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Paul Hermelin : « Capgemini reste aux Etats-Unis »
La Vie Financière N°3117 / Vendredi 04 Mars 2005 / Catégorie : Actualité

Le directeur général de Capgemini table sur une modeste amélioration des marges en 2005. Et envoie Pierre Danon, nouveau directeur général adjoint, éteindre l'incendie américain.
 

Vous avez renoué avec la croissance au second semestre 2004, en partie grâce à trois grands contrats d'infogérance. Grands, mais... rentables ?

Effectivement, comme je m'y étais engagé, nous avons inversé la tendance en 2004 avec une augmentation de près de 10 % de notre chiffre d'affaires et une marge opérationnelle de 2,35 % au second semestre, légèrement supérieure à ce que nous avions annoncé. Les trois grands contrats d'infogérance ont en effet représenté 533 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit 8 % de l'activité totale en 2004.

Il convient cependant de bien les différencier : le contrat avec l'administration fiscale britannique (Inland Revenue) est le renouvellement de ce qui existait avec un autre prestataire : il n'y a donc pas de coût de démarrage et la rentabilité est normale dès le départ. Le contrat avec l'électricien texan TXU est plus complexe, du fait des investissements nécessaires pour réaliser les économies importantes prévues, et a généré des pertes en 2004. La rentabilité viendra de notre capacité à amener d'autres clients sur la plate-forme technologique mise en place pour TXU. Paul Spence (qui dirige les activités d'infogérance de Capgemini au niveau mondial) a déclaré qu'il avait quatre prospects sérieux et s'attend à une signature de contrat, probablement au cours du premier semestre 2005. Enfin, le contrat Schneider comporte deux volets : la construction d'un système d'information mondial, fondé sur des solutions SAP, un des points forts du groupe, et l'infogérance de l'informatique européenne, à travers le transfert de 800 personnes, dont 300 en France, ce que nous savons faire.

Atos Origin semble plus actif que vous sur les contrats d'infogérance de taille moyenne. Capgemini est-il aussi présent sur ce segment ?

Oui, nos trois grands contrats nous ont apporté une crédibilité sur le marché de l'infogérance, ce qui nous permet aujourd'hui de signer des affaires de taille moyenne : ABB en Suède, Drägerwerk en Allemagne, Bruce Power au Canada, pour ne citer que ceux-ci. Pour le futur proche, nous sommes en concurrence avec EDS pour un marché de l'ordre de 800 millions d'euros avec la Metropolitan Police, au Royaume-Uni. Au total, l'infogérance devrait représenter près de 40 % du chiffre d'affaires de Capgemini en 2005.

Le point noir reste les Etats-Unis...

Il faut distinguer entre les activités. L'entité Sogeti-Transiciel représente 10 % du chiffre d'affaires aux Etats-Unis et se porte bien, avec une marge d'exploitation de 11 % avant coûts centraux. Quant aux activités d'infogérance, elles se développent rapidement et représenteront bientôt un chiffre d'affaires équivalent à celui du pôle conseil-technologie où se concentrent les difficultés : le redressement est amorcé, mais reste trop lent.

Quand comptez-vous revenir à la rentabilité dans cette zone ?

Nous estimons pouvoir retrouver l'équilibre au second semestre 2005. Afin d'accélérer ce retour à la rentabilité, nous lançons le plan « booster ». Il s'agit de changer notre modèle économique, de manière à abaisser nos coûts : nous devons repenser notre implantation géographique aux Etats-Unis afin d'éviter les déplacements trop fréquents de nos collaborateurs et réduire le nombre de nos sites de quarante-quatre à une vingtaine, avec pour objectif d'atteindre 80 % d'effectif fixe et 20 % d'experts appelés à se déplacer. Par ailleurs, nous devons nous spécialiser dans quelques secteurs d'excellence.

Pierre Danon (transfuge de British Telecom) sera-t-il prioritairement chargé des Etats-Unis ? Que répondez-vous à ceux qui voient en sa nomination l'annonce de votre départ ?

Mon poste n'est pas à prendre ! J'ai moi-même recruté Pierre Danon, qui est en charge de toutes les opérations du groupe. Mais son énergie se concentrera effectivement sur les Etats-Unis dans un premier temps, car traiter le problème américain est une priorité. D'ailleurs, il a pris son poste mardi 1er mars et part outre-Atlantique dès vendredi 4. Les dix-huit ans qu'il a passés chez Xerox lui donnent une légitimité indéniable là-bas. Et chez British Telecom, il a appris le métier du service.

Pas question, donc, de céder vos activités aux Etats-Unis ?

Nous entendons démontrer en 2005 que nous pouvons redresser la zone. Si jamais nous n'y parvenions pas, évidemment, il faudrait envisager une autre solution.

Pour 2005, vous envisagez une marge d'exploitation de 3 % environ. C'est peu. Quelles sont vos ambitions à moyen terme, sachant que les marges « normales » du secteur se situent entre 8 et 10 % ?

Effectivement, 3 %, cela peut vous paraître prudent, mais nous tenons à respecter les prévisions communiquées. N'oublions pas que les Etats-Unis pèseront encore sur la rentabilité. A moyen terme, nous rejoindrons la marge normale du secteur qui, désormais, serait plutôt entre 7 et 8 %. D'ailleurs, IBM Global Services, le leader mondial, réalise une marge de 7 %. D'abord, la concurrence indienne se fait sentir sur les grands projets d'intégration et tire les prix vers le bas, surtout dans le monde anglo-saxon. Ensuite, notre métier est devenu plus cyclique, du fait que les clients, en particulier, ont exercé une pression jamais vue sur les prix en creux de cycle. Enfin, dans l'infogérance, notre objectif de marge ne dépasse pas 6 %, mais notre développement dans ce secteur accroît nettement la visibilité de nos opérations.


DÉCRYPTAGE

2004 : troisième exercice consécutif dans le rouge pour la SSII ! La perte nette atteint 359 millions d'euros, du fait, notamment, de coûts de restructuration de 220 millions. Quant au résultat d'exploitation, il ne représente que 0,9 % du chiffre d'affaires, malgré le rattrapage du second semestre. La santé financière du groupe reste toutefois bonne, avec une trésorerie nette de 402 millions d'euros. En difficulté aux Etats-Unis, le groupe table sur une marge d'exploitation encore très modeste en 2005 (environ 3 %). En revanche, la croissance de l'activité devrait atteindre 10 %. Ces perspectives semblent rassurer le marché. L'action a retrouvé son niveau de l'été dernier. E. S.


Conseil : Le titre semble bien valorisé alors que la rentabilité demeure insuffisante. Rester à l'écart
Propos recueillis par EMMANUEL SCHAFROTH
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