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| Sarkozy aux Français : « Videz vos bas de laine ! » |
| La Vie Financière N°3092 / Vendredi 10 Septembre 2004 / Catégorie : Editorial |
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A quelques semaines de la présentation, le 22 septembre, du projet de budget pour 2005, Nicolas Sarkozy parvient à se surpasser pour occuper le terrain médiatique. L'énergie dont il déborde le rend, pour l'instant, aussi populaire que toutes les dispositions qu'il peut annoncer (lire page 20). En attendant novembre et son départ de Bercy, le futur patron de l'UMP n'aura pas été inactif à la tête du ministère de l'Economie et des Finances, où il aura, une fois de plus, montré un talent exceptionnel... en politique. Car, c'est incontestable, Nicolas Sarkozy a l'art de beaucoup parler de ce qu'il ne fait pas (réduire les dépenses de l'Etat notamment) et sait dédramatiser par avance les conséquences de ses décisions les plus controversées. La ligne directrice de Nicolas Sarkozy est pour le moins surprenante. Ne disposant d'aucun levier sur l'économie compte tenu du peu de marge de manoeuvre budgétaire, sa politique consiste à forcer artificiellement la croissance, avec une vision à court terme, en incitant les Français à une grande débauche de consommation. « Enrichissez-vous par l'épargne et le travail », disait François Guizot ; « videz votre bas de laine et empruntez pour dépenser », dirait Nicolas Sarkozy ! Vous avez accumulé un peu d'épargne salariale ? Empressez-vous de la reprendre, vous y avez droit à hauteur de 10 000 euros. La peur du chômage ? Pensez donc ! Vous avez un petit pécule ? A quoi bon se préoccuper de votre retraite, faites-en cadeau à vos enfants, jusqu'à 20 000 euros exonérés d'impôt, pour qu'ils s'empressent de consommer toujours plus ! Vous n'avez plus de réserves ? Peu importe, prenez donc un crédit à la consommation ; vous obtiendrez même une réduction d'impôt, plafonnée à 150 euros, sur vos intérêts d'emprunt. Le ministre des Finances, pour qui « les Français doivent cesser de se culpabiliser sur l'emprunt car une famille qui emprunte, c'est une famille qui a des projets » - un homme capable d'une telle déclaration ira certainement très loin ! -, le ministre des Finances, donc, aura peut-être l'optimisme communicatif, mais attention : demain, le gouvernement ne rasera pas gratis. Impôts locaux, CSG, taxes, inflation, tout continuera de grimper, sauf, évidemment, vos pensions de retraite, et Nicolas Sarkozy ne sera plus à Bercy pour consoler les plus pauvres d'entre vous d'avoir dilapidé leur pécule. Il faut reconnaître néanmoins que toutes les mesures voulues par le ministre ont un avantage : elles n'alourdiront pas de façon significative les dépenses de l'Etat, et c'est heureux car celles-ci ont encore augmenté de 4,8 % depuis le début de l'année, à fin juillet, contre + 3,6 % prévus. Le grand chantier de la restriction des dépenses inutiles, « qu'il faudra réduire sans tabou », dixit Nicolas Sarkozy à son arrivée à Bercy en avril, a pris du retard... Faudra-t-il aussi ranger parmi les projets morts-nés l'idée du ministre d'alléger la fiscalité des dividendes d'actions en l'alignant sur celle, plus avantageuse hors PEA, des coupons d'obligations ? Une mesure de ce type constituerait une petite révolution. Mais qu'on ne se réjouisse pas trop vite : ce n'est là qu'une piste de réflexion dont les commissions des finances du Parlement commenceront peut-être à discuter début 2005. La décision de supprimer l'avoir fiscal aux 7 millions de Français détenteurs d'un PEA n'a pas donné lieu à autant de tergiversations ! |
NASSER OUZEGDOUH Directeur de la rédaction |
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