Archives

Concurrence entre gouvernances
La Vie Financière N°3211 / Vendredi 22 Décembre 2006 / Catégorie : Stratégie

Devant les performances des fonds d'investissement qui rémunèrent souvent mieux les capitaux que les sociétés cotées, on s'interroge. Serait-ce au détriment de l'emploi et des salaires que le private equity réalise ses plus-values ?
 

La commission des finances de l'Assemblée nationale vient de nommer M. Alain Bocquet rapporteur d'une commission d'enquête parlementaire sur la place et le rôle des fonds d'investissement dans l'économie, sur leurs méthodes d'acquisition par endettement à effet de levier (LBO), sur les conséquences de telles pratiques pour l'emploi, les salaires, les conditions de travail ainsi que sur les solutions alternatives qui pourraient être mises en oeuvre à partir d'un pôle financier public. Il faut avouer que le phénomène du capital-investissement prend une ampleur qui ne peut laisser indifférent. En France, selon le rapport réalisé par PricewaterhouseCoopers pour l'Afic (Association française des investisseurs en capital), le montant des capitaux levés par les fonds français a progressé de 27 % par an depuis dix ans, pour atteindre 12 milliards d'euros pour la seule année 2005.

De plus en plus d'entreprises - elles étaient 4 852 fin 2005 - font appel aux fonds d'investissement.Il s'agit pour la plupart de PME-PMI de moins de 500 salariés réalisant un chiffre d'affaires inférieur à 50 millions d'euros. Mais aussi de plus grosses sociétés (Vivarte, propriétaire de grandes marques comme Kookaï, Caroll, La Halle aux chaussures, etc., ou encore Picard). Au niveau mondial, ce sont 300 milliards de dollars qui ont été levés pour les neuf premiers mois de 2006, soit l'équivalent de Schneider, Saint-Gobain, Air liquide, Vinci, AGF, Renault, Danone, GDF, Carrefour, Vivendi et L'Oréal réunis. Impressionnant ! Et d'ailleurs, après s'être intéressés presque uniquement aux PME, comme en France les premiers temps, les grands fonds internationaux n'hésitent plus maintenant à s'attaquer aux sociétés cotées (PagesJaunes, Elior, Legrand). KKR, un des fonds les plus puissants, a récemment offert 50 milliards de dollars (40 milliards d'euros) pour le rachat de Vivendi. Même si l'opération n'a pas abouti, cela montre que pratiquement n'importe quelle société de la cote est à la portée de ces fonds vers lesquels les liquidités abondent. Pourquoi ? Parce que - pour les meilleurs tout au moins - ils assurent à leurs actionnaires un taux de retour sur investissement (TRI) beaucoup plus élevé que les sociétés cotées. Comment ? D'abord, bien sûr, en profitant du niveau peu élevé des taux d'intérêt pour utiliser au maximum l'effet de levier de la dette. C'est leur spécialité. Mais c'est une méthode dangereuse si elle ne s'accompagne pas, ensuite, d'une gestion rigoureuse.



Des méthodes très efficaces

D'une part, à la différence des systèmes retenus dans les sociétés cotées où l'on voit souvent la rémunération des dirigeants augmenter alors même que les actionnaires y ont perdu leur chemise, l'intérêt des gérants est aligné sur celui des actionnaires. Leur rémunération est proportionnelle aux plus-values réalisées (souvent 20 %). D'autre part, les fonds souhaitent être en mesure d'exercer un contrôle approfondi et quasi permanent de la gestion. Plus que la quantité, c'est donc la qualité, le ciblage et la synthèse de l'information qu'ils recherchent. Tout le contraire des documents de référence et des prospectus d'information qui, au fil de l'accumulation des réformes législatives et des directives européennes, sont souvent lourds de plusieurs centaines de pages ! Nul doute qu'en matière de gouvernance et de transparence les fonds d'investissement se montrent plus efficaces que les sociétés cotées.

Reste à savoir si ce n'est pas au détriment de l'emploi et des salaires. L'étude réalisée pour l'Afic affirme le contraire, faisant état de 1,5 million de salariés directement et indirectement employés par les fonds d'investissement - soit 10 % du total des salariés en France. L'étude montre aussi qu'en 2005 le private equity a créé 60 000 emplois, en hausse de 4 % pour 2004, alors que, dans le même temps, les effectifs des entreprises du CAC 40 ont été réduits de 0,2 %. Dans ces conditions, plutôt que de se livrer à une levée de boucliers contre les fonds d'investissement, mieux vaudrait s'inspirer de ce que leurs méthodes ont de bon pour améliorer la gouvernance des sociétés cotées. Le meilleur moyen de lutter contre des concurrents, ce n'est pas de les dénigrer mais de faire aussi bien, sinon mieux, qu'eux !


colette neuville
Copyright © La Vie Financière. Tous droits réservés.
 

ECONOMIE

  • Aucun événement prévu aujourd'hui

SOCIETES

  • Aucun événement prévu aujourd'hui