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| Crise financière : les banques les plus touchées |
| La Vie Financière N°3250 / Vendredi 21 Septembre 2007 / Catégorie : Bourse |
BANQUES. Les conséquences de la crise sont encore diffuses et son coût, difficile à quantifier. A court terme, les activités sophistiquées de banque de financement et d'investissement vont connaître un sérieux coup d'arrêt. |
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Le secteur bancaire a encore tremblé cette semaine. La crise qui touche les établissements de crédit a déjà fait plusieurs victimes aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne. Cette semaine, les images d'épargnants britanniques faisant la queue devant les agences de Northern Rock pour retirer jusqu'à 3 milliards d'euros de dépôts ont déclenché une nouvelle baisse du secteur. L'annonce de plusieurs avertissements sur les résultats lancés par BankAmerica, Commerzbank et Crédit agricole SA a été bien digérée grâce à la baisse des taux de la Fed venant s'ajouter à un recul moins important que prévu (- 3 %) des performances trimestrielles de la banque d'affaires Lehman Brothers. Pourtant, l'optimisme n'est guère de mise. Quitte à s'expliquer sur des opérations hors bilan ou sur des pertes de trading insoupçonnables hier, les banques françaises donnent un peu plus de détails sur leur exposition. Les éléments fournis permettent d'anticiper une baisse sensible des revenus de l'activité de la banque de financement et d'investissement, une remise en cause totale de certains métiers, une probable montée des risques de crédit et des conditions de refinancement plus onéreuses Du « subprime » dans les bilans C'est la partie visible de l'iceberg, mais c'est loin d'être le problème le plus grave. Le montant des prêts hypothécaires à risques aux Etats-Unis est estimé à 1 300 milliards de dollars, et le marché attend entre 150 et 200 milliards de dollars de pertes à terme. En France, Natixis s'est ainsi retrouvée piégée dans la faillite d'American Home Mortgage et BNP Paribas est exposée directement via les prêts et les investissements de son réseau américain BankWest. Hormis les menaces pesant sur les subprimes qui datent de mars 2007, les quatre grandes banques françaises cotées, Crédit agricole en tête, sont également coincées avec des petits paquets de subprimes en cours de titrisation dans leurs actifs. Des provisions ont déjà été passées le 30 juin, et elles ne sont que partielles. Natixis, particulièrement active dans la titrisation de créances aux Etats-Unis, a pu se débarrasser de plus de 1 milliard de créances avant la fin juin, mais il lui reste sur les bras quelques centaines de millions de dollars de titres sans grande valeur. Exposition au subprime au bilan (hors bilan) en ME * Natixis 281 (NC) BNP Paribas 370 (100) Société générale 800 (e) (189) Crédit agricole SA 280 (586) * Données calculées à partir des indications des banques.(e) Estimation de l'exposition sachant que la banque s'attend à 100 à 200 millions d'euros de pertes. Des opérations en carafe Le couperet est tombé brutalement cet été avec le renchérissement du coût du crédit, qui a gelé les grandes opérations de LBO. Certaines ont franchement échoué, mais d'autres ont dû être montées dans des conditions délicates, tenant compte du renchérissement brutal du coût du crédit. Du coup, les banques qui avaient pris l'engagement ferme de prêter avant la crise (BNP Paribas pour Elys) se trouvent aujourd'hui piégées sans pouvoir partager le risque (syndiquer) des crédits trop risqués dont la valeur s'est effondrée. Plusieurs milliards d'euros de crédits de qualité médiocre vont donc soit restés bloqués dans le bilan des banques en attendant des jours meilleurs (c'est le choix de Natixis), soit être cédés si la banque ne compte pas les conserver dans son bilan jusqu'à leur dénouement (c'est le cas pour BNP Paribas). Quant aux portefeuilles anciens de LBO qui représentent 6,3 milliards d'euros de crédit à BNP Paribas, l'une des banques les plus exposées, leur qualité est à surveiller compte tenu du renchérissement du coût du crédit qui pèsera sur les montages. Encours de crédits sur les LBO + syndication en stand-by (en MdsE) * BNP Paribas 6,3 + 1,6 Natixis 5,8 + 0, 4 Crédit agricole SA 4,3 + 2,1 Société générale 2,7 + 1,4 * Données actualisées fournies par les banques. Des conduits explosifs Très mauvaise surprise ! Les banques ont garanti la liquidité des ABS émis pour refinancer 1 200 milliards d'euros de crédits, et l'heure de vérité est arrivée. Ces structures déconsolidées, appelées « conduits » d'ABCP, levaient des fonds à court terme (ABS) afin de financer des paquets de créances allant du crédit à la consommation en France aux créances commerciales, en passant par des crédits hypothécaires américains. Or ces structures ne trouvent plus de refinancements sur le marché du papier commercial en dollars. Les banques refinancent donc ces conduits en direct, ce qui va mathématiquement les obliger à reprendre les risques correspondants dans leurs comptes. « Si on doit réintégrer dans les bilans l'ensemble des conduits, il y aura des conséquences très négatives », assure Marie-Pierre Peillon, responsable de l'analyse financière et de crédit à Groupama Asset Management. Outre la mise à la valeur de marché des actifs en question, qui laisse craindre de lourdes pertes, les banques vont voir leurs ratios prudentiels (solvabilité et liquidité) se détériorer, avec comme conséquence des dégradations de notation auprès des agences de rating. Il est donc à redouter une hausse des conditions de refinancement au plus mauvais moment et une incapacité à générer suffisamment de nouveaux crédits pour maintenir les performances de la banque de détail. Actifs hors bilan dans les conduits (impact sur le ratio Tier One) en MdsE* Société générale 18,5 (- 0,4 %) Crédit agricole SA 25 (e) Natixis 9 (- 0,4 %) BNP Paribas 9,4 (- 0,15x%) * Les chiffres sont donnés par les banques, mais ne semblent pas totalement comparables. NB : ils n'incluent pas les SIV. (e) Estimations recueillies par les analystes. La fin des profits mirobolants Il est difficile de savoir combien de temps peut durer la crise. Mais une chose est certaine, les performances de la banque de financement et d'investissement vont se dégonfler. Natixis a indiqué que les résultats de sa BFI (environ un tiers du total) n'avaient pas baissé en juillet-août mais que ses revenus de titrisation seront très affectés. Crédit agricole SA a reconnu mardi avoir découvert une perte de trading qui aurait un impact sur le résultat de Calyon au troisième trimestre, ce qui pourrait amputer de 20 % les bénéfices du groupe pour la période. A la Société générale, le directeur financier a prévenu que les activités de trading, qui totalisent environ 500 millions d'euros de bénéfice par an, avaient été mises en veilleuse. Partout, les revenus de titrisation, de LBO et de dérivés de crédits sont compromises. Certaines banques mentionnent aussi des craintes quant à l'activité qu'elles réalisent avec les hedge funds (5 % des revenus de la BFI de BNP Paribas et 2,5 % de Natixis), mais cela, c'est une autre histoire. L'impact annoncé sur les activités de la BFI BNP Paribas :10 % des revenus de la BFI compromis Crédit agricole : pertes de trading sur des dérivés de crédit de 250 millions d'euros Natixis : baisse des revenus de titrisation (550 millions d'euros par an) et de LBO Société générale : ralentissement du trading (un tiers des bénéfices de la BFI) Conseil : Profiter d'un rebond pour vendre Société générale et Natixis, dont le modèle de développement sur les marchés peut être remis en question. Nous ne sommes plus acheteurs de BNP Paribas et de Crédit agricole SA |
Marie-Jeanne Pasquette |
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