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La consolidation dans l'industrie du câble est-elle inéluctable ?
La Vie Financière N°3124 / Vendredi 22 Avril 2005 / Catégorie : L'entretien

A l'heure où l'économie mondiale montre quelques signes de faiblesse, Gérard Hauser, PDG de Nexans, maintient ses objectifs annuels. Il explique comment le numéro un mondial du câble atténue sa dépendance à la conjoncture en se positionnant sur des activités à plus forte valeur ajoutée. Le patron de l'ex-division câble d'Alcatel entend participer activement à la consolidation du secteur, qu'il juge inéluctable et qui aura un impact positif sur la rentabilité du groupe. En ligne de mire : certaines activités de la branche câble de l'italien Pirelli, représentant jusqu'à 500 à 600 millions d'euros de chiffre d'affaires additionnel.
 
Gérard Hauser
 

Vous venez de publier un chiffre d'affaires au premier trimestre (+ 3,5 %, à 958 millions d'euros) conforme aux attentes. Quelles sont les grandes tendances qui se dégagent pour le reste de l'année ?

Il est aujourd'hui difficile de se prononcer pour l'ensemble de l'exercice. La majorité des activités de Nexans dispose en effet d'un carnet de commandes très court. Avec une hausse voisine de 3,5 % de notre chiffre d'affaires pour les trois premiers mois de l'exercice, nous sommes tout à fait en ligne avec nos prévisions. Point important, nos deux principales branches sont bien orientées. L'énergie enregistre une hausse de 4,5 %, à périmètre constant, de ses facturations et l'activité télécoms poursuit son amélioration. Dans cette dernière, la demande reste soutenue, ce qui devrait permettre à sa marge opérationnelle de dépasser les 3 % dégagés l'an dernier. Et, à l'horizon 2006-2007, une marge de 6 à 8 % paraît tout à fait réalisable. En revanche, les fils conducteurs réalisent une mauvaise performance (- 5,7 % des ventes), en raison notamment de la faiblesse de la demande en France, en Italie et en Allemagne. Dans cette activité, nous naviguons à vue et nous continuons à nous adapter en réduisant nos coûts. Ainsi, le projet de cession des fils émaillés en Europe et en Chine (250 millions d'euros de chiffre d'affaires) est en bonne voie.

A l'heure où l'économie américaine ralentit et où l'Europe est à la traîne, maintenez-vous vos objectifs annuels ?

Nous n'avons aucune raison aujourd'hui de changer notre message. Nous sommes confiants dans notre capacité à tenir nos prévisions, à savoir une marge opérationnelle comprise entre 3,3 et 3,8 % en 2005.

Cet objectif ne semble guère ambitieux à bon nombre d'analystes...

Je préfère être prudent que jouer les matamores et me tromper par la suite. Le groupe est en effet tributaire de la conjoncture. Si celle-ci se stabilise, nous devrions atteindre le haut de la fourchette annoncée.

A terme, quel niveau de rentabilité Nexans sera-t-il capable de générer ?

Nous maintenons également notre objectif d'une rentabilité d'exploitation de 5 % en 2007, qui devrait ensuite se maintenir autour de ce niveau à conjoncture mondiale équivalente à celle de 2004. D'ici là, nous aurons achevé les grands plans d'investissement entrepris, qui visent à améliorer la productivité et à réduire les coûts, tout en augmentant nos capacités de production dans des viviers de croissance (Brésil, Chine...). Surtout, Nexans profitera de la réorientation de son portefeuille d'activités vers des produits à plus forte valeur ajoutée (câbles haute tension, câbles pour l'industrie pétrolière...). Ceux-ci sont en effet moins dépendants de l'état de santé de l'économie et dégagent des rentabilités supérieures (marge brute de 40 %, contre 20 % pour des produits plus banalisés). Aujourd'hui, de 40 à 45 % de nos ventes sont réalisées dans ce type de produits, contre 35 % il y a deux ans. Et nous devrions encore accroître leur poids de 5 à 7 % d'ici trois ans.

Depuis plusieurs années, le marché attend en vain la consolidation du secteur, source d'amélioration des marges. Faut-il encore l'espérer ?

Cette consolidation interviendra forcément. Beaucoup d'acteurs n'ont pas aujourd'hui la taille critique. L'impact sera évidemment positif sur nos marges. Ce mouvement permettra en effet d'assainir les marchés et de réduire les surcapacités qui subsistent encore dans certaines régions. Il reste, par exemple, beaucoup de surcapacités en Europe, où les fermetures d'usines chez nos concurrents n'ont pas été suffisamment réalisées, car elles ont un coût financier et social que certains groupes se refusent à assumer. Mais cela viendra, ce qui permettra alors d'atténuer les pressions tarifaires qui sévissent aujourd'hui dans l'industrie.

Vous avez officiellement marqué votre intérêt pour certaines activités de la division câble de Pirelli. Où en êtes-vous aujourd'hui et quel serait l'intérêt pour Nexans ?

Nous avons en effet indiqué que nous serions prêts le moment venu à racheter une partie des actifs de Pirelli qui sont en cours de cession à des fonds d'investissement. Certaines des activités qui nous intéressent sont les actifs en Amérique du Nord et du Sud ou des produits à forte valeur ajoutée, comme les câbles pour l'automobile. Une telle opération s'inscrirait dans notre stratégie qui vise à réorienter notre portefeuille de produits et à atténuer notre dépendance vis-à-vis de l'Europe, où nous réalisons 70 % de notre chiffre d'affaires. La taille des activités que nous pourrions reprendre dépendra, bien sûr, du bon vouloir des fonds d'investissement, mais nous serions prêts à regarder des activités représentant jusqu'à 500 à 600 millions d'euros de chiffre d'affaires additionnel.

Quelle somme pourriez-vous mettre aujourd'hui surla table pour réaliser vos opérations de croissance externe, sans pour autant dégrader votre bilan ?

Notre bilan est très sain. Il nous permet de débloquer immédiatement entre 200 et 300 millions d'euros. En outre, si le besoin s'en faisait sentir, nous pourrions céder notre activité de distribution, très profitable l'an dernier, et en tirer un prix intéressant [NDLR : sur la base des valorisations retenues pour la cession de Rexel, Nexans pourrait vendre cette branche environ 200 millions d'euros].

La division T&D d'Alstom vous est passée sous le nez, tout comme la branche de fibre optique d'Alcatel. Pirelli constitue-t-il une des dernières opportunités de croissance externe pour Nexans ?

Pas du tout, il existe encore beaucoup d'entreprises intéressantes qui réalisent un chiffre d'affaires compris entre 300 millions et 1 milliard d'euros. Mais laissez-moi revenir sur T&D. C'est parce que le dossier circulait que nous nous y sommes intéressés. Il représentait une vraie logique commerciale, même si les synergies industrielles étaient quasi inexistantes. Reste qu'Areva a eu l'avantage de pouvoir payer rapidement l'intégralité de la somme en cash, ce qui n'était pas notre cas. Quant à l'activité fibre optique d'Alcatel, au vu des mauvais résultats de la société commune formée avec Draka, nous sommes plutôt satisfaits de ne pas avoir surenchéri pour remporter ce dossier à tout prix.


Propos recueillis par FRÉDÉRIC CAZENAVE et CHRISTOPHE DESCAMPS
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