Archives
| Croissance grise dan s la zone euro |
| La Vie Financière N°3137 / Vendredi 22 Juillet 2005 / Catégorie : Tendance |
La hausse du PIB est annoncée à 1,2 % pour 2005. Il faudrait cependant deux fois plus. |
|
Le constat est plutôt décevant pour l'économie de la zone euro en ce milieu d'année. Alors que les dernières statistiques américaines continuent de refléter une économie qui tourne toujours bien - grâce, il est vrai, à un recours au crédit et à des déficits qui tendent à devenir dangereux -, l'activité dans la zone euro, en revanche, se montre toujours aussi atone. Et les prévisions pour le second semestre, qui fleurissent actuellement, ne sont guère encourageantes, même si elles tablent sur une modeste reprise de l'activité. Ainsi, le traditionnel rapport conjoint sur la zone, publié la semaine dernière par l'Insee et les instituts de recherche économique allemand IFO et italien Isae, explique que, après l'amélioration temporaire du premier trimestre - période durant laquelle le produit intérieur brut a progressé de 0,5 % -, le PIB de la zone ne devrait avoir augmenté que d'un modeste 0,2 % d'avril à juin. Surtout, la croissance n'atteindrait que 0,3 % au troisième trimestre et 0,4 % au quatrième. Une remontée bien timide qui, au total, amènerait en moyenne sur l'année la croissance du produit intérieur brut à 1,2 % (voir graphique). Un chiffre bien insatisfaisant, même si, en tendance, la hausse du PIB avoisinerait 1,4 % en fin d'année. Quant à la Commission de Bruxelles, dans son étude de milieu d'année sur la zone euro, publiée en début de semaine, elle estime que la croissance aura probablement été décevante au cours de la période d'avril à juin, la montée des prix du pétrole et le ralentissement dans l'industrie manufacturière mondiale ayant eu un impact négatif sur la confiance. La Commission estime toutefois que les signes de redressement de l'économie mondiale, un taux de change plus compétitif et la persistance de conditions financières et monétaires favorables sont autant d'éléments « qui permettent d'espérer une accélération de la croissance au cours du second semestre 2005 ». Dans l'ensemble, cette croissance devrait retrouver « graduellement son potentiel au cours de l'année ». Au total, Bruxelles se montre un peu plus optimiste que l'Insee, l'IFO et l'Isae, puisque son rapport prévoit une hausse du PIB de 1,6 % cette année. En outre, la Commission réitère l'anticipation d'une progression de 2,1 % l'an prochain. Quant à la Banque centrale européenne, dans son bulletin du mois de juillet, elle se montre plutôt circonspecte sur l'activité et ses perspectives : « Les données disponibles demeurent contrastées, certains des indicateurs les plus récents faisant état d'une légère amélioration », explique la BCE, pour qui « aucun élément n'indique pour le moment qu'une reprise plus soutenue de l'activité économique s'est déjà amorcée. » Ces prévisions et cette « grisaille des commentaires », selon le mot d'un économiste londonien, ne sont naturellement guère encourageantes non seulement pour les affaires, mais aussi pour l'emploi. Car il faudrait, estime-t-on, un taux de croissance deux fois plus élevé pour que la zone euro puisse envisager de créer en net assez d'emplois pour commencer à faire reculer durablement le chômage. Cette situation place naturellement la Banque centrale européenne dans une position difficile. Son principal taux directeur, à 2 %, correspond au niveau moyen de l'inflation dans la zone euro. Autrement dit, le loyer réel de l'argent à court terme est quasi nul. Selon certains, cette politique monétaire est accommodante et tend à favoriser les placements spéculatifs ; elle ne pourra donc pas être maintenue indéfiniment. Selon d'autres, la BCE se montre trop restrictive dans sa politique monétaire : ainsi, elle devrait abaisser ses taux pour favoriser la croissance. Les défenseurs de la BCE jugent l'accusation facile et, à leurs yeux, elle constitue, de la part de certains politiques, une excuse pour éviter de s'attaquer aux problèmes de fond des économies concernées, souvent victimes dans la zone euro d'une démographie défavorable et de problèmes structurels que seuls le courage et le temps permettront de régler. On peut aussi ajouter que la situation de la Banque centrale est, à d'autres égards, bien inconfortable : elle doit conduire une politique monétaire unique dans une zone où les situations nationales divergent fortement, sur les plans de la croissance et de l'inflation. On peut, dans ces conditions, comprendre que les responsables de la monnaie unique demandent aux politiques d'assumer leur part du fardeau, de mettre en oeuvre les réformes qui s'imposent et d'harmoniser davantage leurs économies. Mais sont-ils en mesure de le faire ? |
JEAN-ÉRIC BOUSSER |
Copyright © La Vie Financière. Tous droits réservés. |
Toutes les archives /
Retour




