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| Un pari encore risqué |
| La Vie Financière N°3010 / Vendredi 14 Février 2003 / Catégorie : Actions |
Le sentiment du marché est un peu plus favorable au titre dont la valorisation est faible. L'amélioration des marges risque pourtant d'être très limitée cette année. |
CAP GEMINI ERNST & YOUNG |
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Aucune société de services informatiques n'a échappé, en 2002, à la faiblesse de la demande et à la pression sur les prix. Mais dans le cas de Cap Gemini, la baisse des investissements des entreprises a pesé d'autant plus lourd que le groupe a dû faire face à l'intégration du consultant en informatique américain Ernst & Young, acquis en 2000. Résultat : la première SSII européenne s'est vue contrainte d'adapter ses structures et son organisation, avec les charges exceptionnelles que cela suppose. Occupé par cette difficile absorption, elle n'a pas pu s'orienter vers des métiers plus défensifs (voir « Les métiers de Cap Gemini »). De plus, les différences culturelles entre les deux entités n'ont pas favorisé les synergies escomptées. Un fait reconnu par le groupe en juillet dernier dans le cadre du plan de restructuration Leap, qui a accéléré les réductions d'effectifs (plus de 10 % des employés) engagées dès 2001. C'est l'exercice écoulé qui portera le poids des efforts d'ajustement du groupe. Alors que le chiffre d'affaires devrait se situer aux alentours de 7 milliards d'euros, en recul de près de 17 % par rapport à 2001, les résultats seront dans le rouge. Au-delà de la perte nette qui sera finalement dégagée - 400 millions d'euros selon les estimations des analystes -, la publication des comptes 2002, le 27 février, fournira une première indication sur l'impact des mesures de redressement mises en place voilà un an et demi. La Bourse sera particulièrement attentive à l'évolution de la marge d'exploitation au second semestre 2002. L'objectif fixé par la société, à savoir une marge de 2 ou 3 % sur la période juin-décembre, contre 0,3 % au premier semestre 2002, ne semble pas irréaliste aux yeux des analystes car il s'appuie d'ores et déjà sur une remontée du taux de facturation des consultants. Selon Antonin Baudry, analyste à ETC, « la visibilité des dirigeants sur leur activité s'est nettement améliorée en raison de la mise en place d'un contrôle plus efficace ». Surtout, grâce à l'adaptation de sa structure de coûts qui, dans une société de services informatiques, relève pour l'essentiel des salaires versés, le groupe sera moins dépendant de la conjoncture. Selon les analystes d'UBS Warburg, Cap Gemini avait connu une baisse de 11 % de son chiffre d'affaires par consultant facturable entre le premier semestre 2001 et le premier semestre 2002. Premier objectif : restaurer la rentabilité Désormais, après ses réductions d'effectifs, la SSII vise un retour à une marge d'exploitation de 5 % en 2003. Une prévision peut-être trop optimiste, car si des ajustements supplémentaires ne sont pas à exclure dans le conseil et dans les divisions les plus touchées (télécoms, finance...), à l'image de la réduction de 10 % des effectifs en Grande-Bretagne annoncée en novembre, la reprise de la demande ne doit pas, de l'avis général des experts, se produire avant la fin de l'année. En l'état actuel des choses, la communauté financière table donc plutôt sur une marge d'exploitation de 3 ou 3,5 % cette année. Le redémarrage des investissements informatiques accélérerait évidemment le redressement de cette rentabilité. A cet égard, la forte exposition de Cap Gemini à l'Amérique du Nord (32 % du chiffre d'affaires) aura certes un impact négatif sur le chiffre d'affaires, estimé par Antonin Baudry à 3,5 % au second semestre 2002 en raison de la baisse du dollar, mais elle permettra au groupe de bénéficier d'une reprise sans doute plus rapide qu'en Europe. Reste que Cap Gemini ne renouera pas avec ses niveaux de marge d'exploitation historiques, aux alentours de 9 %, avant plusieurs années. « Pour cela, il devra d'abord régler ses problèmes de positionnement, qui concernent plus spécifiquement Ernst & Young ; il devra regagner les parts de marché perdues », souligne Stéphane Lefèvre-Sauli, analyste à Global Equities. Compte tenu de ces incertitudes, faut-il s'intéresser à la valeur ? Indéniablement, après l'effondrement du cours de Bourse, le sentiment des analystes et des gestionnaires est redevenu plus positif à l'égard de Cap Gemini, qui leur apparaît comme le véhicule désigné pour jouer une reprise des investissements informatiques. Rappelons que le titre est le seul du secteur à faire partie de l'indice CAC 40, et qu'il offre une forte liquidité, le flottant représentant 78 % du capital. Par ailleurs, la situation financière de l'entreprise est saine, avec une trésorerie nette positive de 247 millions d'euros au 30 juin 2002. Un atout apprécié des investisseurs aujourd'hui, par comparaison avec le bilan risqué d'autres sociétés du secteur (Transiciel et Altran,en particulier...). Enfin, qu'en est-il de la valorisation de Cap Gemini ? Le critère classique cours/bénéfices ou PER (price earning ratio) est délicat à manipuler en bas de cycle. La valeur se paie ainsi 60 fois ses résultats attendus pour 2003 dans l'espoir d'un retour progressif à des marges significatives. On préférera retenir un indicateur souvent utilisé pour le secteur. Il s'agit de la valeur d'entreprise (capitalisation boursière-trésorerie nette) sur chiffre d'affaires, qui présente l'avantage de tenir compte de la situation financière du groupe. Pour 2003, ce ratio est de 0,4, estime Stéphane Lefèvre-Sauli. Une valorisation qui paraît encore faible, malgré le rebond du titre depuis septembre. « Historiquement, ce ratio a été de 0,52 en 1992 et de 0,58 en 1993 (années de bas de cycle), pour revenir vers 1 en milieu de cycle », rappelle l'analyste. Mais investir aujourd'hui dans l'action Cap Gemini revient à parier sur le levier d'une amélioration significative des marges, que nous ne tenons pas pour acquise à court terme. D'autant que le secteur informatique risque de rester sous pression au premier semestre, dans une conjoncture difficile. Très sensible aux nouvelles émanant d'autres TMT (SAP, IBM...) et à l'évolution du marché en général, le titre Cap Gemini présente en revanche une volatilité importante qui pourra être mise à profit. Dans une optique de trading, il peut être acheté aux alentours de 20 euros, pour une revente vers 30 euros, les bornes du tunnel dans lequel il évolue depuis quelques mois UN GROUPE AU PROFIL CYCLIQUE Cap Gemini Ernst & Young est présent sur quatre grands métiers informatiques, qui vont de la conception des projets (conseil), à la prise en charge des systèmes informatiques (infogérance) et l'assistance technique, en passant par la mise en place ou la rénovation de systèmes informatiques (intégration de systèmes). Elle a renforcé son pôle conseil en rachetant la partie informatique d'Ernst &Young, qui continue par ailleurs d'offrir ses activités financières et comptables sous le nom d'Ernst & Young. Les activités de conseil et d'intégration des systèmes, à plus forte valeur ajoutée, sont plus sensibles à la conjoncture. L'infogérance a le vent en poupe. Elle conjugue en effet croissance et récurrence, mais Cap Gemini a tardé à développer ce métier. Quant à l'assistance technique, elle pâtit aussi en cette période de crise de sa faible valeur ajoutée Quelques dates 1968 : création de la société par Serge Kampf, PDG. 2000 : rachat de l'activité de conseil en informatique d'Ernst & Young et adoption du nom Cap Gemini Ernst & Young. Juin 2001 : 2 900 suppressions d'emplois (sur 55 000 salariés). Octobre 2001 : 600 suppressions d'emplois. Décembre 2001 : encore 1 900 postes supprimés. Total des suppressions d'emplois en 2001 : 5 700. nomination de Paul Hermelin au poste de directeur général. 1er semestre 2002 : 3 500 suppressions de postes. Juillet 2002 : plan de restructuration Leap. 3 000 postes réaffectés ou supprimés. Novembre 2002 : suppression de 10 % des effectifs en Grande-Bretagne. Conseil : RESTER À L'ÉCART Il est trop tôt pour jouer un redressement significatif des marges. Dans une optique de court terme, les spéculateurs pourront en revanche mettre à profit la forte volatilité du titre |
ELISABETH WATRIPON |
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