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Un nouveau «trou d'air» en 2001
La Vie Financière N°2899 / Samedi 30 Décembre 2000 / Catégorie :

L'activité va faiblir en France dans les mois à venir. Les échanges extérieurs risquent de peser sur la croissance, mais la demande intérieure prendra le relais.
 
FRANCE
 
L'économie française semble bel et bien entrée dans un « trou d'air ». Du coup, elle ne pourra pas rééditer les performances de 2000, qui avait commencé sur les chapeaux de roues avec un rythme d'expansion proche de 4 %. Le moral des industriels français s'est dégradé depuis le début de l'automne. Certes, les services continuent de tirer la machine. Mais dans le bâtiment, l'activité ralentit, contrecoup de la fin des programmes Périssol, tandis que l'industrie commence à douter. La demande, étrangère notamment, sera moins soutenue que prévu. Résultat : les carnets de commandes, même s'ils restent à un niveau très élevé, se dégarnissent. « Or, pendant qu'elles revoient leurs ventes à la baisse, les entreprises doivent écouler leurs stocks, ce qui pèse d'autant plus sur l'activité future », soulignent les experts de Morgan Stanley Dean Witter. La croissance française ne pourra pas non plus compter sur les échanges extérieurs, d'autant que, dans un contexte de ralentissement mondial, les entreprises risquent d'éprouver de plus en plus de difficultés à vendre leurs produits à l'étranger. Car, avec l'atterrissage américain et le redressement de l'euro, la compétitivité des exportations françaises va se dégrader. Et si la monnaie unique passe au-dessus de la parité avec le billet vert, le choc sera encore plus difficile à absorber pour bon nombre d'entreprises tournées vers l'extérieur.  Cependant, pas de panique ! Car, si l'activité ralentit, la récession est encore bien loin. Tout d'abord parce que le moteur de l'investissement tourne à plein régime, malgré l'impact du choc pétrolier qui a réduit les marges des entreprises. Et pour cause : « Les tensions sur l'appareil productif semblent particulièrement vives en France, où le niveau des taux d'utilisation des capacités de production, supérieur à 87 %, dépasse de près de trois points la moyenne de longue période », remarquent les experts de la Banque de France. Et les tensions sur l'offre se maintiendront dans les mois à venir. Du coup, les projets d'équipement devraient continuer à se concrétiser. Après avoir bondi de 11 % dans l'industrie l'an passé - la meilleure performance depuis la fin des années 80 -, les investissements devraient encore progresser d'au moins 5 % en 2001, selon l'Insee. Les entreprises moderniseront leur appareil de production. Elles chercheront, en particulier, à combler leur retard dans les nouvelles technologies et la high-tech.  Autre ressort qui alimente la croissance française : l'emploi. Le nombre de demandeurs d'emplois a chuté de 845 000 depuis le pic de juin 1997. Le taux de chômage est descendu de 12,6 à 9,4 %. Or la job machine ne montre aucun signe d'essoufflement : 53 % des entreprises industrielles déclarent connaître des difficultés de recrutement. Elles devraient donc continuer à embaucher. Ainsi, « 230 000 emplois seraient créés au premier semestre de 2001, après 560 000 en 2000 », estiment les experts de l'Insee dans leur dernière note de conjoncture. Conséquence : le taux de chômage devrait encore baisser, pour tomber à 8,7 % en juin, son plus bas niveau depuis 1983. De quoi alimenter le moteur de la consommation. Et même si les hausses de salaires n'ont pas suivi l'inflation, les Français gardent le moral et montrent de l'ardeur à dépenser. En témoignent les ventes record des grands magasins à Noël. En 2001, la croissance de la consommation, qui devrait être encore plus forte qu'en 2000, alimenterait elle aussi la machine à créer des richesses. D'autant que le retour de l'inflation sous la barre des 2 % et les réductions d'impôts devraient permettre de reconstituer le pouvoir d'achat, après les pertes infligées par le choc pétrolier.  Finalement, la dynamique de la demande intérieure devrait donc largement compenser la dégradation de l'environnement économique international. Le ralentissement ne serait alors que passager et l'activité économique pourrait bien repartir dès le second semestre. La croissance est attendue à 2,5 % au minimum par la majorité des experts, sur fond de décélération inflationniste et de baisse des taux à court et long terme.   La demande étrangère est moins soutenue que prévu     Les commandes adressées aux entreprises françaises sont moins nombreuses, en particulier celles venant de l'étranger, à cause du ralentissement de l'économie mondiale. Selon les experts, la croissance ne devrait pas fléchir au-dessous de 2,5 % .   Les Français pourraient montrer encore plus d'ardeur à dépenser qu'en 2000, contribuant ainsi à soutenir la machine économique.


Tanguy Simon
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