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| Une «défensive» sévèrem ent décotée |
| La Vie Financière N°2982 / Vendredi 02 Aout 2002 / Catégorie : Actions |
Même les fleurons de la cote n'échappent pas aux secousses des marchés. Le cas Suez intrigue les investisseurs. |
SUEZ |
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La Bourse a ses raisons que les analystes ne comprennent pas toujours. Le spécialiste des services aux collectivités et aux industriels est dans la tourmente depuis mai et affiche un recul de 35 % depuis janvier. Selon le marché, Suez aurait donc perdu son statut de valeur défensive. Mais c'est surtout la perception de la Bourse qui a changé. Touchés par le virus de l'endettement en provenance des Etats-Unis, les investisseurs sont obnubilés par la santé financière des entreprises. Le premier symptôme décelé par le marché est l'endettement élevé du groupe - le deuxième plus fort du CAC 40, selon certains analystes. A fin 2001, Suez affichait un ratio dettes nettes sur fonds propres de 135 % environ. Néanmoins, si cet endettement facial paraît important, un diagnostic plus poussé permet de relativiser la situation réelle du groupe. Suez dispose d'un taux de couverture de 5,1 (excédent brut d'exploitation sur frais financiers nets), ce qui permet au groupe de couvrir ses frais financiers de l'année dès la mi-mars. En outre, en 2001, son cash-flow libre a atteint 3 milliards d'euros dont il convient de soustraire 1,5 milliard de dividendes. En y ajoutant les 3 milliards d'euros de cessions réalisées en moyenne chaque année depuis 1997, Suez dispose de 4,5 milliards d'euros pour financer sa croissance, et ce sans augmenter sa dette. Et François Jaclot, directeur général, d'ajouter : « Nous disposons de 3 milliards d'euros de lignes de crédits confirmés. Les deux ratings à long terme du groupe (A- par Standard & Poor's et A2 par Moody's) attestent sa solidité financière. La cession de nos actifs stratégiques, qui devrait être achevée fin 2004, n'a pas à se faire dans l'urgence. » De fait, les 6 milliards d'actifs non stratégiques que le groupe compte céder (en dehors du pôle communication, qui représente un peu plus de 2,5 milliards supplémentaires) n'ont pas de raison d'être « bradés ». Seconde inquiétude du marché : la présence de Suez en Amérique latine, où sévit une grave crise monétaire. Détenteur de concessions dans l'eau en Argentine, Suez a dû faire face à la décision arbitraire du gouvernement, en janvier, de laisser flotter le peso tout en abandonnant l'ajustement automatique des tarifs de services publics en fonction de la parité de la monnaie avec le dollar. Après les 500 millions d'euros provisionnés à ce titre au 30 juin 2002 et les 200 millions déjà comptabilisés en 2001, le marché craint de nouvelles mesures au second semestre. François Jaclot précise : « Le montant total des provisions passées à fin 2001 et au 30 juin 2002 équivaut à ramener à zéro la situation nette de Suez en Argentine et à provisionner l'intégralité de notre dette dans ce pays. » Par ailleurs, l'Argentine n'a contribué qu'à hauteur de 6 % dans le résultat brut d'exploitation du groupe en 2001. En outre, les difficultés dans ce pays sont à ramener à l'échelle de Suez. Elles ne concernent que 10% du chiffre d'affaires de Ondeo, pôle de distribution et d'assainissement de l'eau, qui, lui-même, à côté du pôle énergie, totalise moins de 23,8 % des facturations totales du groupe (42,35 miliards l'année dernière). L'environnement, une offre globale Mais revenons à la stratégie de Suez. Dans l'environnement, Ondeo et Sita ont été rassemblées sous la bannière de Suez Environnement (15 milliards de chiffre d'affaires, 20,5 % de marge d'exploitation). Objectif ? Tirer le meilleur profit de l'ancrage géographique de ces deux métiers historiques de l'ex-Lyonnaise des eaux. En Europe, le groupe vise à renforcer sa compétitivité, afin de maintenir - voire développer - ses positions sur ce marché mature. Aux Etats-Unis et dans les pays en voie de développement, Ondeo et Sita répondent aux exigences croissantes des autorités publiques en matière de gestion et d'assainissement de l'eau et du traitement des déchets. Le développement du marché de l'environnement passe en priorité par une offre globale de services aux industriels, soumis aux contraintes réglementaires. Saint-Gobain, Danone ou Siemens font déjà partie des clients du groupe. Les synergies attendues du rapprochement Ondeo/Sita permettront au groupe de dégager environ 2 % de croissance additionnelle du chiffre d'affaires et du résultat d'exploitation. Dans l'énergie, premier pôle du groupe (26,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 16 % de marge d'exploitation), la stratégie de Suez, via Tractebel, n'est pas moins claire. Elle passe par la signature de contrats avec des industriels, l'accroissement des capacités de production et des acquisitions. Pour cela, Suez s'intéresse à la troisième tranche de privatisation d'Enel en Italie et à l'ouverture du capital de SHEM en France, filiale de production d'électricité de la SNCF. Quant à GDF et EDF, dont les privatisations sont en projet, le groupe conduit par Gérard Mestrallet est intéressé par le premier dossier, mais se montre peu disert sur le second. Une sanction boursière injustifiée Quoi qu'il en soit, les investisseurs restent sous le coup de la faillite d'Enron, le spécialiste américain du trading d'électricité. Tractebel, producteur de gaz et d'électricité, réalise aussi des opérations de trading, qui auraient généré, selon les analystes, 20 millions d'euros de bénéfice net en 2001. Pour Gérard Mestrallet, « on ne ferait pas de trading d'électricité sans capacités de production, parce que, tout simplement, l'électricité ne se stocke pas ». Or Tractebel dispose d'une soixantaine d'unités de production électrique aux Etats-Unis et d'une capacité mondiale de 50 000 mégawatts de production. Rien, dans les éléments fondamentaux, ne permet donc de justifier la sanction infligée au titre. Certes, il a pâti d'opérations d'arbitrage en faveur de Vivendi Environnement lors de la recapitalisation à bas prix de ce concurrent et reste pénalisé par des interrogations à court terme. Et, plus globalement, par la déprime des marchés financiers. Même la cession des 25 % de TPS n'a satisfait que momentanément les opérateurs. Or elle constitue un pas de plus vers le désengagement de Suez de la communication (611 millions d'euros de chiffre d'affaires et 90,2 millions de résultat brut d'exploitation), ce qui devrait faire disparaître la décote de holding jusqu'alors appliquée au groupe. A moins de 13 fois les résultats 2002, un peu plus de 11 fois ceux estimés pour 2003 et avec une capitalisation boursière égale à la moitié du chiffre d'affaires, un tel groupe n'est pas cher payé. De plus, Schroder Salomon Smith Barney estime - très prudemment - son actif net réévalué à 30 euros par action. En général, les analystes le situent vers 34 euros. Le risque inhérent à la valeur semble ténu et le pari d'un rebond à moyen terme très tentant. Un secteur sous pression Si Suez est fortement attaqué actuellement, ses concurrents ont aussi sévèrement dérouillé depuis janvier. Vivendi Environnement, le rival français, accuse un repli de près de 35 %. Après un retour en grâce à l'occasion de sa recapitalisation au début du mois de juillet, le titre a de nouveau plongé à la suite d'une dégradation de la notation de sa dette à long terme par Moody's. En Allemagne, E.On et RWE souffrent d'un retard de respectivement 19 et 23 %. Le premier tente d'accélérer sa fusion avec Ruhrgas, bloquée par la cour d'appel de Düsseldorf. Le second, RWE, poursuit son développement dans l'eau avec deux nouvelles acquisitions en Espagne.Les deux groupes devraient poursuivre activement leur politique de recentrage sur leurs métiers stratégiques, la loi allemande de défiscalisation des plus-values de cessions risquant d'être suspendue début 2003 en cas de changement de gouvernement en septembre prochain. On leur préférera Suez qui vient d'annoncer une hausse de 8,9 % de son chiffre d'affaires semestriel, à 22,5 milliards d'euros. L'un des cinq meilleurs du CAC 40. ACTIFS NON STRATÉGIQUES À CÉDER Participations : Fortis 2,3 MdsEuro(s) TotalFinaElf 1 MdEuro(s) Iberdrola-Scottish Power 800 MEuro(s) Axa 300 MEuro(s) Divers 1,6 MdEuro(s) Total 6 MdsEuro(s) * Valorisation au 22 juillet 2002. Le montant des participations non stratégiques a sévèrement maigri avec la chute des marchés. Conseil : ACHETER jusqu'à 25 euros |
VALÉRIE DUEZ |
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