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L'objet de toutes les attentions
La Vie Financière N°3181 / Vendredi 26 Mai 2006 / Catégorie : Bourse

La Bourse paneuropéenne privilégie pour le moment un rapprochement avec son homologue de New York.
 
Euronext
 

La précipitation est mauvaise conseillère. C'est le credo de la direction d'Euronext, à l'heure où certains actionnaires appelaient l'assemblée générale à se prononcer sur le principe qu'une fusion avec sa concurrente allemande Deutsche Börse était la meilleure option.

A l'issue du vote, Jean-François Théodore, président du directoire, a réussi à garder les mains libres. La Bourse paneuropéenne, réunissant les places d'Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne et Paris, y est parvenue grâce à sa capacité à susciter un projet alternatif plus intéressant. Comme la direction s'y était déjà engagée, l'assemblée a donné l'occasion de comparer deux offres concurrentes. D'un côté, le Nyse (New York Stock Exchange) propose, pour chaque action Euronext, 0,98 action nouvelle et un complément de 21,32 euros en numéraire. Cette offre valorise la société à 8 milliards d'euros (dont 2,3 milliards en cash), soit près de 71 euros par action. Le conseil d'administration de la nouvelle entité comporterait vingt membres, onze Américains et neuf Européens, et serait présidé par Jan Michiel Hessels, président du conseil de surveillance d'Euronext. Le directeur général serait celui du Nyse, John Thain, secondé par Jean-François Théodore, plus particulièrement en charge des activités européennes. Le Nyse estime à 293 millions d'euros les synergies de coûts et de revenus. De l'autre côté, la Bourse allemande valorise Euronext à 8,6 milliards d'euros (soit près de 76,60 euros par action), dont 2 milliards seraient versés en cash, et estime à 240 millions d'euros les synergies nettes.

A première vue, l'offre de la Deutsche Börse serait plus intéressante pour les actionnaires. Elle est cependant jugée « trompeuse » par Euronext. La Bourse allemande a fait son calcul sur les cours de clôture de lundi (101,30 et 67,55 euros) tout en précisant que la base retenue serait finalement la moyenne pondérée des trois derniers mois. Or celle-ci fait ressortir, pour le moment, une parité moins avantageuse pour Euronext. Finalement, les actionnaires pourraient toucher moins que ce que propose le Nyse. En outre, les synergies avec Deutsche Börse ne seraient, selon Euronext, que de 124 à 154 millions d'euros. Autre grief, une telle éventualité poussera sans aucun doute les gendarmes de la concurrence à exiger des concessions, compte tenu du poids que représenterait un tel mariage dans les dérivés, avec près de 90 % du marché européen. Enfin, Euronext tient à sauvegarder son modèle ouvert et estime que Deutsche Börse sera tôt ou tard poussée par les régulateurs à réduire son emprise sur les activités postmarchés (compensation, règlement-livraison).

En revanche, un mariage avec le Nyse présenterait plusieurs avantages pour Euronext, qui lui a clairement donné sa préférence. Il donnerait naissance à un marché de 21 000 milliards d'euros de capitalisation totale, soit le triple de son poursuivant direct. Dans cet ensemble, les Européens auraient une carte à jouer. Fortes du label Nyse, les sociétés du Vieux Continent pourraient susciter la faveur des investisseurs outre-Atlantique. Par ailleurs, ce projet sera bâti sur le modèle fédéraliste d'Euronext, conservant à chaque place ses spécificités. Dans ce contexte, les Bourses du Vieux Continent pourraient attirer les sociétés russes, indiennes ou chinoises, qui préfèrent pour le moment être cotées à Londres plutôt qu'à New York, compte tenu des contraintes excessives auxquelles sont soumis les émetteurs aux Etats-Unis.

Pour autant, il ne faut pas voir dans l'assemblée générale de cette semaine une victoire définitive du Nyse. En refusant de lier le sort d'Euronext à celui de Deutsche Börse, ses actionnaires ont exprimé leur confiance dans la capacité de la direction à trouver le meilleur projet. Depuis que la Bourse de Londres semble être tombée dans l'escarcelle du Nasdaq, Euronext est maintenant au coeur de la concentration du secteur, devenant par là l'objet de toutes les attentions. Et il doit jouer cette carte



Conseil : Deutsche Börse va sans doute revoir sa copie et Euronext peut encore explorer d'autres voies. Conserver
Thierry Zakhia
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