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| Un éléphant, petit ou grand, ça trompe énormément ! |
| La Vie Financière N°3163 / Vendredi 20 Janvier 2006 / Catégorie : Editorial |
Certaines sociétés publient sans vergogne des chiffres en contradiction flagrante avec les prévisions annoncées quelques mois plus tôt lors de leur introduction, au grand dam des minoritaires. Les autorités doivent réagir. |
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Prêts pour une petite devinette ! Quelle est la différence entre Poncin Yachts, Saft et Rue du Commerce, trois sociétés fraîchement introduites à la Bourse de Paris ? Autrement dit, qu'est-ce qui pourrait distinguer un fabricant de voiliers d'un spécialiste des batteries de haute technologie ou d'un site marchand d'électronique grand public ? Vous ne voyez pas. Allez, encore un effort. Non ? Rien de plus normal : il n'y a aucune différence. Ces trois sociétés ont, en effet, en commun d'avoir brisé la confiance (toute relative) de leurs nouveaux actionnaires. Qu'on en juge : le 12 mai 2005, Poncin Yachts s'introduit sur le compartiment C au prix de 9,80 euros. Dans le « document de base » transmis à l'AMF (page 117), il est alors précisé que, pour l'exercice en cours clos le 31 août 2005, l'activité devrait s'élever à 33,6 millions d'euros. Patatras ! En décembre, le constructeur de bateaux de plaisance annonce un chiffre d'affaires de 27,2 millions d'euros, soit un écart de près de 20 % par rapport aux estimations. En cause : le retard de l'ouverture du nouveau site de production. Les actionnaires se sentent bernés et envoient le titre par le fond. Aujourd'hui, Poncin accuse un plongeon de 15 % par rapport à son prix d'entrée. Saft n'est pas mal non plus dans son genre. Le 30 juin, l'ancienne filiale d'Alcatel, contrôlée par le fonds britannique Doughty Hanson, revient à la Bourse après l'avoir quittée dix ans plus tôt, en s'introduisant sur le compartiment B au prix de 26 euros. Dans son document de référence (à la page 157), il est fait mention d'une « baisse attendue des ventes de piles au lithium aux forces armées américaines », dont l'impact est estimé à « environ 10 millions d'euros ». Après un premier avertissement en septembre, Saft annonce le 10 novembre que les ventes de batteries pour l'armée américaine baisseront plus fortement que prévu, soit un manque à gagner de... 35 millions ! La valeur s'écroule en une séance de 30 % - mise à profit par le président pour racheter 17 517 actions... Citius, altius, fortius (« plus vite, plus haut, plus fort ») : Rue du Commerce pourrait en l'espèce faire sienne cette devise de l'olympisme. Le 30 septembre, ce site de vente en ligne s'introduit sur le compartiment B à 15,60 euros. Cette semaine, après trois mois et demi de cotation, la société révise à la baisse son résultat opérationnel en raison des « choix faits dans le mix-produit pour conserver la place de numéro un pendant les fêtes ». Ah, les fêtes ! Résultat des courses, si l'on peut dire : une glissade de 26 %. Certes, comme le disait avec cynisme Henri Queille, président du Conseil sous la IVe République : « Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. » Mais il y a des limites. Si Paris souhaite conserver son tissu d'actionnaires individuels, il faut (re)créer les conditions de la confiance. Par la prévention et/ou la répression. Sinon, les sans-gêne pourront toujours fredonner la chanson de Jacques Dutronc, L'Opportuniste : « J'fais confiance aux électeurs [investisseurs]. Et j'en profite pour faire mon beurre. » |
Gérard Blandin |
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