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Pinault-Printemps-Redoute : sanction excessive
La Vie Financière N°2980 / Vendredi 19 Juillet 2002 / Catégorie : Actions

Le distributeur a chuté de manière spectaculaire. Les investisseurs s'inquiètent du coût d'une OPA sur Gucci.
 

Le groupe de François Pinault enregistre une chute que l'on croyait réservée aux valeurs technologiques. Depuis le début de l'année, le titre a perdu 42 %, avec une accélération spectaculaire de la baisse en juillet, sur fond de rumeurs. Les investisseurs s'inquiètent soudainement du coût d'une éventuelle OPA sur Gucci, de l'endettement du groupe et de la faible croissance des résultats cette année. Devant la violence des réactions du marché, Serge Weinberg, président du directoire, réaffirme la solidité financière du distributeur. La publication du chiffre d'affaires semestriel (13,315 milliards d'euros) témoigne, par ailleurs, d'une légère amélioration de la conjoncture : le repli des ventes se limite à 1,6 % au deuxième trimestre, contre 3 % au premier, à périmètre et taux de change comparables.

Qu'a donc fait PPR pour mériter la sanction de la Bourse ? La prise de contrôle de Gucci (détenu à 53 %) explique, en partie, la disgrâce du titre depuis deux ans et demi. En entrant dans le capital de l'italien, en 1999, PPR a pris des allures de conglomérat. Cette complexité déplaît dans le contexte boursier actuel. A cette occasion, le groupe a adopté des méthodes comptables contestables : il a consolidé, par intégration globale, sa filiale qu'il détenait à 42 % seulement. Mais le marché s'inquiète surtout du coût d'une OPA sur Gucci.

Pour l'emporter sur LVMH, qui convoitait aussi le groupe de luxe, PPR a fait la promesse coûteuse de lancer une OPA sur Gucci en mars 2004, à 101,50 dollars, soit autant en euros. Or Gucci cote 89 euros. La faiblesse du cours augmente la probabilité d'une offre publique. Et le rebond du titre semble compromis par la conjoncture.

Les investisseurs font donc les comptes : PPR supportait, fin 2001, 6,4 milliards de dettes, ce qui représentait 75 % de ses capitaux propres. En janvier 2003, il devra rembourser 1 milliard d'obligations convertibles (Oceane), qui ne pourront pas être converties après la chute du cours de PPR. En mars 2004, PPR risque d'avoir besoin de 5 milliards d'euros pour racheter les minoritaires de Gucci.

Les montants en jeu semblent considérables, mais le distributeur a une capacité d'autofinancement qui dépassera 1,5 milliard d'euros en 2002, estime Serge Weinberg. De son côté, Gucci, qui dispose d'une trésorerie supérieure à 1,5 milliard d'euros, a commencé à racheter ses propres actions, ce qui réduira d'autant la facture de PPR. Ajoutons que PPR compte remettre sa filiale en Bourse après l'OPA. Last but not least, pour dégager de nouveaux moyens financiers, le distributeur n'exclut pas de céder des actifs.

Le groupe a déclaré, début juillet, qu'il procéderait « aux arbitrages stratégiques qui seraient jugés nécessaires » pour faire face à ses engagements. Des arbitrages, mais lesquels ? Et à quel prix ? Les observateurs parient sur la vente des filiales de distribution professionnelle, notamment Guilbert, numéro un européen de la distribution de fournitures de bureau. Nous sommes convaincus que PPR négocie déjà la cession de cette filiale que Nicolas Champ, analyste au Crédit lyonnais, valorise à 1 milliard d'euros (voir tableau ci-contre). On cite aussi Rexel, numéro un mondial de la distribution de matériel électrique (2,6 milliards d'euros de capitalisation boursière), la CFAO (estimée à 1,5 milliard d'euros) et Pinault Bois et Matériaux. Selon Nicolas Champ, l'ensemble de la distribution professionnelle vaut un peu plus de 5 milliards d'euros.

En attendant des cessions, PPR peut réduire ses investissements, notamment ralentir les ouvertures de nouveaux magasins, pour augmenter son cash-flow. Cette souplesse rend très improbable une crise de liquidités chez le distributeur. Sauf coup de théâtre, les investisseurs devraient revenir sur le titre, dont le rebond dépend également de l'évolution des résultats du groupe. Nous comptons sur une hausse de 8 % du profit net après survaleurs, soit 812 millions d'euros. Au cours actuel, l'action vaut 12,6 fois les estimations de 2002 : un prix de soldes.


« Un cash-flow supérieur à 1,5 milliard d'euros en 2002 »

Pouvez-vous faire face à vos engagements financiers, notamment le remboursement, en janvier 2003, de 1 milliard d'obligations convertibles ?

Le groupe dispose de tous les financements nécessaires, et ce sur une longue période. Les rumeurs de ces quinze derniers jours sont sans aucun fondement. Qu'on en juge : on annonçait la dégradation de notre dette - même par une agence qui ne nous note pas - et, au contraire, Standard & Poor's a confirmé notre notation, en précisant qu'elle prenait en compte la couverture de la liquidité. Nos sociétés sont toutes fortement bénéficiaires, et notre dette ne représente que 75 % de nos fonds propres. J'ajoute qu'en 2002, année médiocre en matière d'activité, nos ratios financiers devraient tous s'améliorer, grâce notamment à un cash-flow supérieur à 1,5 milliard d'euros.

A part l'option Gucci, y a-t-il d'autres engagements hors bilan chez PPR ? Tous les engagements hors bilan, comme les locations longue durée ou les titrisations de créances clients du pôle professionnel, sont décrits dans le rapport annuel.

Quels actifs céderiez-vous en priorité si vous devez lancer une OPA de 5 milliards de dollars sur Gucci ?

Tout d'abord, nous continuons de penser que le développement de Gucci, et de ses nouvelles marques, rendra l'exercice du put très hypothétique. Toutefois, si le put devait s'exercer, nous aurions plusieurs options, y compris la recotation de Gucci Group, dont je rappelle qu'il détient 1,5 milliard de cash. Parmi ces options, figure la possibilité de réaliser des arbitrages stratégiques que nous ne commenterons qu'après leur réalisation éventuelle.

PPR peut-il retrouver la confiance des investisseurs en gardant toutes ses activités ?

Le groupe était valorisé plus de 200 euros par action il y a un an et demi alors qu'il avait la même configuration. Que s'est-il passé ? Tout d'abord, l'environnement général est différent. La sensibilité à la dette est devenue extrême, en particulier ces derniers mois, alors même que les taux d'intérêt sont restés très bas. Par ailleurs, la progression de nos résultats dans cette période de ralentissement est naturellement moins élevée que durant la période de forte croissance. Mais notre groupe est de grande qualité. Ses résultats en 2002 le montreront, tant en matière de progression de cash-flow que de résultat d'exploitation. Ils démontreront aussi clairement que nous n'avons pas besoin de réaliser d'importantes acquisitions pour assurer la progression de ses résultats.

Percevez-vous des signes d'amélioration de la conjoncture ?

Nous avions été parmi les premiers en mai 2001 à souligner l'ampleur du ralentissement américain et ses conséquences pour l'Europe, ce qui nous a permis de prendre des mesures de réduction des coûts utiles pour 2002. Le chiffre d'affaires du deuxième trimestre montre ainsi une légère amélioration de la tendance dans toutes nos activités des deux côtés de l'Atlantique, mais il est trop tôt pour parler de franche reprise.

CHIFFRES CLÉS DE PPR

capitaux propres : 8 560 MEuro(s)

Endettement financier net : 6 419 MEuro(s)

Endettement sur capitaux propres : 75 %

résultat d'exploitation/ charges financières 4,7 fois Au 31.12.01

Valorisation des actifs de PPR

Distribution grand public 6 978 MEuro(s)

Services financiers 3 390 MEuro(s)

distribution professionnelle 5 237 MEuro(s)

dont : Rexel (détenu à 37 %) 1 865 MEuro(s)

Pinault bois et matériaux 807 MEuro(s)

Guilbert 1 024 MEuro(s)

CFAO 1 541 MEuro(s)

luxe (Gucci, détenu à 53,2 %) 4 646 MEuro(s)

immobilisation financière 682 MEuro(s)

valorisation brute totale 20 933 MEuro(s)

dette financière de la société mère 4 418 MEuro(s)

actif net réévalué 16 515 MEuro(s)

actif net réévalué par action 139 Euro(s)


Conseil : ACHETER PPR pour le long terme
CATHERINE BOZON
Copyright © La Vie Financière. Tous droits réservés.
 

EDF ENERGIES NOUV. EDF ENERGIES NOUV. : 41.50€  (+34.32%) 40.5€
+34.32%
NEOPOST NEOPOST : 73.30€  (+1.39%) 74.96€
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HARMONY GOLD HARMONY GOLD : 5.32€  (+1.31%) 5.4€
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DANONE DANONE : 45.71€  (+1.13%) 46.66€
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TF1 TF1 : 11.80€  (+1.02%) 11.91€
+1.02%
RALLYE 27.92€
-6.02%
EUROFINS SCIENT. 60.34€
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ARCELORMITTAL 43.55€
-5.74%
HAULOTTE GROUP 9.09€
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