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Une alliance d'Euronext avec New York Stock Exchange aurait du sens
La Vie Financière N°3180 / Vendredi 19 Mai 2006 / Catégorie : Interview

Les pourparlers s'intensifient entre les différentes places boursières. Euronext discute avec Nyse, alors que certains de ses actionnaires le poussent à une fusion avec Deutsche Börse.
 
Bertrand Jacquillat, président d'Associés en finance et professeur des universités
 

Les principales places boursières européennes - Euronext, Deutsche Börse et LSE - réfléchissent à des alliances. Les américains Nasdaq et Nyse font de même. Pourquoi une telle effervescence ?

B. J. On oublie que ce mouvement de concentration date de plusieurs décennies. En France, on comptait encore sept places boursières régionales dans les années 1980. Les moyens technologiques ont permis de réaliser des économies d'échelle qui ont entraîné des regroupements inéluctables tant en Europe qu'aux Etats-Unis. Ajoutons que, dans vingt ans, ce mouvement concernera aussi l'Asie et en particulier la Chine. Ces manoeuvres retiennent l'attention en ce moment parce qu'elles concernent des entreprises cotées d'envergure internationale et qu'elles mettent en jeu des intérêts nationaux. Ainsi, les hommes politiques, les grandes banques, les sociétés cotées s'en préoccupent.


Pourquoi un projet en particulier - la fusion d'Euronext avec la Bourse allemande - suscite-t-il l'hostilité des banques de la place, des grandes entreprises et des dirigeants ?

Les concentrations doivent se poursuivre, certes, mais pas à n'importe quel prix. Si Euronext se rapprochait de Deutsche Börse en adoptant le modèle d'exploitation allemand et un siège à Francfort, la place de Paris pourrait subir, à terme, le même sort que les Bourses régionales de Lyon ou de Bordeaux... Or la proximité géographique compte beaucoup pour les PME qui composent les gros bataillons de la cote d'Euronext. Les grandes entreprises, qui ont déjà un actionnariat très internationalisé et qui ont l'habitude de rencontrer des investisseurs étrangers, seraient, d'une certaine manière, moins pénalisées par une délocalisation. Par ailleurs, les services d'Euronext font vivre un ensemble d'entreprises financières représentant, selon les estimations, 250 000 emplois en Ile-de-France. Euronext n'est pas une simple SSII permettant la cotation des titres. Mais la plupart de ces problèmes ne se poseraient pas avec une telle acuité si la Deutsche Börse avait le même système d'exploitation qu'Euronext.


En quoi les deux modèles d'exploitation sont-ils si différents de part et d'autre du Rhin ?

Le modèle de la Deutsche Börse est « intégré ». Concrètement, si vous vous adressez à cette place de marché pour une transaction (achat ou vente d'un titre), vous devez aussi avoir recours à ses services pour les activités de compensation et de règlement-livraison. Le modèle d'Euronext est dit horizontal. Euronext n'assure que les transactions, les activités de compensation et de règlement livraison étant réalisées par des sociétés distinctes dans lesquelles la Bourse paneuropéenne a une participation. La Bourse allemande mutualise ainsi les profits, ce qui lui vaut d'être la première capitalisation boursière de son secteur, malgré un nombre de sociétés cotées beaucoup plus faible. Deutsche Börse vaut ainsi 50 % de plus qu'Euronext, ce qui empêche une fusion entre égaux. Consciente de ces obstacles, la Bourse allemande serait, d'après la presse, prête à faire des concessions.


Les fonds d'investissement actionnaires d'Euronext et de Deutsche Börse n'ont-ils finalement pas raison de vanter l'intérêt financier d'une telle fusion ?

A court terme peut-être, mais le modèle allemand « intégré » va bientôt se heurter aux exigences des autorités européennes de la concurrence : une directive à ce sujet va entrer en vigueur en 2007. Le système d'Euronext peut créer plus de valeur à long terme. Son président, Jean-François Théodore, va, dans tous les cas, devoir en convaincre ses actionnaires. Si un rapprochement franco-allemand s'annonce difficile, quelle alternative reste-t-il ? Le LSE, dont le Nasdaq a pris 24 %, à un prix élevé, pour barrer la route au New York Stock Exchange (Nyse), est hors jeu. Nyse, quant à lui, peut être candidat. Il serait intéressé par l'activité dans les produits dérivés d'Euronext, comme par celle de Deutsche Börse, d'ailleurs. Et il apporterait son savoir-faire dans l'introduction en Bourse des sociétés des pays émergents, une activité en forte croissance. Cette alliance aurait plus de sens. Euronext a engagé des discussions avec l'américain. On en connaîtra peut-être la teneur à l'assemblée, le 23 mai



Propos recueillis par Catherine Bozon
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