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| Comment venir à bout de la sous-culture financière |
| La Vie Financière N°3180 / Vendredi 19 Mai 2006 / Catégorie : Stratégie |
La phobie antilibérale des Français, entretenue par les élites, ne les empêche pas de s'intéresser à la Bourse. Mais un travail de pédagogie reste à réaliser
pour mieux leur faire comprendre les mécanismes économiques et financiers. |
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A quoi sert réellement la Bourse ? La question paraîtra saugrenue à de nombreux lecteurs de La VF habitués aux placements en actions, voire rompus aux mécanismes et aux pratiques des marchés financiers. Et pourtant, il ne faut pas se faire trop d'illusions : la plupart des Français se font une idée fausse, déformée ou réductrice de la Bourse, le plus souvent parce que leur formation économique et financière est insuffisante pour qu'ils puissent en saisir l'utilité et les subtilités. Casino pour les uns, temple de la spéculation pour les autres, ce lieu virtuel d'échanges reste, pour beaucoup, réservé aux initiés, joueurs dans l'âme et appâtés par le gain. Rares, en revanche, sont ceux qui savent que la Bourse sert, plus noblement, à mobiliser l'épargne et à financer le développement des entreprises. Il faut dire que notre pays n'est pas à un paradoxe près : d'après un sondage réalisé par TNS Sofres pour l'AMF, les trois quarts des personnes interrogées pensent que leur niveau de connaissances financières n'est pas suffisamment élevé pour lire la presse spécialisée, mais 82 % sont favorables à l'idée de promouvoir une éducation en ce sens dispensée au collège ou au lycée. Un autre sondage effectué par le même organisme mais, cette fois-ci, pour le compte de La Poste, révèle que près d'un Français sur deux s'intéresse à la Bourse et à l'actualité des sociétés cotées. Autrement dit, une grande majorité avoue ne pas s'y connaître en finances, mais aimerait en savoir plus pour mieux comprendre les mécanismes économiques et financiers. Pourquoi donc rien n'a-t-il vraiment été fait jusqu'à présent, sinon à une petite échelle, pour étancher cette soif de formation ? Dans un article récemment publié par Le Figaro, Luc Périnet-Marquet, directeur général Europe du groupe de communication financière Burson Marsteller International, faisait très justement remarquer que la « sous-culture financière » des Français est un vrai fonds de commerce pour les élites. Car « cette ignorance laisse le champ libre aux discours démagogiques, économiquement irréalistes mais intellectuellement brillants et... électoralement rentables », écrivait-il, en touchant du doigt l'une des tares de notre pays, poussé à cultiver les idées fausses et à se nourrir de fantasmes. Le mauvais exemple ne vient-il pas d'en haut ? Le président de la République, Jacques Chirac, ne déclarait-il pas l'année dernière que « le libéralisme était aussi dangereux que le communisme » ? De tels propos et bien d'autres contre-vérités proférées à longueur d'année par des gens dits d'influence, de droite comme de gauche, laissent malheureusement des traces dans l'opinion. Pour preuve, si l'on en croit l'enquête réalisée il y a quelques mois dans vingt pays par l'institut de sondage GlobalScan pour le compte de l'université du Maryland, les Français sont les plus hostiles à l'idée que le système de libre entreprise et d'économie de marché soit le meilleur pour l'avenir. De fait, 36 % seulement des personnes interrogées dans l'Hexagone se déclarent favorables à cette idée, alors que le taux grimpe à 65 % en Allemagne, à 67 % en Grande-Bretagne, à 70 % en Inde, à 71 % aux Etats-Unis et à 74 %... en Chine. Comme quoi communisme rime maintenant bien avec capitalisme ! Apprendre et comprendre La phobie antilibérale savamment entretenue des Français ne les empêche pourtant pas de se précipiter en masse vers la Bourse pour devenir actionnaires de Gaz de France ou d'EDF et pas seulement au nom du patriotisme économique. Mais un énorme travail de pédagogie et d'éducation reste à faire auprès de ceux, très nombreux, qui désirent apprendre et comprendre. Souhaitons donc bonne route à l'Institut pour l'éducation financière du public qui vient d'être créé en lieu et place de l'Ecole de la Bourse, en vue d'aider les Français à mieux maîtriser leurs choix en matière de gestion financière et d'épargne. Et gardons-nous de tout procès d'intention contre le premier président de ce nouvel institut, Philippe Herzog, même si le choix d'un ancien député communiste a de quoi surprendre. Il faudra de toute façon beaucoup de temps, de moyens et de courage pour venir à bout des rigidités du système éducatif français et des réticences syndicales |
éric Dadier |
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