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Consommation : plus de tonus en 2004 ?
La Vie Financière N°3055 / Vendredi 26 Décembre 2003 / Catégorie : Tendance

La désinflation et la reprise de l'emploi devraient dynamiser la consommation l'an prochain.
 

La reprise partie des Etats-Unis et d'Asie commence à se diffuser en Europe. Partout sur le Vieux Continent le moral des chefs d'entreprise est au beau fixe. En Allemagne, les perspectives de production s'emballent dans l'industrie, en dépit de l'appréciation de l'euro. Elles n'ont pas été aussi bonnes depuis le boom qui a suivi la réunification. Du côté des consommateurs, l'embellie est moins nette. Sans doute à cause du chômage, qui n'a jamais été aussi élevé depuis quatre ans. Certains experts anticipent malgré tout un regain d'appétit des ménages européens en 2004.

« L'accélération de la consommation dans la zone euro sera sans doute la bonne surprise de l'année prochaine », confirme Eric Chaney, chef économiste chez Morgan Stanley. Traditionnellement, c'est l'investissement qui tire d'abord la demande intérieure. Mais le cycle que nous traversons est atypique. Alors que les dépenses des entreprises européennes risquent de rester bridées l'année prochaine par le niveau élevé de l'endettement et par l'appréciation de l'euro, la consommation des ménages, qui a plutôt bien résisté à la stagnation de la croissance, devrait monter en régime.

Les derniers chiffres sont encourageants. Les dépenses des ménages en France ont progressé de 0,4 % au troisième trimestre. En Allemagne également, les clignotants virent au vert. La confiance des ménages se rétablit. Les ventes au détail ont progressé de 0,2 % au mois d'octobre. Et les commerçants s'attendent à de meilleures ventes que l'année dernière pour la période des fêtes.

Mais la bonne tenue de la consommation en 2004 dépendra en grande partie de l'évolution des prix et de la façon dont les ménages perçoivent l'inflation. En 2002, les craintes liées à la mise en circulation de l'euro avaient lourdement pesé sur les ventes des entreprises. Les ménages avaient accru leur épargne, pourtant élevée, et retardé les achats importants. Depuis l'été 2003, les foyers européens semblent moins souffrir de la hausse des prix, d'après les enquêtes publiées par Eurostat. Les achats différés à partir de 2002 pourraient donc enfin se concrétiser en 2004. Surtout si les cours du pétrole et l'inflation refluent, gonflant le revenu disponible des ménages. « Si ce scénario se réalise, la zone euro pourrait gagner 0,5 % de croissance », assure Anton Brender, chef économiste chez Dexia Asset Management.

La désinflation n'est pas la seule à pouvoir doper la consommation l'année prochaine. La reprise de l'emploi devrait aussi inciter les ménages à dépenser plus. En Italie, où le marché du travail est resté dynamique grâce aux réformes qui ont été mises en place par le gouvernement, le taux de chômage baisse de manière continue. Cette décrue rassure les ménages, qui reprennent peu à peu le chemin des magasins. Dans le reste de la zone euro, l'environnement n'est pas aussi favorable. Le taux de chômage reste élevé et les perspectives d'embauche se sont à nouveau détériorées au quatrième trimestre. Cependant, l'emploi devrait redémarrer progressivement en 2004. « En effet, il existe un décalage de six mois entre le marché du travail et la croissance économique », rappellent les experts de BNP Paribas.

Il ne faudra pas compter, en revanche, sur les baisses d'impôts pour soutenir la consommation en 2004. Certes, les grands pays de la zone euro ont décidé de choyer les contribuables, quitte à mettre en péril le pacte de stabilité. Mais cette stratégie a peu de chances de se révéler payante. En Allemagne, le gouvernement a obtenu à l'arraché 7,8 milliards d'euros de baisses d'impôts l'année prochaine. Deux fois moins que prévu. Or la relance s'accompagne de mesures restrictives : réductions des prestations de la caisse d'assurance maladie et de la durée de l'assurance chômage, etc. En fait, Gerhard Schröder injecte réellement 2,25 milliards d'euros dans l'économie, d'après les calculs de CDC Ixis. A peine de quoi ajouter 0,1 % à la croissance allemande.

En France, les ménages ne sont pas mieux lotis. Les cadeaux fiscaux seront engloutis par la hausse des taxes indirectes et, surtout, par celle de la fiscalité locale. Un résultat d'autant plus décevant que le dérapage budgétaire a un coût politique très élevé, estiment les experts du Centre européen d'études des politiques économiques. Non seulement les relations entre les petits pays et les grands pays, qui ont trahi l'esprit du Pacte, se sont détériorées mais, de surcroît, il sera plus difficile de refuser à terme l'entrée dans la zone euro aux pays de l'Est en raison de leur laxisme budgétaire.


SÉBASTIEN JULIAN
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