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Cure de jouvence pour le billet vert
La Vie Financière N°3129 / Vendredi 27 Mai 2005 / Catégorie : Tendance

La glissade de la monnaie américaine s'est interrompue depuis le début de l'année... contre toute attente.
 

La prévision est un art difficile et ingrat : ceux qui annonçaient une grave crise du dollar en 2005 s'en souviendront longtemps. Contre toute attente, le billet vert s'est nettement apprécié depuis le début de l'année. Il a ainsi gagné près de 10 % face à l'euro depuis la fin 2004. Mais il a aussi regagné du poids face au yen, au dollar canadien et au dollar australien. Au total, le taux de change effectif du billet vert - qui mesure son évolution par rapport aux principales devises de la planète - s'est apprécié de près de 6,5 % depuis le début de l'année.

Un revirement de tendance d'autant plus brutal que les facteurs à l'origine de sa glissade au cours des deux dernières années n'ont pas disparu. Bien au contraire. En particulier, l'énorme gouffre de la balance des paiements américaine, qui donnait des sueurs froides aux opérateurs de marché, a continué de se creuser.

Ainsi, au cours des trois premiers mois de l'année, le déficit de la balance commerciale s'est hissé à 174 milliards de dollars, contre 139 milliards l'an passé pour la même période. « Il y a quelques mois, un tel résultat se serait traduit par un nouvel affaiblissement du billet vert. Aujourd'hui, plus personne ne se soucie du déficit courant », remarque Vincent Lahuec, économiste en charge des Etats-Unis au Crédit agricole. De fait, les investisseurs internationaux qui se faisaient tirer l'oreille l'an passé pour placer leurs billes sur le marché américain le font beaucoup plus volontiers aujourd'hui. « On a assisté à un vrai retournement de tendance à partir de décembre 2004 dès lors que les entrées de capitaux ont été nettement plus fortes que le trou de la balance courante, d'où l'éloignement des craintes », explique Vincent Lahuec. Cet afflux de capitaux est sans doute une conséquence directe de la mise en place début 2005 de la fameuse loi sur les rapatriements par les entreprises américaines des profits réalisés par leurs succursales à l'étranger. Le Homeland Investment Act réduit ainsi le taux d'imposition des dividendes versés par les filiales étrangères à leur maison mère de 35 à 5,25 %. Or cette mesure porte sur des sommes qui sont loin d'être négligeables. Hewlett-Packard a récemment annoncé que ce trésor de guerre représentait 14 milliards de dollars. Le laboratoire pharmaceutique Merck et le numéro deux mondial du logiciel Oracle disposeraient quant à eux de respectivement 15 et 10,4 milliards de dollars placés à l'étranger et susceptibles d'être rapatriés du jour au lendemain sur le sol américain. Au total, les entrées de capitaux au titre du Homeland Investment Act représenteraient entre 500 et 600 milliards de dollars, c'est-à-dire autant que le déficit de la balance courante prévu pour l'ensemble de l'année 2005 ! « Un facteur indéniable de soutien au billet vert, mais à court terme seulement, car cette mesure prendra fin théoriquement en décembre », avertissent les experts de JP Morgan.

Faut-il donc s'attendre à un nouveau renversement de tendance début 2006 ? « Pas si sûr, car la banque centrale américaine, en continuant à relever ses taux d'intérêt, joue aujourd'hui en faveur d'une appréciation du billet vert », explique Joachim Fels, économiste de Morgan Stanley à Londres. C'est la fameuse théorie de l'écart de taux d'intérêt qui expliquerait en particulier la remontée récente du dollar face à l'euro. Pour calmer la machine économique, la Réserve fédérale a fait passer le loyer de l'argent à court terme de 1 à 3 % en l'espace d'une petite année. A l'opposé, la Banque centrale européenne, confrontée à une économie anémique, a dû bloquer le sien à 2 %. Conséquence : un écart de rémunération de 1 point qui se répercute sur les échéances longues comme les obligations d'Etat. Les investisseurs préfèrent donc les actifs libellés en dollars, mieux rémunérés, à leurs concurrents européens. D'où une appréciation du billet vert face à l'euro. Or cet écart pourrait approcher 2 points en fin d'année, si l'on en croit la plupart des experts. « Le taux de change euro/dollar pourrait ainsi frôler l'an prochain le seuil de 1,20 », pronostique l'économiste de Morgan Stanley. Enfin une bonne nouvelle pour nos exportateurs européens !


BÉATRICE MATHIEU
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