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| Du « bon » usage de la privatisation |
| La Vie Financière N°3102 / Vendredi 19 Novembre 2004 / Catégorie : Editorial |
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Les ventes partielles d'entreprises publiques vont s'accélérer en 2005. Après les cessions de participations réalisées depuis deux ans (Renault, Crédit lyonnais, Snecma, reliquat France Télécom, etc.), l'Etat a annoncé, cette semaine, son intention ferme de vendre de 35 à 40 % du capital d'Areva au premier semestre, tout en se préparant à mettre EDF en Bourse dès que possible. Ces deux opérations marqueront un tournant décisif tant les actifs en question sont sensibles. Dans un cas, il s'agit de privatiser partiellement l'énergie nucléaire ; dans l'autre, c'est à une forteresse sociale que le gouvernement devra s'attaquer. Enfin, il lui faudra pleinement réussir le placement des titres auprès du grand public, français, de préférence, pour ne pas donner le sentiment de brader nos fleurons industriels aux Anglo-Saxons. Or le succès des deux opérations est d'autant moins assuré que les actionnaires gardent le souvenir d'avoir été floués lors de certaines souscriptions de titres, en particulier celle de France Télécom. L'audace du gouvernement aurait donc de quoi surprendre s'il n'y avait, évidemment, cette nécessité de renflouer les caisses de l'Etat. Ou, du moins, de montrer à la Commission européenne que tout est mis en oeuvre pour redresser les finances publiques. La France n'a pas respecté, en 2003, les critères d'endettement et de déficits fixés dans le pacte de stabilité (traité de Maastricht) ; elle n'a aucune chance d'y parvenir en 2004 malgré la reprise économique et, pour 2005, voire au-delà, la partie est mal engagée. Le gouvernement, derrière une façade de sérénité, sait que la dure réalité des déficits est en train de le rattraper. Pour continuer de bercer les Français de promesses, qu'il n'a aucune chance de tenir - comme par exemple celle d'une croissance de 2,5 % l'an prochain ou d'une réduction du chômage de 10 % -, il lui faut gagner du temps. Conscient d'avoir conduit une politique budgétaire laxiste ces dernières années, le gouvernement Raffarin ne voit plus comment se tirer d'affaire. Il n'y a pas lieu, bien sûr, de l'accabler particulièrement, mais le fait que les socialistes aient fait pire n'est pas une consolation. Dans un cas comme dans l'autre, l'Etat a distribué plus de richesses que la France n'en a produit et seule l'augmentation de l'endettement a permis d'équilibrer l'équation. Mais cette logique a trouvé ses limites. A 64 % du PIB aujourd'hui - contre 20 % en 1980, on ne montrera jamais assez l'écart en seulement vingt-cinq ans -, le stock de dettes dépasse le plafond de 60 % autorisé dans l'Union européenne. En outre, avec un déficit supérieur à 4 % du PIB en 2003 et 2004, contre 3 % tolérés, la France s'expose à un nouveau conflit avec Bruxelles. Les capitaux issus des privatisations seront donc les bienvenus pour éponger une partie des 45 milliards d'euros de déficits publics prévus pour 2005. Mais ceux-ci pèseront encore plus lourd dans la balance au moment des négociations cruciales, qui débuteront en janvier, sur une réforme du pacte de stabilité. Car c'est bien vers une tentative de réforme importante que l'on se dirige. Pour en finir avec la fameuse règle des 3 % que nous ne pouvons plus respecter ! La France mènera ces négociations avec l'appui de l'Allemagne, dont la situation financière, heureusement pour nous, n'est guère plus brillante. La « vieille Europe » peut toujours ironiser sur les déficits de l'Amérique... |
NASSER OUZEGDOUH Directeur de la rédaction |
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