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Sanofi-Aventis séduit par BMS ?
La Vie Financière N°3217 / Vendredi 02 Février 2007 / Catégorie : Bourse

Un accord de préfusion aurait été signé entre les deux géants de la pharmacie. Une opération qui chamboulerait le classement mondial.
 
Sanofi-Aventis
 

Les bans ne sont pas encore publiés. Et pourtant, le mariage de Sanofi-Aventis avec l'américain Bristol-Myers Squibb (BMS) serait, cette fois-ci, sérieusement envisagé. Selon La Lettre de L'Expansion, un accord de préfusion aurait été signé la semaine dernière. La rumeur n'est pas nouvelle : partie des milieux industriels (lire La VF du 22 septembre 2006), elle avait gagné les marchés financiers. Elle n'a toujours pas été commentée par les intéressés. Les noms des banques-conseil qu'a choisies BMS (Citigroup, Lehman Brothers et Morgan Stanley) ont déjà été cités par Les Echos.

L'opération obéit, il est vrai, à une certaine logique : les deux laboratoires co-commercialisent déjà l'anti-thrombotique Plavix et l'anti-hypertenseur Aprovel, le premier groupe rayonnant dans tous les pays du monde à l'exception des Etats-Unis, le second se cantonnant au marché américain. En acquérant son partenaire, le mastodonte français consoliderait l'ensemble des ventes de ces produits (environ 5 milliards pour les neuf premiers mois de l'année) et, surtout, intégrerait tous les bénéfices, aujourd'hui partagés. En outre, il trouverait dans la corbeille des molécules en développement jugées innovantes. Parmi elles, un anticancéreux et un anticoagulant oral de Bristol-Myers Squibb compléteraient opportunément sa gamme de médicaments dans l'oncologie et le cardiovasculaire. Autre motivation : une fusion hisserait le champion tricolore à la première place mondiale (chiffre d'affaires 2006, agrégé et estimé, de 50 milliards de dollars), au coude à coude avec le leader Pfizer (48,37 milliards publiés pour 2006). Une satisfaction que ne manquerait pas de savourer le président du conseil d'administration Jean-François Dehecq, qui avait créé « la maison » en 1973 avec René Sautier.

De nombreux obstacles

De nombreux obstacles se dressent, toutefois, devant ce projet. Il paraît peu probable qu'une annonce soit faite avant la fin du procès aux Etats-Unis, dont l'issue scellera le sort du Plavix. Sanofi-Aventis et BMS défendent actuellement le brevet protégeant ce produit vedette et attaqué par le fabricant de génériques Apotex. Tenter un rapprochement avant le jugement, qui ne sera sans doute pas rendu avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, n'aurait pas de sens. Si Apotex gagnait le procès et que le Plavix pouvait être concurrencé, le rapprochement perdrait, en effet, une grande partie de son intérêt financier. Autre handicap : BMS est sous le coup d'une enquête du ministère de la Justice. Ce laboratoire vient, par ailleurs, de signer avec le britannique AstraZeneca un important accord dans la diabétologie, qui pourrait aller à l'encontre des intérêts de Sanofi-Aventis. De surcroît, il se relève à peine de lourdes difficultés financières et, enfin, il est très bien valorisé en Bourse, porté depuis un an par la spéculation. Le cours vient encore de s'envoler de 6,6 % en deux séances, alors que le titre Sanofi-Aventis abandonnait 2 %. Au cours actuel, la valeur américaine se paie 22 fois les bénéfices attendus pour 2007 et 19 fois pour 2008.

Pour remporter la mise, Sanofi-Aventis serait obligé, estiment certains analystes, de consentir une prime de quelque 25 % sur le cours du 26 janvier (26,21 dollars). Ce qui explique que les marchés américains spéculent aujourd'hui sur un cours de 33 dollars pour BMS. La facture totale s'annonce salée : pour remporter la mise, le repreneur pressenti devrait mettre sur la table la bagatelle de 65 milliards de dollars (50 milliards d'euros environ). Une belle somme, d'autant que le champion tricolore reste encore endetté (7,4 milliards d'euros à fin septembre)! Mais il lui reste toujours la possibilité de payer en titres, même si le moment n'est sans doute pas bien choisi. Souffrant toujours d'une forte décote, Sanofi-Aventis ne se paie, en effet, que 13,2 fois ses bénéfices estimés pour 2007 et 12,1 fois pour 2008. Or un paiement pour partie en actions n'aurait pas un impact aussi fort sur ses résultats qu'en versement effectué uniquement en cash.

Enfin, le modèle de développement, fondé sur la commercialisation de médicaments de masse, a vécu. Pour s'en persuader, il suffit de voir les difficultés que connaît aujourd'hui le leader mondial de la pharmacie, l'américain Pfizer (panne de croissance, manque de médicaments innovants dans le portefeuille, réduction d'effectifs). Sanofi-Aventis a pourtant les capacités de se développer seul, sans céder aux sirènes de la consolidation



Conseil : Sanofi-Aventis : acheter pour jouer un jugement favorable au Plavix
Christine Colmont
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