus prudent à un horizon de sept à huit mois. Outre les problèmes que je viens d'évoquer, l'accélération de la hausse des taux au Japon peut avoir un effet négatif sur les marchés.

Pensez-vous que les politiques monétaires conduites par les banques centrales soient appropriées ?

Messieurs Ben Bernanke et Jean-Claude Trichet mènent chacun une politique appropriée aux situations respectives de leurs zones. Ces politiques se situent dans des marges totalement acceptables pour accompagner harmonieusement la croissance. Je pense toutefois qu'on aurait gagné à ce que leur démarche, qui a visé au resserrement monétaire, soit un peu plus rapide. Quant à la banque centrale japonaise, sa politique restrictive est trop lente.

Les déséquilibres à l'oeuvre entre la Chine et les Etats-Unis sont-ils un facteur de risque ?

Il est évident que le déficit commercial américain et les surplus monétaires de la Chine doivent baisser. Mais cet ajustement doit se faire en douceur. Le risque est donc plus politique qu'économique. Sur le plan politique, je crois qu'il n'y a aucune volonté de rupture, même si le Congrès américain se montre inquiet. Personne, ni les Chinois ni les Américains, n'a intérêt à provoquer une discorde brutale


Michel Blanchot
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