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| Critiquer la BCE est un exercice politique démagogique facile et dangereux |
| La Vie Financière N°3210 / Vendredi 15 Décembre 2006 / Catégorie : Interview |
A 1,32 dollar pour 1 euro, la parité de change entre
les monnaies européenne et américaine pénalise les produits du Vieux Continent, mais permet de faire des achats à bon compte. |
Philippe Sigogne, stratège à BFT Gestion |
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La polémique fait rage : l'euro est-il trop fort ou à sa juste valeur ? P. S. En effet, c'est une question délicate. Il y a deux manières d'aborder le problème. Tout d'abord, sous l'angle des prix européens à la production des biens échangeables. Selon le recensement effectué dans les zones euro et dollar, la parité idéale serait 1 euro pour 1 dollar. L'Europe est donc soumise à une pression concurrentielle forte. Cette pression est encore plus grande par rapport à la zone asiatique, Japon et Chine en tête, puisque les monnaies de ces deux pays sont sous-évaluées par rapport au dollar. Le différentiel de parité est de 50 à 60 % entre l'euro et le yen, en défaveur de la monnaie européenne. L'autre façon d'aborder la situation d'une monnaie est d'imaginer ce que chaque zone est désireuse d'accumuler à long terme. La notion d'accumulation d'actifs internationaux nets s'inscrit dans la durée et prend en compte le recyclage des liquidités sur les marchés. Par exemple, les excédents commerciaux japonais sont placés en actifs étrangers. Si les revenus de ces capitaux sont également réinvestis et si, de plus, les étrangers empruntent en yens pour profiter des faibles taux d'intérêt, les sorties d'argent vont être supérieures aux entrées. Ce qui conduit, assez paradoxalement, à ce que la monnaie japonaise soit faible, alors que l'économie du pays est bien orientée. D'un autre côté, on assiste à une diversification des investissements réalisés par les détenteurs de pétrodollars, qui achètent des euros et contribuent ainsi à la hausse de cette devise. En attendant, l'industrie française souffre avec un euro à 1,31 dollar... Oui. Elle souffre du côté de la demande et de la concurrence étrangère. Le secteur le plus touché est l'aéronautique. La faiblesse du dollar est l'un des problèmes majeurs d'Airbus. Mais l'automobile est aussi à la peine, à cause de l'extrême faiblesse du yen. Donnez-vous raison aux responsables politiques français, les seuls en Europe à râler contre l'euro fort ? Non. C'est un jeu démagogique facile et dangereux qui n'élève pas le débat public en France et qui témoigne du faible niveau d'éducation économique dans ce pays. Personne n'a râlé quand l'euro était faible, entre 1998 et 2002. Par ailleurs, l'Allemagne, qui partage la même monnaie que nous, va de record excédentaire en record excédentaire. La France doit faire un effort sur la qualité de ses produits, sur la productivité notamment, via l'irrigation des nouvelles technologies dans l'ensemble du tissu productif, et un effort de recherche-développement, en se dotant d'universités de haut niveau. C'est la clé pour disposer d'emplois à forte valeur ajoutée. Les délocalisations ne sont pas forcément désastreuses si, par ailleurs, nous sommes capables de créer des emplois dans des secteurs plus rémunérateurs. Mais si nous avons des transferts d'activité sans la création d'autres emplois, il y a du souci à se faire. Le sport national qui consiste, de gauche à droite en passant par le Medef, à incriminer Jean-Claude Trichet n'est pas très sain... Oui, d'autant que les mesures prises par la Banque centrale européenne sont justifiées : le risque d'excès de liquidités est réel et l'on peut se retrouver avec une nouvelle bulle, comme au début des années 2000. D'ailleurs, la critique selon laquelle la BCE conduirait une politique restrictive ne tient pas : si la monnaie était aussi chère que certains politiques et industriels le prétendent, il n'y aurait pas une demande forte de crédits. Les particuliers et les entreprises sont fortement emprunteurs. Et l'euro fort, s'il pénalise la compétitivité du moment, n'a pas que des inconvénients : il modère le prix des achats de matériel japonais et américain requis par les investissements industriels, qui repartent ; la facture énergétique est aussi plus facile à digérer ; et, enfin, le pouvoir d'achat des particuliers est amélioré pour tous les produits fabriqués hors de la zone euro. Quel est votre objectif de parité euro/dollar pour l'année prochaine ? Un peu au-dessous du niveau actuel, vers 1,28-1,30 dollar [actuellement 1,32, Ndlr] pour 1 euro. Car le ralentissement de la croissance américaine ne sera que temporaire, du fait du freinage des prix dans l'immobilier, et elle dépassera à nouveau celle de la zone euro De fortes variations Balance commerciale 150 Mds¤ C'est l'excédent commercial que pourrait enregistrer l'Allemagne en 2006, contre un déficit de 30 milliards pour la France. |
Propos recueillis par Michel Blanchot |
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