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| Un platane peut en cacher un autre |
| La Vie Financière N°3170 / Vendredi 10 Mars 2006 / Catégorie : Editorial |
En s'introduisant à Wall Street, la Bourse de New York se donne les moyens de faire ses emplettes en Europe et, pourquoi pas, de racheter le London Stock Exchange au nez et à la barbe d'Euronext, ensablé dans ce dossier. |
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Ruelle sombre, étroite et tortueuse de New York qui prend sa source dans l'East River et se termine devant les grilles d'un cimetière » : telle était, au début du xxe siècle, la description on ne peut plus enchanteresse de Wall Street dans les brochures touristiques. Un siècle a passé, et la « rue du Mur », du nom de la palissade de bois destinée à protéger les colons contre les Indiens, est devenue l'emblème de la toute-puissance financière des Etats-Unis. Wall Street donc, qui rythme au quotidien les pulsations de la planète Bourse, vient de franchir une étape décisive dans son expansion, en s'introduisant mercredi sur son propre marché, à l'instar d'Euronext (le 5 juillet 2001). A la faveur de sa fusion avec Archipelago, plate-forme de transactions électroniques déjà cotée, le New York Stock Exchange, baptisé désormais Nyse Group, est donc aujourd'hui une entreprise capitaliste comme les autres, mettant un terme à deux cent quatorze années d'existence sous forme coopérative. Les 1 366 détenteurs de sièges à New York - l'équivalent outre-Atlantique de nos défunts agents de change - ne vont toutefois pas se plaindre, puisqu'ils ont reçu en contrepartie 70 % du capital de la nouvelle entité, aux côtés des actionnaires d'Archipelago (30 %). Valorisant chacun de leur strapontin plus de 5 millions de dollars, compte tenu du prix retenu avant la première cotation (10,6 milliards de dollars). Mais cette double opération - fusion et introduction - n'est pas seulement financière. Elle est destinée à permettre au Nyse de lutter à armes égales contre ses concurrents, à commencer par le Nasdaq, son frère ennemi, qui a acquis en avril 2005 la plate-forme Instinet. Fonctionnant toujours avec une méthode d'enchères à la criée, Wall Street offre donc aujourd'hui un système de cotation alternatif à la fois souple et performant, notamment pour les obligations et les produits dérivés sur lesquels elle nourrit de grandes ambitions. Surtout, disposant d'une monnaie d'échange avec ses actions, elle peut plus facilement participer à la consolidation du secteur. En clair, acquérir d'autres places boursières. Or, sur ce sujet sensible, tous les regards se tournent vers l'Europe, où le London Stock Exchange, qui vient de contrecarrer un raid de la banque australienne Macquarie, fait toujours l'objet de convoitises de la part d'Euronext, lui-même courtisé par Deutsche Börse. Mais Wall Street pourrait mettre tout le monde d'accord, en lançant une offre sur le LSE, comme l'a laissé entendre John Thain, patron du Nyse. On se souvient que l'acte fondateur de la Bourse de New York, signé le 17 mai 1792, est l'accord dit « du Platane », du fait que les courtiers s'échangeaient à l'époque les certificats du gouvernement sous un arbre à feuille d'érable. Si les dirigeants d'Euronext continuent d'être velléitaires et n'y prennent pas garde, il est à craindre que Paris ne s'en prenne un de plein fouet. Et, dans ce cas, Dominique de Villepin n'y pourra rien. Seulement Xavier Bertrand, ministre de la Santé, avec son armoire à pharmacie |
Gérard Blandin |
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