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Sanofi/Aventis : quand le politique s'en mêle...
La Vie Financière N°3067 / Vendredi 19 Mars 2004 / Catégorie : Editorial

Fallait-il, en son temps, privatiser Rhône-Poulenc, sa recherche, ses vaccins ? La réponse dépend des convictions politiques de chacun, de sa conception de l'efficacité économique. Mais, aujourd'hui, les dés sont jetés : marié à l'allemand Hoechst, Rhône-Poulenc est devenu Aventis, l'une des premières entreprises de la Bourse de Paris. Qui plus est, le laboratoire est détenu à plus de 75 % par des capitaux étrangers, dont 21 % aux mains des Américains et 13,5 % dans celles des pétroliers koweïtiens. Difficile de revenir en arrière ! En conséquence, après l'OPA hostile de Sanofi-Synthélabo, Aventis est libre de choisir son partenaire sans solliciter l'autorisation ni de Matignon, ni de Bercy. C'est cette réalité que Jean-Pierre Raffarin a voulu ignorer en intervenant cette semaine, sans jamais le citer, contre l'arrivée en chevalier blanc de Novartis. Le Premier ministre a défendu le point de vue de Sanofi et s'est montré implicitement opposé à une surenchère du groupe suisse sur Aventis. Un choix « stratégique pour la France » que Jean-Pierre Raffarin a justifié en évoquant « tout ce qui concerne les vaccins, le potentiel scientifique d'Aventis, de Pasteur, de Mérieux, qui peuvent être très importants dans notre lutte contre le terrorisme en général et notre lutte contre le bioterrorisme en particulier ».

Ce plaidoyer en faveur de l'indépendance nationale en matière de recherche scientifique a évidemment sa logique. On n'ose imaginer que la France se retrouve dépendante des vaccins étrangers, surtout en cas d'attaque biochimique ! Mais soyons sérieux : qu'Aventis soit contrôlé par Sanofi ou Novartis, on ne voit pas ce que cela changerait en la matière. Que l'on sache, le groupe suisse n'a pas encore annoncé la délocalisation de l'Institut Pasteur dans un pays ennemi ! Quant à Aventis, ses métiers tout autant que son actionnariat en font depuis longtemps une multinationale, certes. Il réalise près de 50 % de son chiffre d'affaires en dehors de l'Europe, dont un bon tiers aux Etats-Unis, et le patron d'Aventis-Pasteur est d'ailleurs un Américain pur jus. Mais de là à en déduire que le laboratoire est prêt à se jeter dans les bras de n'importe quel groupe étranger sans aucune considération pour l'intérêt de la nation ou de l'Europe, il y a évidemment un gouffre.

De manière générale, l'intervention de Jean-Pierre Raffarin est révélatrice des contradictions du pouvoir actuel. Celui-ci aimerait, comme les libéraux, promouvoir l'économie de marché pour en tirer les bénéfices, mais, comme les socialistes, il se voit toujours en propriétaire des grandes entreprises privées. La France a fait le choix des privatisations il y a vingt ans et elle a ouvert largement ses frontières aux investisseurs de tous pays. C'est ainsi que le tour de table d'Aventis, nous l'avons vu, est majoritairement étranger. Il en va de même d'ailleurs de celui de Sanofi-Synthélabo qui, faut-il le rappeler, appartient à 24 % à Total (contrôlé à plus de 60 % par des actionnaires étrangers) et à 19 % à L'Oréal, propriété du suisse Nestlé et de Mme Bettencourt, résidente helvétique. Et pourtant, personne n'imagine que le groupe Sanofi ait perdu de vue l'intérêt national. Son projet de développement pour Aventis est séduisant. Laissons Novartis, le cas échéant, exposer le sien. Les actionnaires trancheront.


NASSER OUZEGDOUH Directeur de la rédaction
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