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Crédit lyonnais, Renault : étranges privatisations...
La Vie Financière N°3034 / Vendredi 01 Aout 2003 / Catégorie : Editorial

Pour enrayer la dérive des déficits, le gouvernement devait, comme le ferait n'importe quel ménage endetté, soit réduire son train de vie, soit vendre ses bijoux de famille. La première solution aurait supposé la mise en oeuvre de réformes politiquement courageuses, à court terme comme à moyen terme ; c'est donc la seconde qui a été retenue. Ainsi s'explique la vente de 8,5 % du capital de Renault, ces derniers jours, pour 1,2 milliard d'euros.

Ce nouveau désengagement de l'ex-Régie a pris la forme d'un « placement institutionnel accéléré » effectué auprès de fonds d'investissement français et étrangers. La méthode, il ne faut pas s'y tromper, est loin d'être anodine ; elle revient à écarter la voie la plus légitime quand il s'agit de céder des biens de l'Etat, c'est-à-dire l'offre publique de vente (OPV), à laquelle tous les Français qui le souhaitent peuvent participer. L'OPV est la solution la plus naturelle, la plus transparente, la plus démocratique, ce n'est pas celle qui a été retenue.

La préférence pour la cession de gré à gré avait déjà été affichée par Bercy dans le dossier du Crédit lyonnais - dont le PDG, Jean Peyrelevade, avait d'ailleurs réclamé, sans succès, une OPV. Et dans deux autres affaires à venir - Thales, détenu à 32 %, et Air France, contrôlé à 54 % -, c'est encore l'option pour une vente de la main à la main qui pourrait être choisie. Cette dernière a l'avantage de la rapidité. Nul besoin de solliciter les réseaux bancaires ni de mener une longue campagne d'explications. Placer un milliard d'euros auprès des « zinzins » en quarante-huit heures n'est pas un problème dans le cas d'une entreprise de la qualité de Renault. De plus, la vente aux institutionnels peut s'effectuer au cours de Bourse alors qu'une offre au grand public implique généralement une légère décote.

Mais quelles qu'en soient les motivations, les ventes de gré à gré laissent toujours un sentiment amer aux actionnaires individuels, qui sont ainsi écartés des marchés. Elles renforcent aussi l'opinion que l'Etat, heureux en bien des circonstances de mobiliser l'épargne pour remplir ses caisses, s'en détourne dès qu'il n'en a plus besoin. L'interrogation est renforcée, en l'espèce, par un autre aspect de la vente des titres Renault : le gouvernement a promis aux salariés et anciens salariés de la marque au losange de leur vendre plus tard environ trois millions d'actions à des conditions préférentielles. Pourquoi ne pas offrir à tous la même occasion d'investir à bon compte ?

Certes, le gouvernement peut se passer des petits porteurs à un horizon prévisible. Les privatisations géantes de l'époque Balladur ne sont pas d'actualité. Avant la dénationalisation de France Télécom ou d'EDF, il coulera beaucoup d'eau sous les ponts. Certes également, le krach boursier est passé par là.

Malgré tout, l'Etat a tort de délaisser les investisseurs individuels, qui attendent de lui un vrai message de confiance. Sans actionnariat populaire fort, le développement de l'économie serait privé d'un moteur essentiel. Dommage qu'il faille le rappeller à un gouvernement libéral...


NASSER OUZEGDOUH Directeur de la rédaction
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