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Coup de froid annoncé sur le commerce
La Vie Financière N°3106 / Vendredi 17 Décembre 2004 / Catégorie : Tendance

L'augmentation des échanges commerciaux, spectaculaire cette année, devrait ralentir en 2005.
 

Les exportateurs français doivent manger leur chapeau. Alors que la plupart d'entre eux scrutent avec inquiétude le niveau de leurs carnets de commandes, l'Organisation mondiale du commerce annonce un millésime 2004 exceptionnel pour les échanges de marchandises. Le commerce mondial de produits manufacturés aurait ainsi progressé cette année de près de 8,5 %, soit presque deux fois plus vite qu'en 2003. Si l'on inclut les échanges de services, la hausse atteindrait un peu plus de 10 %, l'une des deux meilleures performances jamais enregistrées, d'après les calculs des experts de Morgan Stanley. Reste que l'essentiel de l'accélération est déjà passé. « Il faut s'attendre à un net freinage des échanges en 2005, avec une progression du commerce international en deçà de 7 % », avertit Rebecca McCaughrin, économiste chez Morgan Stanley à Londres.

Première explication : les niveaux totalement exhorbitants atteints par les prix du fret maritime. L'indice Baltic Dry Index, indicateur du prix de transport des matières premières (essentiellement minerais, charbon et métaux), affiche une progression de 37 % en un an et de... 541 % en trois ans, atteignant au début du mois de décembre son plus haut niveau depuis sa création, en 1985. Le Baltic Panamax Index, qui regroupe sept routes maritimes et sert de référence pour le transport de céréales, a progressé, quant à lui, de 40 % au cours des douze derniers mois. « C'est l'appétit de l'ogre chinois pour la plupart des matières premières industrielles qui explique l'envolée des prix du fret », observe James Leake, de la société de courtage JE Hyde. Un cargo de grande taille se loue aujourd'hui près de 100 000 dollars par jour, contre seulement 6 000 dollars au creux de 2001. En attendant que de nouveaux bâtiments (essentiellement des cargos et des minéraliers) sillonnent les mers - 252 cargos devraient s'ajouter aux 6 000 navires de la flotte de transport de marchandises en vrac d'ici à la mi-2005 -, les tarifs prohibitifs et la pénurie de bateaux risquent de peser sur les volumes d'échanges de marchandises.

Deuxième explication : le retournement du cycle de l'investissement, particulièrement en matériel high-tech. « Les commandes de biens d'équipement reçues par les trois grands fournisseurs que sont le Japon, les Etats-Unis et l'Allemagne plafonnent », souligne Antoine Brunet, chef économiste à HSBC CCF à Paris. Dans l'électronique, en particulier, le ralentissement de l'activité est déjà engagé. Hynix, fabricant sud-coréen de semi-conducteurs, a vu son bénéfice net reculer de 17 % au troisième trimestre par rapport au deuxième en raison d'une baisse des prix des mémoires Dram. Un de ses concurrents, le groupe allemand Infineon, a récemment mis en garde contre les risques de ralentissement du marché. « Dans ce contexte, notre premier objectif est l'augmentation de la productivité, de l'efficacité et le contrôle des coûts », a déclaré le président du directoire Wolfgang Ziebart.

Conséquence : le moteur des exportations commence à tourner beaucoup moins vite, notamment dans les pays très ouverts sur l'extérieur. Les Dragons asiatiques sont les premiers touchés. Taïwan, dont les exportations sont composées à près de 80 % de produits électroniques, est en perte de vitesse. « Les livraisons de produits made in Taiwan ont enregistré en novembre leur plus faible progression depuis septembre 2003 et le solde commercial est tombé à son plus bas niveau depuis quatre ans », remarquent les experts de Natexis- Banques populaires. Même constat en Corée ou encore à Singapour. En Europe, c'est la Finlande qui paraît le plus fragile. « Les risques viennent du poids du secteur de l'électronique, qui représente à lui seul quasiment un quart des exportations du pays », estiment les experts de l'OCDE dans leur dernier rapport.

Le problème, c'est que l'inversion du cycle high-tech est généralement annonciateur d'un retournement plus global. Dans ce contexte, l'Allemagne, champion mondial des exportations, loin devant les Etats-Unis, le Japon et même la Chine, serait frappée de plein fouet. Or depuis près de quatre ans, les exportations représentent la seule source de croissance pour notre voisin d'outre-Rhin. Une bien mauvaise nouvelle pour la croissance du poids lourd européen en 2005.


BÉATRICE MATHIEU
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