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| Une banque qui résiste |
| La Vie Financière N°3278 / Vendredi 04 Avril 2008 / Catégorie : Bourse |
BNP Paribas |
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« L'Histoire ne repasse pas les plats ». Pourtant, BNP, qui avait échoué en 1999 dans sa tentative d'OPA sur la Société générale, a eu l'occasion de lancer en ce début d'année une nouvelle offre sur son concurrent affaibli. Mais, par prudence plus que par manque d'appétit, Michel Pébereau et Baudouin Prot, les dirigeants de BNP Paribas, ont décidé que le moment était mal choisi pour s'aventurer dans une opération à coup sûr hostile. Pourquoi, d'ailleurs, remettre en cause un modèle qui fonctionne ? La stratégie menée par la banque depuis l'intégration de Paribas en 2000 se révèle en effet payante. BNP Paribas se classe au premier rang des banques cotées de la zone euro, en termes de revenus. Elle a tenu sa position en 2007, malgré les difficultés rencontrées dans les métiers de financement et d'investissement. C'est d'autant plus méritoire que BNP Paribas n'est pas la mieux placée sur son marché domestique. Son assise est solide dans les grandes villes françaises mais elle devra affermir sa position dans un univers de banque de détail marqué par une tendance à la concentration. Pour se développer, dans l'Hexagone comme à l'étranger, le groupe a, ces dernières années, mis l'accent avec succès sur les ventes croisées (la clientèle se voit offrir plusieurs produits des filiales). Mais sa réussite vient surtout des conquêtes à l'international. BNP Paribas compte deux tiers de ses engagements hors de France. Nommé en 2003 aux commandes de la banque pour succéder à Michel Pébereau, Baudouin Prot a multiplié les acquisitions aux Etats-Unis à partir de sa place forte BancWest. En août 2006, il s'est lancé avec succès en Italie à l'assaut de Banca Nazionale del Lavoro, réussissant à l'emporter au nez et à la barbe de ses concurrents. Ses activités ont été rééquilibrées en Europe et sur le pourtour méditerranéen, ce qui rend le groupe moins sensible à la dégradation de la conjoncture outre-Atlantique. Pour profiter de la croissance des pays émergents, il est allé se développer en Chine (20 % du capital de Nanjing City Commercial Bank), en Turquie (50 % de Türk Ekonomi Bankasi) et en Ukraine avec l'acquisition du cinquième réseau bancaire du pays. Reste une inconnue: BNP Paribas est une banque généraliste qui génère un peu plus d'un quart de son chiffre d'affaires dans les métiers de banque de financement et d'investissement, durement affectés par la crise des subprimes. Jusqu'à présent, le groupe est resté à l'abri des pertes gigantesques annoncées par les banques anglo-saxonnes. Compte tenu de sa taille, BNP Paribas est la banque française qui a passé le moins de dépréciations d'actifs en 2007, maintenant ainsi ses bénéfices à un niveau élevé (7,8 milliards d'euros). Ses actionnaires n'ont pour l'instant pas eu à remettre au pot, évitant ainsi une source de dilution. Les prochains mois diront si cette belle capacité de résistance relève de la chance ou du talent Président Michel Pébereau Né en 1942 - Polytechnicien, ex-élève de l'ENA, il se partage entre les cabinets ministériels et le Trésor. Directeur général du Crédit commercial de France en 1982, puis PDG jusqu'en1993, il rejoint BNP Paribas en tant que PDG pour conduire la privatisation. En 2003, il laisse la direction générale à Baudouin Prot et conserve la présidence du conseil d'administration. Dir. général Baudouin Prot Né en 1951 - Diplômé de HEC et énarque, il est entré à la BNP en 1983. En charge de la banque de détail depuis 1987, il est nommé directeur général en 1996, puis, en juin 2003, il devient administrateur - directeur général, en charge de l'opérationnel, en remplacement de Michel Pébereau. Conseil d'admin istration Michel Pébereau, président (123 120 actions). Patrick Auguste, 56 ans, administrateur salarié élu par les cadres (33 actions). Claude Bébéar, 72 ans, président du conseil de surveillance d'Axa (3 074 actions). Jean-Louis Beffa 66 ans, vice-président du conseil de BNP Paribas et président de Saint-Gobain (13 986 actions). Suzanne Berger 69 ans, professeur de sciences politiques au Massachusetts Institute of Technology (250 actions). Jean-Marie Gianno 55 ans, administrateur salarié de BNP Paribas (10 actions). François Grappotte 71 ans, président d'honneur de Legrand (2 537 actions). Alain Joly 69 ans, ancien président d'Air liquide (5 227 actions). Denis Kessler 55 ans, PDG de Scor (2 000 actions). Jean-François Lepetit 65 ans, président du Conseil national de la comptabilité (825 actions). Laurence Parisot 48 ans, présidente du Medef et d'Ifop SA (360 actions). Hélène Ploix 63 ans, présidente de Pechel Industries SAS (1 371 actions). Baudouin Prot 56 ans, directeur général de BNP Paribas (87 685 actions). Louis Schweitzer 65 ans, président de Renault (6 255 actions). les grandes étapes du groupe > 1848 Création du Comptoir national d'escompte de Paris (Cnep) afin d'assurer l'escompte des effets de commerce, en pleine crise économique et financière. > 1889 Sauvetage du Cnep, au bord de la faillite, après avoir accordé des financements disproportionnés à la Société des métaux. > 1966 La fusion du Cnep et de la Banque nationale pour le commerce et l'industrie donne naissance à la Banque nationale de Paris. > 1968 Création de la Compagnie financière de Paris et des Pays-Bas. > 1979 Acquisition par la BNP de Bank of the West, qui deviendra, à coups d'acquisitions, la cinquième banque de l'ouest des Etats-Unis. > 1982 La BNP et la Compagnie financière de Paris et des Pays-Bas sont nationalisées. La déréglementation du secteur bancaire et la désintermédiation font évoluer le métier de la banque au cours des années 1990. > 1987 La Compagnie financière de Paris et des Pays-Bas, privatisée, séduit 3,8 millions d'actionnaires individuels. > 1993 La BNP, à son tour privatisée, poursuit l'amélioration de sa rentabilité. > 1999 Lancement par la BNP de deux OPE sur la Société générale et Paribas (ex-Compagnie financière de Paris et des Pays-Bas). Seule l'offre sur Paribas est un succès. > 2000 Fusion des deux banques pour créer BNP Paribas, qui compte alors 77 000 collaborateurs dans 83 pays. > 2006 Acquisition de Banca Nazionale del Lavoro, sixième banque italienne. Dates clés 14 mai 2008 Résultats du premier trimestre 2008 21 mai 2008 Assemblée générale des actionnaires 29 mai 2008 Paiement du dividende de l'exercice 2007 6 août 2008 Résultats du deuxième trimestre 2008 5 novembre 2008 Résultats du troisième trimestre 2008 Geojit, nouveau « comptoir » des Indes Faute de pouvoir ouvrir des agences en Inde, BNP Paribas tente depuis 2006 de percer dans les métiers du courtage destinés aux particuliers. Aux côtés du gouvernement du Kerala (Etat côtier situé dans le sud de l'Inde), la filiale Cortal Consors a pris 27 % du capital du cinquième courtier indien, qui déploie un réseau de 400 « boutiques », plus proches de nos PMU à la française que de véritables agences bancaires. Mais c'est un premier pas. Geojit Financial Services, créé en 1987 et coté depuis 1995 à Delhi et à Bombay, compte déjà 375 000 clients et emploie 2 600 salariés. La valeur de l'investissement réalisé en 2006 par BNP Paribas (36 millions d'euros) aurait déjà triplé, et ce n'est pas terminé. Geojit connaît une croissance annuelle de l'ordre de 30 %, avec une marge brute attendue à environ 43 % cette année. Marché et concurrence Les métiers de la banque ont connu, en vingt ans, une vraie révolution, marquée par la désintermédiation financière, l'utilisation de l'effet de levier dans les métiers d'investissement et la montée en puissance des commissions perçues dans la banque de détail. Parallèlement, les marchés de l'argent se sont déplacés vers de nouveaux pays comme la Chine, l'Inde, la Russie ou les pays d'Europe de l'Est et les flux transitent de plus en plus par des hedge funds. BNP Paribas a réussi à rester dans la course en se diversifiant aussi bien en matière de métiers que sur le plan géographique, avec quelques positions fortes. Dans la banque de détail, le groupe détient le sixième réseau aux Etats-Unis (3 % du marché), la quatrième place en France (8 % du marché) et se classe cinquième en Italie (5 % du marché). S'ajoutent à cela une place de leader dans le crédit à la consommation et le leasing en Europe. Le groupe se classe aussi régulièrement au premier ou au deuxième rang des fusions-acquisitions en Europe. Avec Société générale, il est leader mondial sur le marché des produits dérivés (actions et taux) et il serait numéro un pour les dérivés de crédit. En tête dans le financement du commerce mondial, il profite à plein de la hausse des prix de l'énergie et des matières premières ainsi que de l'essor des volumes lié à la croissance mondiale. Enfin, avec Crédit agricole SA, BNP Paribas est l'une des banques les plus actives dans les financements d'actifs et de projets. Quant à la gestion d'actifs, sa position est surtout enviée dans la banque privée et elle tente de s'imposer dans les métiers de la conservation Notre conseil Le secteur bancaire est très affecté par la crise du crédit. Le titre BNP Paribas a connu un fort rebond - 10 % - ces jours derniers. Les prévisions de bénéfices des analystes pour 2008 ne marquent pas de recul très sensible par rapport à 2007. Le titre ne se paie que 7,5 fois le résultat attendu et à peine 1,1 fois les fonds propres. Nous parions que le plus gros de la crise bancaire est passé mais que le titre restera volatil. Acheter sur repli au-dessous de 65 euros |
Marie-Jeanne Pasquette |
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