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| Un entretien avec Kaj-Erik Relander, Vice-président de Sonera. « Les... |
| La Vie Financière N°2867 / Samedi 20 Mai 2000 / Catégorie : |
Le « France Télécom finlandais » est le premier opérateur au monde à avoir décroché une licence UMTS (en mars 1999). Son vice-président nous livre ses réflexions sur les enjeux de la troisième génération... |
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Quel sera l'impact, pour les opérateurs européens, des prix élevés des licences UMTS? - D'un côté, le niveau des prix des nouveaux services [de multimédia mobile] sera tellement élevé, au moins au début, qu'il existe un gros risque que les gens ne les utilisent pas. En Allemagne, le niveau des enchères pourrait ainsi atteindre celui du Royaume-Uni (38 milliards d'euros), ce qui n'est pas bon pour les consommateurs. Aucun nouveau concurrent ne s'intéresserait alors à ce marché, et l'Europe pourrait perdre son avance en matière d'Internet mobile. D'un autre côté, le développement de l'UMTS pourrait être tellement rapide que cela renforcerait la concentration et la consolidation dans les télécoms, au point que seuls les opérateurs qui disposent d'importantes capacités financières pourraient déployer des réseaux de nouvelle génération. Aussi, seuls les plus grands [groupes] seront dans la course ! Rappelons que, dans le GSM, c'est l'arrivée de nouveaux concurrents qui a obligé les opérateurs historiques à innover. Sonera détient 30 % d'un consortium qui postule pour une licence en Allemagne. Que ferez-vous si les prix s'envolent ? - Nous étions candidats au Royaume-Uni essentiellement parce qu'une occasion s'y présentait. Mais nous considérons l'Allemagne comme un élément clé du marché européen, pour lequel vous devez avoir une stratégie globale. C'est pourquoi nous avons choisi comme partenaires des groupes solides, Telefonica et Orange. Par ailleurs, nous serons candidats à une licence de téléphonie mobile de troisième génération partout sur le Vieux Continent où la procédure de sélection sur dossier sera retenue. Dans les autres grands pays, nous pourrions aussi postuler si nous trouvons les alliés adéquats. Quelle est votre stratégie en France ? - Nous menons des discussions avec moins de cinq partenaires potentiels pour y faire une offre commune, afin d'obtenir une des quatre licences UMTS. Cela dit, la position de Sonera est claire : pour les consommateurs français, une sélection par dossier est préférable à une mise aux enchères. En effet, seuls les « nouveaux entrants », les groupes arrivant sur un marché nouveau pour eux, pousseront les prix des services UMTS vers le bas. Pas les sociétés déjà établies, qui ont beaucoup de cash, comme on le voit actuellement. Lorsque vous comparez la France à la plupart des pays européens, vous constatez que la marge de manoeuvre est importante pour réduire le prix des appels mobiles. Si vous restez avec un tel niveau de prix, des licences très coûteuses, il faudra attendre longtemps avant que les gens utilisent largement les futurs services de troisième génération. Parlons concrètement. Il faut désormais considérer le téléphone portable comme nous considérons l'électricité : nous utilisons l'éclairage quand nous en avons besoin, pas seulement lorsque nous pouvons nous le permettre... Au final, qui paiera la facture des énormes investissements induits par l'UMTS : les clients des opérateurs ou leurs fournisseurs ? - Les équipementiers de télécoms [Alcatel, Ericsson, Nokia, etc.] financeront finalement une bonne part des investissements nécessaires aux nouveaux réseaux. Ils devront le faire car les besoins de financement sont extrêmement élevés... Et seuls les plus grands fournisseurs ont la capacité financière suffisante pour cela. Par ailleurs, nous verrons des faillites d'opérateurs, comme on l'a constaté aux Etats-Unis depuis l'attribution des licences PCS en 1996. Je pense qu'une mise aux enchères n'est pas la bonne solution, même si je comprends que les gouvernements soient tentés d'obtenir le maximum d'argent par ce biais. Si vous regardez ce qui se passe en Scandinavie, il n'y a aucune enchère, aucun droit d'entrée pour obtenir les licences UMTS. En Finlande, ce sont les quatre dossiers les plus crédibles [sur quinze] qui l'ont emporté. Ce qui implique un coût raisonnable, un niveau suffisant de compétition et le lancement de services innovants. Pour le grand public, c'est le plus important. Le coût de l'UMTS pourrait aboutir à terme à des rapprochements ou des faillites ; ne risque- t-on pas alors de revenir à des sortes de monopoles ? - Je ne crois pas à une future mainmise de cinq ou six grands groupes en Europe. D'abord parce que le secteur des télécoms reste très fragmenté. En outre, les autorités de la concurrence s'opposeraient à une telle concentration. Par ailleurs, le problème de la participation des Etats dans le capital des opérateurs de télécoms peut entraver les opérations de rapprochement avec un concurrent. D'autant que les sociétés semi-publiques ne s'adaptent pas toujours assez rapidement à la concurrence. Si elles ne participent pas à la concentration, leurs capitalisations reculeront et elles risquent d'être peu à peu marginalisées. Quand et comment Sonera lancera-t-il ses premiers services à la norme UMTS ? - Le 1er janvier 2002. Plus tôt si les nouveaux téléphones sont disponibles. Les investissements pour moderniser notre réseau GSM actuel vont reculer, pendant que nos dépenses pour la construction de notre réseau UMTS progresseront. |
Philippe Hufschmitt |
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