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OPE sur Transiciel : mais où va Cap Gemini ?
La Vie Financière N°3046 / Vendredi 24 Octobre 2003 / Catégorie : Actualité

L'acquisition de Transiciel a de fortes chances de succès. Mais elle jette le trouble sur la stratégie de Cap Gemini.
 

Georges Cohen a de quoi être satisfait. Depuis plusieurs mois, il ne faisait guère de doute que le PDG de Transiciel souhaitait vendre son entreprise, et l'on savait même à qui : son ancien employeur, Cap Gemini. Une sorte de retour aux sources (certains parleront de revanche) pour cet homme parti du groupe dirigé par Serge Kampf pour fonder sa propre société en 1990. D'ores et déjà approuvée par les conseils d'administration des deux sociétés, l'opération prend la forme d'une offre publique d'échange, à raison de 1 action nouvelle Cap Gemini pour 3 actions Transiciel apportées. Une offre alternative est proposée aux porteurs, même si elle est avant tout destinée à Georges Cohen, premier actionnaire de Transiciel avec 37,4 % du capital, qui s'est engagé irrévocablement à apporter ses propres titres selon ces modalités. Elle comprend une offre immédiate moins rémunératrice (1 action Cap Gemini pour 3,2 actions Transiciel apportées) mais prévoit un complément de prix pouvant aller jusqu'à 20 %, sous la forme de droits de souscription d'actions Cap Gemini qui seront exerçables en fonction de la réalisation d'objectifs de résultat assignés au futur ensemble Sogeti-Transiciel.

Ici commence une série de questions sur la pertinence stratégique d'une telle acquisition. Sogeti est la filiale de Cap Gemini spécialisée dans l'informatique de proximité, autrement dit l'assistance technique. En bonne logique, c'est donc de cette entité que Transiciel sera rapprochée en cas de succès de l'offre. Rapprochement mais pas fusion. Avec un chiffre d'affaires cumulé dépassant 1,1 milliard d'euros, le nouvel ensemble Sogeti-Transiciel sera un acteur de poids, mais conservera, du moins dans un premier temps, deux entités, deux marques et deux chefs, Georges Cohen et Luc-François Salvador, actuel dirigeant de Sogeti. On a connu des rapprochements plus limpides !

Autre point sujet à caution : le prix payé par Cap Gemini. Certes, cette acquisition entièrement réalisée en titres n'entame pas la trésorerie disponible du groupe. « Nous considérons l'opération comme globalement neutre pour la solvabilité de Cap Gemini », précise d'ailleurs Patrice Cochelin, analyste chez Standard & Poor's, qui maintient la note de crédit de Cap Gemini à BBB+. Dans le cas d'une prise de contrôle à 100 %, de 5,9 à 7,1 millions d'actions nouvelles seraient créées. Au dernier cours de Cap Gemini avant l'annonce, cela représente entre 228 et 274 millions d'euros, soit 0,5 fois les ventes de Transiciel attendues cette année. C'est le prix offert par Atos Origin pour acquérir Sema (voir encadré), à ceci près qu'Atos rachète à Schlumberger une société apurée de toute dette, quand Cap Gemini devra consolider l'endettement net de Transiciel (205 millions d'euros). En retraitant les chiffres de cette donnée, l'offre de Cap Gemini valorise donc sa cible à 0,9 fois les ventes. « Pas excessif, mais pas non plus bon marché », résume Lionel Pellicer, analyste chez Fideuram Wargny. Et cette dette dégradera d'autant la trésorerie nette (trésorerie disponible moins dettes financières) de Cap Gemini (419 millions d'euros au 30 juin dernier).

Mais ce qui fait grincer le plus de dents, c'est la pertinence même de l'opération, notamment parmi les analystes anglo-saxons. « D'un point de vue stratégique, cette acquisition n'améliore pas le portefeuille d'activités de Cap Gemini », note Gary Rollo, analyste chez Morgan Stanley, pourtant à l'achat avec un objectif de 44 euros. « Pour être un acteur global, Cap Gemini doit augmenter sa part de marché aux Etats-Unis et en Allemagne (...) : cette transaction ne répond pas à ces enjeux », renchérit Lucy McFetrich, de Merrill Lynch, qui émet un avis négatif sur le titre. En effet, l'adjonction de Transiciel à Sogeti renforce surtout la partie française de l'activité (voir infographie). Et ce dans des activités très sensibles aux cycles économiques : le marché aurait préféré une acquisition dans l'infogérance, activité qui a fait preuve d'une résistance certaine dans la crise du secteur depuis deux ans. Toutefois, le management de Cap Gemini indique que l'impact de l'opération serait positif sur le bénéfice par action dès 2004. Le problème, c'est que Cap Gemini a profité de cette annonce pour émettre un avertissement sur ses résultats, le second de l'année. Le groupe anticipe désormais une marge d'exploitation de 4 % au second semestre et un léger repli de l'activité par rapport au premier, rendant déjà caduques les prévisions faites début septembre (5 % de marge au second semestre et stabilité de l'activité). Corinne Jeannet, analyste chez Aurel Leven, estime l'effet cumulé des deux annonces à - 12 % sur le bénéfice par action en 2004. Attention : une nouvelle peut en cacher une autre !


Les grandes manoeuvres du secteur

Les multiples rumeurs de fusion dans les services informatiques depuis plusieurs mois commencent à se concrétiser. L'annonce de l'opération sur Transiciel intervient un mois après celle du rapprochement entre Atos Origin et Sema. Deux opérations d'envergure qui diffèrent sur plusieurs points. D'abord, Atos Origin est un prédateur plus petit que Cap Gemini et sa cible est plus grosse (l'offre d'Atos valorise Sema à 1,29 milliard d'euros, contre environ 450 millions d'euros pour l'opération Cap Gemini-Transiciel). Cet effet de taille augmente le risque d'échec, mais l'intérêt stratégique de l'opération semble plus évident : Atos va rééquilibrer son exposition sectorielle, notamment en renforçant sa position dans le secteur public. Avec Transiciel, Cap Gemini voit son exposition à son marché local augmenter, ce qui ne semble pas utile. Autre opération en cours, la fusion programmée entre Assystem et Brime est certes de plus petite taille, mais témoigne de l'attrait du métier de recherche-développement externalisée. Avec le rachat de Transiciel, Cap Gemini met à son tour un pied dans ce secteur, dont les leaders s'appellent Altran et Alten. Avec quelles ambitions ?E. S.


Conseil : Le manque de crédibilité des prévisions de Cap Gemini et les doutes sur l'opération Transiciel n'empêcheront pas le leader français des services informatiques de profiter d'une reprise, encore hypothétique, des investissements informatiques en 2004. Conserver le titre, qui ne semble pas excessivement valorisé. Par ailleurs, depuis fin août, nous avons jugé préférable de rester à l'écart de Transiciel : les actionnaires nous semblent avoir intérêt à vendre leurs titres, dont le cours s'est aligné sur le prix d'offre. En cas d'échec de l'offre de Cap Gemini, la société serait en position délicate.
EMMANUEL SCHAFROTH
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