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| La Vie Financière N°3189 / Vendredi 21 Juillet 2006 / Catégorie : Dossier |
Au-delà du conflit armé entre Israël et le Hezbollah , les marchés craignent un embrasement au Proche-Orient et, par ricochet, un nouveau choc pétrolier. Mais les « ventes paniques » n'ont pas lieu d'être. Nos conseils sur les valeurs les plus sensibles. |
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«L'art de la guerre, c'est de soumettre l'ennemi sans combat », a écrit Sun Tzu. Mais, au Proche-Orient, il a toujours été difficile, semble-t-il, d'appliquer ce précepte du grand stratège chinois du IVe siècle avant notre ère. Le 12 juillet, le monde et les marchés financiers ont vite compris qu'ils allaient devoir composer avec un nouveau conflit armé. Après le décès de huit membres de l'armée israélienne et la capture de deux soldats par la branche armée du Hezbollah, l'Etat hébreu a en effet décidé de répliquer par les grands moyens : bombardements de l'aéroport de Beyrouth, raids contre des ponts, des routes et des villes du Sud-Liban, blocus aérien et maritime... L'objectif étant de désarmer les milices de ce mouvement fondé avec l'appui de la Syrie et de l'Iran. Les places financières accusent le choc, les investisseurs craignant un embrasement dans tout le Proche-Orient, qui assure à elle seule un quart de la production mondiale de pétrole. Alors que le prix du baril touchait de nouveaux sommets à 78 dollars, New York, Paris, Londres et Tokyo courbaient l'échine à l'unisson, l'indice CAC 40 effaçant la totalité de ses gains depuis le début de l'année et le bénéfice de la reprise observée depuis la mi-juin. Avec, dans le même temps, un retour des capitaux vers le dollar, au plus haut depuis trois mois. Certes, en cas de poursuite des hostilités, on peut craindre une nouvelle flambée des prix du brut avec un impact à la fois récessionniste et inflationniste pour les pays occidentaux (lire l'interview p. 13). D'où la glissade de gros consommateurs d'hydrocarbures, comme les entreprises de transport, les cimentières et les chimiques. Mais on peut aussi se demander pourquoi nombre de valeurs ont baissé de concert, les technologiques comme les petites capitalisations, en passant par les médias et les sociétés de produits ménagers ! De là à penser que les mains dites faibles ont agi par réflexe et non par raison, il n'y a qu'un pas. Car l'économie mondiale ne se limite pas au Proche-Orient et les nouvelles sont plutôt rassurantes de par le monde. La Chine, l'un des moteurs de la croissance, a ainsi annoncé que son PIB avait crû de 11,3 % en rythme annuel au deuxième trimestre, contre 10,3 % au premier. Les taux à long terme restent attrayants : 5,1 % aux Etats-Unis pour le T-Bond à trente ans, 4 % pour l'OAT à dix ans, même si des tensions existent en raison de l'aversion au risque liée à l'escalade du conflit et « la crainte de voir les banques centrales surréagir aux hausses des prix de l'énergie », comme le soulignent les stratèges de CM-CIC Securities. Il n'empêche, l'investisseur se doit d'être un « animal à sang froid » et de revisiter les mérites de la diversification, tant géographique que sectorielle, des actifs. Revue de détail des valeurs les plus sensibles à ce nouvel environnement Le brut flambe,
pas les pétrolières Le seuil fatidique des 100 dollars approche à grands pas. Des cassandres prédisent qu'un tel prix du baril pourrait être atteint dès cet été, si les conflits au Proche-Orient s'intensifiaient. Déjà, les cours du brent et du sweet crude oil ont franchi en début de semaine de nouveaux records historiques, caracolant au-dessus des 78 dollars avant d'amorcer un reflux. Pour autant, les valeurs pétrolières ne sont pas restées très longtemps en tête des hausses sectorielles en Europe. Elles ont vite repris le chemin de la baisse. Pour une raison simple : les marchés croient toujours dur comme fer que cette envolée des cours sera temporaire. « Les événements actuels n'auront, en effet, aucun effet sur la production de pétrole et ne changeront aucunement les fondamentaux de ces valeurs », estime Aymeric de Villaret, analyste financier à la Société générale. En revanche, comme les autres actions, elles subissent des dégagements, liés aux craintes de remontée des taux d'intérêt aux Etats-Unis. Elles n'en demeurent pas moins particulièrement bon marché, à l'instar de Total, valorisé seulement 9 fois les bénéfices estimés pour 2006 alors que cette major offre, avec BP et ENI, l'un des meilleurs équilibres risque/rendement. Pour le groupe français, la Société générale table sur des profits trimestriels en hausse de 16 % (publication prévue pour le 3 août). Quant à Royal Dutch Shell, il pourrait réviser à la baisse ses perspectives de production. Les groupes de services pétroliers, qui avaient remonté la pente début juillet, ne sont pas mieux lotis en Bourse. Un mouvement paradoxal, alors que les plans d'investissement des compagnies pétrolières ne seront pas remis en cause, compte tenu du niveau élevé des prix de l'or noir. Bien au contraire. Ainsi, Schlumberger et Géophysique devraient publier des bénéfices trimestriels conformes, voire meilleurs que prévu. En revanche, aucune bonne nouvelle n'est, pour l'instant, attendue du côté de Technip C. C. Notre conseil Total : acheter pour viser 57 euros Royal Dutch Shell : vendre Schlumberger et Géophysique : renforcer Technip : conserver pour le long terme Touché, mais pas coulé Le tourisme pâtit des tensions et conflits géopolitiques mondiaux en raison des baisses de fréquentation, induites dans les régions concernées. Déjà malmené depuis mai par des investisseurs devenus plus frileux et exigeants, le secteur a ainsi de nouveau tremblé. Valeur la plus pénalisée, Club Méditerranée, qui a abandonné près de 30 % en six semaines. Le groupe ne dispose pas de villages au Liban et n'en possède qu'un en Israël. Mais les craintes d'un nouvel accroc dans le scénario d'un retour à la croissance se font jour, d'autant que l'Asie a récemment été frappée par un nouveau tsunami et que s'annonce outre-Atlantique la période des ouragans qui, l'an dernier, ont frappé trois villages. Accor a également chuté de 20 % depuis mai, une sanction sévère alors que les spécialistes annoncent une croissance accélérée dans l'hôtellerie européenne au premier semestre. En outre, Accor ne possède qu'un Sofitel à Beyrouth et la région n'a représenté que 5 % de son résultat opérationnel en 2005. A l'inverse, le nouveau venu en Bourse, Voyageurs du monde, résiste bien. Il est vrai que la contribution du Proche-Orient au chiffre d'affaires est marginale. Mais, à 21 euros, la valorisation élevée du titre ne peut souffrir aucune déception. Le Proche-Orient n'est d'ailleurs pas le coeur des flux touristiques mondiaux. Selon l'Organisation mondiale du tourisme, il ne représente que 3 % du marché et la croissance attendue du secteur au cours des prochaines années sera le fait de l'Asie. Sans compter que les touristes ont appris à composer avec un monde instable et n'hésitent pas à modifier leur destination. Cette année, on note même un certain retour vers l'Hexagone. Ainsi Pierre & Vacances a été épargné en Bourse, d'autant que, pour l'exercice en cours, un redressement des profits est attendu. Compagnie des Alpes a aussi résisté. Mais la performance de l'année va dépendre des résultats de la saison d'été de ses parcs de loisirs A. C. Notre conseil Notre préférence va à Accor et Pierre & Vacances (à acheter vers 80 euros) On conservera sa position sur Cie des Alpes En revanche, prudence sur Club Méditerranée et Voyageurs du monde Air France-KLM
fait face Les tensions géopolitiques ont également emporté le secteur aérien. Les compagnies ont décroché en Bourse les 12 et 13 juillet. Le titre Air France-KLM a ainsi perdu 8 % de sa valeur en deux séances. Les investisseurs ne s'inquiètent pas plus que lors du lancement des hostilités en Irak en 2003 des conséquences que pourrait avoir le conflit sur le trafic aérien. Air France-KLM ne réalise que 4 % de son chiffre d'affaires avec le Proche-Orient, et une chute du trafic dans cette zone ne remet pas en cause les perspectives de croissance de son activité pour l'exercice. Et même si le conflit devait s'intensifier, le groupe pourrait faire face. Il en a déjà apporté la preuve. Comme lors de la guerre en Irak et de l'épidémie de Sras en Asie, il devra pour cela ressortir sa batterie de mesures anticrise : réduction massive des capacités en mettant fin à la location de certains avions - Air France-KLM est une des rares compagnies à louer un tiers de sa flotte -, suspension des embauches et report des livraisons d'appareils. Le sursaut d'inquiétude des investisseurs tient davantage à l'envolée du prix du pétrole. Mais les propos de la direction d'Air France-KLM ont rapidement rassuré le marché. Elle table toujours sur une hausse de son résultat d'exploitation sur l'exercice 2006-2007 (clos fin mars). Et pour cause, la compagnie a déjà couvert une bonne partie de ses approvisionnements pour les prochains exercices, contrairement à British Airways : 82 % de ses besoins pour l'exercice 2006-2007 au prix moyen de 50 dollars le baril, et 44 % de ses besoins pour 2007-2008 à 55 dollars. Et, pour compenser la hausse du prix des achats complémentaires de kérosène, le groupe dispose d'atouts inégalés dans le secteur : économies générées grâce à la fusion, modernisation très avancée de la flotte avec des avions moins consommateurs de carburant, et gains de parts de marchés sur le moyen et long-courrier. La sanction boursière est donc exagérée, la valorisation de la compagnie étant ramenée à des niveaux historiquement très bas : à peine 60 % de ses fonds propres et seulement 8,1 fois les bénéfices estimés de l'exercice en cours N. R. Notre conseil Profiter de la baisse du titre pour acheter dans une optique de long terme Les enseignements des précédents conflits Le conflit actuel au Moyen-Orient n'est pas sans rappeler la genèse du premier choc pétrolier. Petit retour en arrière. Pendant l'été 1973, les pays producteurs de pétrole alertent les grandes compagnies. Teneur du message : l'accord de Téhéran de 1971, qui fixe les conditions de prix dans la région du Golfe, doit être revu de fond en comble. Surtout, le 6 octobre 1973, jour du Yom Kippour, l'Egypte et la Syrie lancent une attaque contre Israël, afin que l'Etat hébreu évacue les territoires arabes occupés depuis 1967. La guerre du Kippour est commencée. Le 16 octobre, les principaux pays du Golfe décident alors d'augmenter de 70 % le prix du baril, qui passe à 5,12 dollars. Avant d'être porté à 11,65 dollars, la veille de Noël. Pour les pays occidentaux qui ont fondé leur croissance sur l'énergie à bon marché, c'est le premier choc pétrolier. Fin 1974, Paris a perdu plus de 30 %. Mais le rattrapage commence... Dès que le canon tonne, la Bourse offre, pour celui qui sait garder son sang-froid, une fenêtre d'entrée. Car, lorsque les hostilités entrent dans leur phase terminale, les marchés dépassent leurs niveaux d'avant le conflit. Comme on peut l'observer à la lumière de cinq conflits majeurs : la Seconde Guerre mondiale et les guerres de Corée, d'Indochine, d'Algérie et du Vietnam. De fait, le marché a gagné 450 % entre septembre 1939 et août 1944, 120 % durant la guerre d'Indochine et 194 % pendant la guerre d'Algérie. Wall Street a perdu 14 % dans le mois qui suivit l'envoi de troupes américaines au Cambodge, le 30 avril 1970, et a rebondi de 23,7 % six mois après la crise. Avec l'éclatement de la guerre de Corée, le 25 juin 1950, New York céda 12 % au cours des deux premières semaines, avant d'avancer de 23,4 % au cours du semestre suivant. Ce comportement des marchés donne donc du poids au dicton, teinté, il est vrai, d'un certain cynisme : « Acheter au son du canon et vendre au son du violon. » La guerre du Golfe n'a pas fait exception. Lorsque Saddam Hussein proclame l'annexion du Koweït, le 2 août 1990, pour en faire la 17e province de l'Irak, la réaction des marchés ne se fait pas attendre. Le prix du brut flambe, faisant craindre un nouveau choc pétrolier. Et les places s'effondrent en prenant des allures de krach. Le 23 août, Paris connaît l'une des liquidations les plus douloureuses de son histoire avec un recul de 21,9 %. Ensuite, le CAC fluctue au rythme des nouvelles de la région jusqu'à l'offensive des Alliés, le 17 janvier. Très vite, le scénario de la « guerre éclair » prend corps. Soulagé, tout le monde achète ou se rachète. A la clôture, l'indice vedette établit un record à la hausse en s'envolant, en une séance, de 7 %. Neuf mois plus tard, ce conflit n'est plus qu'un mauvais souvenir : les actions françaises ont regagné 24 %. On pourrait multiplier les exemples. Si l'histoire ne se répète pas, au moins ne manque-t-elle pas d'enseignements ! G. B. Le risque d'une récession généralisée ne doit pas être écarté Une crise au Proche-Orient est toujours négative pour les marchés actions. Les deux derniers conflits d'envergure dans la région (la guerre des Six-Jours en 1967 et celle du Kippour en 1973) ont provoqué des récessions mondiales, car le pétrole avait été pris en otage. Aujourd'hui, il existe un danger inflationniste réel à court terme avec l'envolée des prix du baril de brut. Et, à moyen terme, un pétrole cher représente une telle ponction sur les revenus des ménages mondiaux que le risque d'une récession généralisée ne doit pas être écarté. Dès lors, les banques centrales doivent réussir à juguler cette inflation, sans toutefois augmenter trop fortement leurs taux pour ne pas briser l'économie, sinon les marchés actions en pâtiront. Plus que jamais, le jeu d'équilibriste des banquiers centraux est à haut risque. C'est d'ailleurs devant ce constat que nous avons décidé, depuis début juin, d'être plus prudents sur les marchés actions. Devant de telles incertitudes, l'investisseur doit être en position d'attente. Je ne recommanderais pas d'acheter des obligations, qui nous semblent aujourd'hui correctement valorisées, mais plutôt de conserver sa trésorerie. Dans les actions, j'éviterais de me positionner sur les matières premières. Certes, lorsque les craintes géopolitiques apparaissent, ce secteur est celui qui grimpe le plus vite en Bourse. Mais cette classe d'actifs est aussi la plus risquée et la plus volatile. Si le conflit actuel se résout dans de brefs délais, les valeurs liées aux matières premières retomberont tout aussi rapidement. Nous restons surtout persuadés qu'une bulle s'est formée autour de ce thème et qu'elle devrait commencer à se dégonfler d'ici à la fin de l'année. Aujourd'hui, dans un contexte de ralentissement économique, qui pourrait être accentué par le conflit actuel, je recherche plutôt des secteurs peu dépendants au cycle et qui affichent des valorisations raisonnables, comme l'agroalimentaire, la distribution ou la pharmacie Propos recueillis par F. C. Le message de l'analyse technique Dans La VF n° 3184, nous avions commencé à définir les différents seuils de repli possibles pour le CAC 40. Pour étayer cette argumentation, nous nous étions surtout servis des vagues d'Elliott et des ratios de Fibonacci. Nous n'étions pas absolument sûrs que la vague 4 soit achevée, et les ratios de Fibonacci donnaient un seuil de baisse compris entre 4 615,99 et 4 165,57 points (niveaux indiqués sur notre graphique). Un mois plus tard, un voile semble se lever : la remontée de l'indice (plus haut de 4 989,29 atteint lors de la séance du 10 juillet) nous permet de tracer un nouveau canal baissier (R2-S2) délimité actuellement par une résistance à 4 978 points et un support à 4 517. A moyen terme, l'évolution de l'indice dépendra de la solidité de la droite de support ascendant S1 (4 635 points) : si ce point était perforé, les risques de tester S2 seraient élevés, mais il y aurait alors de fortes probabilités pour que la vague baissière 4 (décomposée en trois sous-vagues) soit achevée. S'ouvrirait ensuite une nouvelle vague haussière 5, qui dépasserait au moins le sommet de la vague 3 (5 329,16 points). |
Gérard Blandin |
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