Archives

UN ENTRETIEN AVEC bruno roger Président de Gaz et Eaux « Vincent Bolloré ne...
La Vie Financière N°2822 / Samedi 10 Juillet 1999 / Catégorie :

Le président de Gaz et Eaux explique la politique d'investissement de cette discrète société de portefeuille du groupe Lazard. Il s'exprime aussi sur la réorganisation de la banque d'affaires Lazard, dans laquelle Gaz et Eaux va investir 4 milliards de francs. La banque vient de se doter d'un comité exécutif de sept membres, dont Bruno Roger, sous la présidence de Michel David-Weill.
 
VALEURS FRANÇAISES
 
Gaz et Eaux gère un portefeuille évalué à 18 milliards de francs. Selon quels critères financiers ?    Nous suivons une stratégie d'allocation d'actifs précise, pour obtenir chaque année un taux de rendement interne supérieur à 20 %. C'est notre objectif principal. Il a d'ailleurs été largement dépassé ces dernières années. Par exemple, pour un achat réalisé le 1er janvier 1998, il atteint 30 %. Notre portefeuille doit en principe se répartir à égalité entre la France et l'étranger et se composer pour moitié de valeurs cotées et, pour le solde, de sociétés non cotées, moins importantes, souvent plus jeunes mais en plein développement. Enfin, nous effectuons une rotation systématique des actifs, afin d'extérioriser des plus-values. Même dans le cas de sociétés très performantes, nous dégageons des   plus-values afin d'éviter de perdre de l'argent en cas de retournement de la Bourse. La proportion de titres cotés était montée à 75 %, mais l'équilibre vient d'être rétabli par la cession de 5 % du capital de Pearson, dont nous conservons 2 %. Les fonds obtenus (400 millions de livres sterling) seront réinvestis dans la nouvelle partnership Lazard, en cours de constitution. Ce nouveau placement va nous rapporter autour de 5 % par an en moyenne (contre 1,7 % pour Pearson), étant entendu que ces activités sont cycliques. Ainsi, notre résultat courant devrait croître de 50 % et pourrait atteindre 330 millions de francs par an. En 1998, il aurait même atteint, pro forma, 358 millions, au lieu de 209 millions, soit un rendement de 5,7 %. Compte tenu de la rentabilité de ce nouvel actif qui représentera 20 % du portefeuille, nous allons pouvoir réaliser plus d'investissements qui ne rapportent pas tout de suite. Les investissements déjà opérés à travers seize fonds différents depuis plusieurs années vont rapporter, mais pas avant 2003. Pour participer à la révolution technologique en cours, nous interviendrons de plus en plus dans les secteurs de la technologie, de la communication et des services à travers des fonds, mais aussi directement. Nous bénéficions d'ailleurs au sein du conseil d'administration des conseils d'Alain Mérieux pour les biotechnologies et de Marcel Roulet pour les technologies de l'information. Il ne s'agit pas de miser sur des « start up » mais de parier sur de jeunes entreprises ayant déjà quelques années d'existence.      Pourquoi sous-traiter une partie de la gestion à des fonds extérieurs ?  En effet, notre activité ne s'est pas limitée aux investissements directs. Depuis plusieurs années, le conseil d'administration et moi-même avons décidé d'investir à travers des fonds. Nous y avons versé 800 millions de francs, qui pourraient valoir le double aujourd'hui. Depuis le 1er janvier 1998, nous avons investi dans 113 opérations, dont 84 à caractère technologique. Ainsi, nous avons investi dans une société 5 millions qui valent aujourd'hui en Bourse 420 millions. Notre politique est extraordinairement rentable. Certains étaient sceptiques lorsque nous l'avons initiée il y a trois ou quatre ans. Ils ne comprenaient pas pourquoi nous investissions au travers de fonds extérieurs. La raison en est simple. Seuls, nous n'aurions jamais trouvé 113 opportunités d'investissement sans engendrer des charges exorbitantes.  N'êtes-vous pas déçu par les performances du fonds IRR Capital, géré par Edouard Stern, dans lequel Gaz et Eaux a investi 432 millions de francs ?   Le montant de cet investissement est très peu important relativement à d'autres. Il est vrai qu'il n'a pas démarré comme nous pouvions l'espérer. Mais les choses se redressent et Edouard Stern garde toute ma confiance. Je ne vois pas pourquoi notre investissement de départ ne serait pas un jour gagnant.  La principale ligne du portefeuille est constituée de la participation de 3,13 % dans Danone. Son cours de Bourse peut-il encore monter ? Si oui, cet investissement ne risque-t-il pas à terme de représenter une trop forte proportion des actifs ?   Nous sommes confiants dans le potentiel du groupe Danone. Ces titres représentent 24 % du portefeuille. Il est vrai que j'avais fixé comme règle de ne pas dépasser 25 % par ligne, mais nous avons très bien vécu avec Pearson jusqu'à 37 %.  Pour en revenir à la banque Lazard, où Gaz et Eaux va prendre une participation qui représentera le deuxième poste de son portefeuille, pouvez-vous nous donner des précisions sur la valorisation retenue ? Et sur le système de contrôle de son capital ?   Une expertise indépendante a été réalisée par Ernst & Young. Le bas de la fourchette d'évaluation est de l'ordre de 3,6 milliards de dollars. Le bénéfice cumulé des trois banques de Paris, Londres et New York s'est élevé à 556 millions de dollars en 1998, mais j'insiste sur le fait qu'il s'agit d'un montant avant fiscalité. Je ne peux pas vous préciser le taux d'imposition, car les impôts sont à régler non pas par les banques, qui sont « transparentes », mais par les partners (les associés) en fonction de leur propre situation et de la législation nationale dont ils dépendent. En rapprochant les trois établissements, nous voulons créer un partnership mondial. C'est une première qui suppose de résoudre des problèmes fiscaux et juridiques. Mais nous sommes très attachés à ce système, sur lequel repose une partie de notre prospérité. Gaz et Eaux aura droit à 13,2 % des profits de ce nouvel ensemble. S'agissant du contrôle, il sera à 82,4 % entre les mains des associés personnes physiques. Contrairement à certains commentaires publiés au moment de l'entrée de Vincent Bolloré dans le capital de la Rue Impériale, il n'est donc pas possible de prendre le contrôle de la banque Lazard !  Que pensez-vous de cette arrivée de Vincent Bolloré ?   Je n'ai pas eu connaissance d'un franchissement de seuil chez Gaz et Eaux. S'il a acheté des titres, je pense qu'il fera plutôt une bonne affaire. Je vous rappelle les déclarations récentes de Michel David-Weill au Figaro : « Une concertation plus grande aurait pu éviter l'aspect fracassant de son entrée dans notre groupe de holdings, qui nous est désagréable et qui, je pense, ne lui est d'aucune utilité. »  Les actionnaires minoritaires connus et moins connus se plaignent souvent de l'importance de la décote boursière par rapport à la valeur d'actif net réévalué. Qu'entendez-vous faire pour la réduire ?   Lorsque je suis devenu président de Gaz et Eaux en 1991, la décote s'élevait à près de 51 %. Elle est actuellement de 34 %. Mon objectif est de la ramener vers 25 %. Le programme de rachat d'actions que je vais mettre en oeuvre - il pourrait porter sur 5 à 10 % du capital - devrait permettre de la réduire un peu. Une petite décote est inévitable pour un holding, compte tenu des impôts qu'il faudra payer sur les plus-values latentes. D'ailleurs, plus nos affaires marchent bien, plus ces impôts latents sont élevés. De plus, les holdings n'existent pas à l'étranger, ce qui explique que les investisseurs anglo-saxons soient encore relativement réticents à leur égard. Pour moi, le plus important, c'est de continuer à créer de la valeur pour les actionnaires.   Graphique : Un portefeuille équilibré    « Mon objectif est de ramener la décote vers 25 % »   Gaz et Eaux (filiale à 49,77 % d'Eurafrance) est un excellent véhicule boursier pour jouer le secteur des hautes technologies sans prendre le risque de sélectionner directement les entreprises à très fort potentiel. De plus, l'amélioration du résultat courant liée à l'investissement programmé dans les maisons Lazard réunifiées (celles de Paris, Londres et New York) devrait permettre une réduction de la décote. Ce résultat hors plus-values (dont la réalisation est par nature irrégulière) avait tendance à plafonner ces dernières années. Il n'avait plus représenté que 2,8 % des fonds propres l'an dernier ! Cerise sur le gâteau pour les 16 000 actionnaires : l'intérêt de Vincent Bolloré pour les sociétés du groupe Lazard (Rue Impériale, Immobilière marseillaise, Eurafrance, Gaz et Eaux), qui ressemble de plus en plus au raid boursier de l'été, confère à l'action un attrait spéculatif. Surtout dans un contexte marqué par la préparation de la succession de Michel David-Weill (66 ans), principal actionnaire du groupe. (Graphique)  Acheter vers 51 euros à titre spéculatif


Jean-Luc Champetier
Copyright © La Vie Financière. Tous droits réservés.
 

RODRIGUEZ GROUP RODRIGUEZ GROUP : 1.75€  (+19.39%) 2.1€
+19.39%
APRIL GROUP APRIL GROUP : 19.33€  (+8.39%) 20.59€
+8.39%
SEQUANA SEQUANA : 4.88€  (+5.23%) 5.03€
+5.23%
BOURBON BOURBON : 20.60€  (+5.06%) 21.9€
+5.06%
NRJ GROUP NRJ GROUP : 5.60€  (+4.55%) 5.86€
+4.55%
TRIGANO 4.76€
-7.75%
IMERYS 33.38€
-5.87%
ALTEN 14.02€
-5.46%
VICAT 36.99€
-5.32%
GENERAL ELECTRIC 11.5€
-5.19%