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| Un budget fondé sur la consommation |
| La Vie Financière N°3094 / Vendredi 24 Septembre 2004 / Catégorie : Tendance |
Tout coup de frein dans les dépenses des ménages déstabiliserait le budget 2005 établi par Bercy. |
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On peut appeler ça une sortie en beauté. Alors qu'il s'apprête à quitter Bercy, Nicolas Sarkozy voulait sans doute laisser une trace de son bref passage aux Finances, en présentant un projet de budget sans fautes. Sur le papier, le budget 2005 a donc tout pour plaire, avec à la fois une diminution du déficit budgétaire, une baisse des impôts, une maîtrise des dépenses de l'Etat et le respect des engagements européens. Le locataire de Bercy a en effet répété à l'envi que l'ensemble des déficits publics (Etat, collectivités locales et comptes sociaux) devraient être ramenés à 3 % du PIB l'an prochain, contre 3,6 % cette année et 4,1 % en 2003. « Le cocktail budgétaire semble plutôt adéquat », reconnaît Jean-Pierre Petit, chef économiste d'Exane. En tout cas, il est subtil. En matière de fiscalité, l'enveloppe des baisses d'impôts est moins généreuse qu'au cours des années passées et les propositions annoncées sont hautement symboliques. Les entreprises devraient, elles, bénéficier de la suppression de la fameuse surtaxe Juppé (3 % de l'impôt sur les sociétés). Un cadeau auquel devrait s'ajouter la prolongation jusqu'au 31 décembre 2005 du dégrèvement de taxe professionnelle sur les nouveaux investissements. Quant aux ménages, les mesures proposées devraient surtout bénéficier aux classes moyennes et aux familles. C'est notamment le cas avec la réforme des droits de succession et le relèvement du plafond de la réduction d'impôt pour les emplois familiaux. Puisqu'il rétrécit un peu la base de ses recettes fiscales, le ministre de l'Economie s'est montré inflexible sur les dépenses de l'Etat, qui ne pourront augmenter plus vite que l'inflation. En clair, pour financer le plan Borloo (13 milliards d'euros sur cinq ans), l'augmentation de la prime à l'emploi (+ 4 % en 2005) ou encore le plan anti-délocalisations (200 millions d'euros), la plupart des ministères seront mis au régime sec. Mais, pour boucler son budget, Nicolas Sarkozy va surtout pouvoir compter sur une manne providentielle : le versement par EDF et GDF d'une soulte qui pourrait atteindre une dizaine de milliards d'euros, destinée théoriquement à compenser le transfert aux régimes de retraite généraux des charges de retraite des personnels de ces entreprises. Un tour de passe-passe qui avait déjà été utilisé en 1998 par le gouvernement Jospin avec France Télécom, afin de qualifier la France à l'euro. Alors, où est le grain de sable dans cette mécanique budgétaire bien huilée ? Dans les fondations même du projet de budget, c'est-à-dire la prévision de croissance. Bercy table en effet sur une progression de la richesse nationale de 2,5 % l'an prochain, soit autant qu'en 2004. « Une projection bien trop optimiste, ajoute Jean-Pierre Petit, qui suppose que l'activité continue d'avancer au même rythme qu'actuellement. » Or rien n'est moins sûr. Les dernières enquêtes dans l'industrie et les services montrent que la reprise tend à s'essouffler. Mais c'est surtout la vigueur de la consommation des ménages dans sa durée qui inquiète la plupart des experts. Comment supposer, en effet, que les Français continuent de sillonner les magasins alors qu'ils ont le moral dans les chaussettes et que le marché de l'emploi reste gelé ? Une première hypothèse tient à un possible « effet de richesse », dû à l'envolée des prix de l'immobilier. Se sentant plus riches, les Français seraient davantage tentés de puiser dans leur bas de laine pour dépenser, alors que le pouvoir d'achat n'augmente quasiment plus. De fait, le taux d'épargne des Français a diminué de plus de 2 points en deux ans, passant de 17 % à la mi-2002 à un peu moins de 15 % au printemps 2004. Autre hypothèse : la montée de l'endettement, qui résulte du niveau très bas des taux d'intérêt. D'après les chiffres recueillis par la Banque de France, les prêts bancaires aux particuliers progressent à un rythme proche de 10 % par an. « En faisant la somme du revenu disponible brut et des flux trimestriels de crédit, on s'aperçoit que les ressources totales des ménages ont crû à un rythme annuel de 4,1 % au premier trimestre et de 6,6 % au deuxième trimestre », affirme Anne Beaudu, économiste au Crédit agricole. Rien d'étonnant, donc, que les achats de produits manufacturés affichent encore une progression de 5,4 % en un an fin août, d'après les derniers chiffres de l'Insee. Reste que le décalage entre la progression des revenus et celle des achats ne peut durer éternellement. Or un freinage de la consommation, qui entraînerait une baisse des recettes de TVA, déstabiliserait sérieusement les comptes d'apothicaire de Nicolas Sarkozy. Mais il sera, à ce moment-là, déjà loin de Bercy... |
BÉATRICE MATHIEU |
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