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Quelles perspectives après la fusion avec le Crédit lyonnais ?
La Vie Financière N°3080 / Vendredi 18 Juin 2004 / Catégorie : L'entretien

Le Crédit agricole vient d'annoncer de bons résultats trimestriels et termine sa fusion avec le Crédit lyonnais. Selon René Carron, président de la Banque verte, le processus de rapprochement sera achevé à la fin de l'année. S'il n'envisage à aucun moment de fusionner les deux banques de proximité, ne serait-ce que pour des raisons juridiques, il prévoit de dynamiser son activité de banque de détail en France mais aussi à l'étranger. L'exercice 2004 devrait, sauf accident majeur, être de la même tenue que les trois premiers mois de l'année, le réseau et la banque d'investissement ayant enregistré les performances les plus satisfaisantes.
 
René Carron
 

Vous êtes dorénavant à la tête de deux banques de proximité de poids, celle du Crédit agricole et celle du Crédit lyonnais. Deux réseaux qui se font concurrence. Comment envisagez-vous l'avenir de cette structure bicéphale ?

Cette configuration me semble tout à fait pertinente. L'activité de banque de détail du Crédit lyonnais est maintenant clairement définie. Chacune des banques de proximité du groupe est ainsi plus responsable. Mais ce n'est pas pour autant que nous comptons croiser les bras. Nous avons la volonté de faire bouger les deux ban-ques. Des annonces concrètes seront d'ailleurs bientôt faites concernant le Crédit lyonnais.

Quant à l'avenir de l'organisation actuelle, il n'est pas pensable d'envisager une modification sans prendre le risque de mécontenter les actionnaires de Crédit agricole SA (Casa), l'entité cotée en Bourse. Parce que la banque de proximité du crédit agricole est aux mains des différentes Caisses régionales dont Casa ne possède que 25 % du capital, alors que le Crédit lyonnais est détenu à 100 % par Crédit agricole SA. Si nous l'apportions aux Caisses régionales, nous ôterions une bonne partie de sa substance au holding coté au profit d'une entité dont nous ne possédons qu'une partie du capital. Une fusion des deux réseaux n'est donc ni possible ni souhaitable.

Avez-vous de nouvelles ambitions à l'international, à l'heure où le secteur bancaire connaît de nombreuses opérations de consolidation ?

Nous sommes aujourd'hui présents dans de nombreux pays, et cette présence a été renforcée par le rapprochement avec le Crédit lyonnais. Nous sommes par ailleurs numéro deux européen dans les services financiers spécialisés, alors que, il y a quelques années, nous n'avions pratiquement aucun poids dans ce domaine à l'international. Forts de vingt et un millions de clients en France, il est clair que nos possibilités de croissance sont limitées dans l'Hexagone, ce qui conduit naturellement à mettre l'accent sur le développement à l'étranger. Je vous rappelle que nous sommes déjà le premier actionnaire de la banque italienne Banca Intesa, avec environ17 % de son capital. D'une manière générale, nous envisagerons très certainement, le moment venu, une croissance internationale dans la banque de détail. Mais nous ne sommes pas pressés et le temps joue en notre faveur. Aujourd'hui, nous nous attelons surtout à achever l'intégration du Crédit lyonnais. Vaste opération très largement avancée, qui, par exemple, dans le cas de l'asset management et du private banking, va se réaliser en juillet et à l'automne prochain.

Redoutez-vous une hausse des taux d'intérêt ? Un tel mouvement pourrait-il perturber le développement de vos activités ?

D'une manière générale, le Crédit agricole, comme l'ensemble des établissements bancaires internationaux, pratique les couvertures contre les risques d'évolution des taux. Nous n'avons donc pas à redouter, en tant que telle, une remontée des taux d'intérêt. Du côté de l'activité économique, cette situation pourrait, sans doute, affecter la demande des crédits particuliers, et plus spécialement des crédits immobiliers. Mais tout dépend du contexte : si la hausse des taux vient corriger des poussées inflationnistes, elle peut se comprendre. Mais il n'en serait pas de même si elle intervenait de façon brutale dans un contexte d'affaiblissement de l'économie mondiale.

La structure capitalistique de Crédit agricole SA et ses relations avec les Caisses régionales ne sont pas simples. Cerificats coopératifs d'investissement et parts sociales se côtoient : l'actionnaire tant de Casa que des Caisses régionales a sans doute du mal à s'y retrouver. N'envisagez-vous pas de simplifier votre organigramme ?

Je replacerai d'abord le Crédit agricole dans son contexte avant de répondre à votre question. Nos principes de base sont le mutualisme, la proximité et l'utilité pour nos clients. Notre organisation actuelle ne remet absolument pas ces principes en question, au contraire. Je vous ferai même remarquer que la décentralisation, telle que nous l'avons organisée au sein de Crédit agricole SA, apporte davantage de transparence à l'actionnaire que toute autre structure. Détenu majoritairement par les Caisses régionales, Casa n'est certes pas opéable, mais n'est-ce pas la meilleure garantie pour un actionnaire que celle d'investir dans un groupe suffisamment serein pour mener une stratégie à long terme sans avoir le regard rivé sur le cours de Bourse ? Avec le recul, on s'aperçoit d'ailleurs que sur la durée, les entreprises non opéables ont généralement des performances boursières supérieures à celles des autres. Nous n'avons donc aucunement l'intention de réorganiser notre structure capitalistique, qui s'accorde bien avec notre vocation.

Mais votre actionnaire majoritaire ne possède que 53 % de Casa. En cas d'opération de croissance externe, cela ne posera-t-il pas problème ?

Cela ne poserait problème que si notre actionnaire majoritaire, à savoir les Caisses régionales, ne pouvait pas suivre une éventuelle augmentation de capital et voyait de ce fait sa participation diluée. C'est une hypothèse que je n'envisage pas, l'ensemble de ces entités étant très rentable et disposant d'importants fonds propres. En cas d'opération, c'est donc sans difficultés qu'elles pourraient y participer.

Comment voyez-vous l'exercice en cours ?

Le premier trimestre a été bon pour l'ensemble de nos activités,et plus particulièrement pour la banque commerciale et les métiers qui lui sont liés : les services financiers spécialisés et la gestion d'actifs. On a également constaté une progression du résultat de la banque de financement et d'investissement, grâce notamment à une forte baisse de la charge du risque et un fort rebond de la contribution de la banque de détail à l'étranger. Finalement, le bénéfice trimestriel part du groupe avant survaleurs et coûts liés au rapprochement s'est ainsi hissé de 52 % par rapport à 2003, à 710 millions d'euros. Sauf imprévu majeur, je pense que nous sommes bien armés pour poursuivre sur cette lancée et connaître un exercice 2004 satisfaisant. Par ailleurs, regardez nos ratios financiers, vous verrez qu'avec notamment l'un des deux ou trois meilleurs tier one (1) mondiaux nous n'avons pas beaucoup de crainte sur la solidité de nos fondamentaux.

(1) Ratio de solvabilité.


Propos recueillis par PASCALE BESSES-BOUMARD
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