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| Une Europe à deux vitesses |
| La Vie Financière N°3080 / Vendredi 18 Juin 2004 / Catégorie : Tendance |
Les écarts de croissance persistent en Europe. Un vrai casse- tête pour la Banque centrale européenne. |
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Enfin, l'Europe décolle ! Si l'on en croit les dernières statistiques publiées par la Commission de Bruxelles, la richesse sur l'ensemble du continent a progressé de 0,6 % au premier trimestre, soit près de 2,5 % en rythme annuel. Une performance honorable compte tenu de la cherté de l'euro et de la flambée des cours du pétrole. Une performance qui masque, cependant, d'importantes disparités selon les pays. « Après le lancement de l'euro, on espérait que les écarts de croissance sur le Vieux Continent allaient disparaître, cela n'a pas été le cas », observent les experts de la Deutsche Bank dans une récente publication. « Que ce soit en termes de croissance ou d'inflation, les divergences entre pays ont persisté et se sont même creusées, ce qui pose de sérieux problèmes dans la conduite des politiques budgétaire, fiscale et monétaire », ajoute Stéphane Déo, économiste en charge de la zone euro à UBS. « Deux modèles de croissance coexistent sur le continent. Un premier fondé quasi exclusivement sur les exportations et un second qui s'appuie sur la consommation des ménages », explique Anne Beaudu, économiste au Crédit agricole. Symbole de ce premier modèle : l'Allemagne. Si l'activité a timidement redémarré outre-Rhin ces derniers mois, c'est en grande partie grâce au boom des exportations. Près des trois quarts de la croissance réalisée depuis le début de l'année sont liés aux ventes à l'étranger, qui ont bondi de près de 14 % depuis l'automne 2003. La spécialisation géographique et sectorielle de l'industrie allemande explique largement ces résultats. Mais les efforts de compétitivité réalisés par les grands groupes ont également porté leurs fruits outre-Rhin. Revers de la médaille : la demande intérieure est totalement amorphe. « Pour rester compétitives, les entreprises allemandes ont maintenu la pression sur les salaires et l'emploi ; il n'y a aucune distribution de revenu, d'où l'extrême faiblesse de la consommation des ménages », explique Florence Béranger, économiste à CDC Ixis. Résultat : la croissance aura du mal à dépasser la barre de 1,5 % outre-Rhin cette année. A l'autre bout du spectre figurent les pays où c'est principalement la demande des particuliers qui tire l'activité : l'Espagne, la France et quelques petits pays comme la Grèce, où l'expansion pourrait être comprise entre 2,5 et 3 %. Dans l'Hexagone, les exportations sont stagnantes, mais les achats des ménages progressent sur un rythme proche de 4 % l'an depuis janvier. « Cette performance tient essentiellement à la baisse du taux d'épargne car l'augmentation du pouvoir d'achat des Français est quasi nulle », explique Florence Béranger. Une différence dans les moteurs de croissance qui se reflète parfaitement dans les chiffres du commerce extérieur. Ainsi, sur les quatre premiers mois de l'année, l'excédent de la balance commerciale atteint 55 milliards d'euros en Allemagne, contre seulement 1,7 milliard en France ! Comment expliquer de tels écarts ? Le dynamisme de la natalité et surtout la situation du marché de l'immobilier jouent un rôle déterminant. « On observe un lien étroit entre l'évolution des prix de l'immobilier et la vigueur de la consommation des ménages », soulignent les experts de la Deutsche Bank. Là où la pierre a beaucoup monté ces dernières années - c'est le cas en Espagne, en France mais aussi au Royaume-Uni -, les ménages, se sentant plus riches, ont eu tendance à consommer davantage. Un phénomène que les économistes appellent l'effet de richesse. Inversement, l'Allemagne n'a toujours pas digéré le surinvestissement dans la construction qui a eu lieu après la réunification, et les ménages sont toujours confrontés à des baisses de prix dans l'immobilier. Reste que la persistance de tels écarts de conjoncture pose de sérieux problèmes aux institutions européennes. Et notamment à la BCE. Il faudra, en effet, que les sages de Francfort choisissent entre le soutien au consommateur allemand et la prévention contre l'émergence d'une bulle immobilière en France ou en Espagne. « Il n'y a pas de convergence européenne car il n'y a pas de concertation pour créer un support de croissance. Le résultat des dernières élections est révélateur de l'absence d'identité européenne en matière de politiques économique, budgétaire et sociale », conclut Martine Aubert, directeur des études économiques du CCF à Paris. Comme si le projet européen ne faisait plus rêver personne... |
BÉATRICE MATHIEU |
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