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Comment rebondir après la baisse
La Vie Financière N°3222 / Vendredi 09 Mars 2007 / Catégorie : Bourse

les places internationales, qui se sont effondrées après des mois de hausse ininterrompue, se relèvent doucement de leurs excès à la baisse. Mais la volatilité est de retour. Quelques pistes pour traverser le gros temps.


Ouf ! Après cinq jours de correction, les investisseurs ont repris leur souffle à la Bourse de Paris. En deux séances, le CAC 40 a regagné 1,3 %. Un rebond qui ne permet toutefois pas d'effacer les pertes accumulées les jours précédents. Petit retour en arrière sur les événements de la semaine écoulée. Après avoir atteint un plus-haut sans précédent depuis six ans, l'indice parisien n'a pas résisté à l'effondrement de l'ensemble des places mondiales (voir ci-contre), dans le sillage de la Bourse de Shanghai. Une forte correction qui a surpris par sa rapidité et son ampleur. En l'espace de cinq jours, le CAC 40 s'est replié de 8,1 %, au plus bas en séance... et la chute de la Bourse chinoise a bon dos. Plusieurs facteurs ont contribué à ce renversement de tendance : statistiques économiques américaines décevantes, évocation par Alan Greenspan, ex-patron de la Fed, d'une possible récession fin 2007 aux Etats-Unis, débouclages massifs de positions spéculatives par les hedge funds (lire page 8)... Des explications, dont aucune n'est convaincante, qui font dire à de nombreux spécialistes que ce repli était nécessaire compte tenu de marchés d'actions largement surachetés. En effet, la Bourse de Paris a gagné 25 % en l'espace de huit mois. Pour autant, la dégradation pourrait se poursuivre à court terme. D'autant qu'elle rappelle au bon souvenir des investisseurs la crise traversée au printemps 2006. Au cours de cette période, l'indice CAC 40 avait décroché de 13 % par rapport à ses plus-hauts entre début mai et la mi-juin. Cette correction s'était produite en plusieurs phases. Après une reprise fragile dans un premier temps, l'indice n'avait retrouvé ses niveaux d'avant le minikrach qu'au bout de quatre mois.

Si les explications invoquées aujourd'hui semblent autant de prétextes à une consolidation, certains éléments ne peuvent être ignorés et tendent à démontrer que la correction n'est peut-être pas terminée. « Les manifestations de cette crise confirment l'idée d'une remontée de l'aversion pour le risque », constatent les spécialistes de La Française des placements. En premier lieu, le recul généralisé des actions s'est opéré dans des volumes de 50 à 100 % supérieurs à la moyenne, et il a entraîné la rupture d'importants supports graphiques. Deuxièmement, ces mouvements se sont accompagnés d'une nette augmentation de la volatilité. Enfin, un mouvement de flight to quality s'est opéré au profit des obligations d'Etat. « La volatilité devrait persister encore quelques semaines, jusqu'à ce que les incertitudes concernant la contagion éventuelle de la crise hypothécaire, l'inflexion des bénéfices des sociétés et l'avenir de la politique monétaire aux Etats-Unis soient levées », relève par ailleurs Groupama Asset Management.

« Nous entrons dans une phase plus délicate pour les marchés d'actions, qui devrait se caractériser par un essoufflement de la dynamique bénéficiaire », constate pour sa part Eric Tazé-Bernard, directeur de la multigestion à Invesco Asset Management. En effet, à court terme, le marché manque de catalyseur pour rebondir réellement. Contrairement à 2006, où les prévisions de croissance bénéficiaire étaient à deux chiffres pour la quatrième année consécutive, elles ne s'établissent plus cette année qu'à 8,6 %. Un soutien d'autant moins solide que la tendance relative aux anticipations bénéficiaires est plutôt orientée à la baisse.

Cependant, deux stratégies peuvent être adoptées en attendant la fin de la consolidation : faire le dos rond ou réallouer une partie de son portefeuille sur des segments de la cote ou sur des thèmes d'investissement porteurs, afin d'amortir une nouvelle baisse du marché.


Des portefeuilles à ajuster


Sans céder à la panique, il convient de faire le tri dans son portefeuille pour traverser cette période de gros temps dans de bonnes conditions. Nous avons passé la cote au peigne fin et établi une liste de valeurs dont la résistance n'est plus à prouver. A l'inverse, nous déconseillons certains compartiments ou titres très chahutés lors de phases de baisse.


Gare aux cycliques

Même si les prétextes à la correction ont été nombreux, c'est surtout le ralentissement de l'économie américaine qui a marqué les esprits. Atterrissage en douceur ou chute brutale de la croissance ? Les investisseurs devraient rester focalisés sur cette question au cours des prochaines semaines (lire encadré ci-dessus). Dans ces conditions, la prudence reste de mise sur les valeurs cycliques et les matières premières. Ces deux compartiments du marché, particulièrement sensibles à la conjoncture, devraient être plus vulnérables que le reste du marché en cas de nouvel accès de faiblesse des actions. Nous recommandons également la prudence sur les valeurs de croissance. Comme indiqué plus haut, la dynamique bénéficiaire des quatre dernières années tend à s'essouffler. En cas d'alerte sur la croissance économique américaine, la répercussion sur ce type de valeurs sera immédiate. Prudence également sur les small caps. Si l'indice CAC Small 90 n'a reculé que de 5 % dans la tourmente, ces valeurs pourraient faire les frais d'une poursuite du mouvement de défiance sur le marché. « Le compartiment des valeurs moyennes nous paraît vulnérable à court terme », confirme Régis Lefort, directeur de la recherche chez Gilbert Dupont. « Il pourrait faire l'objet de dégagements plus appuyés car sa liquidité, même si elle s'est améliorée ces dernières années, reste un point faible dans un marché en fort repli. Comme chaque fois en période d'incertitude, les valeurs moyennes pourraient dégager une performance inférieure à celle des grandes capitalisations, plus liquides.


Jouer la visibilité

Si, dans un premier temps, aucune valeur n'a échappé aux turbulences, le marché baissant d'un seul bloc étant donné la rapidité du mouvement, la raison a, au bout du compte, repris le dessus. Les boursiers ont peu à peu réalloué leur portefeuille en fonction de thèmes d'investissement reconnus pour leur rôle de parachute à la baisse. Plus que jamais, la visibilité sur l'activité et les résultats ainsi que les classiques valeurs défensives arrivent en tête des critères à privilégier.

Par ailleurs, le critère du rendement devrait reprendre du poids. D'autant plus que, compte tenu de la qualité du millésime 2006, certains groupes promettent d'être particulièrement généreux avec leurs actionnaires. Les entreprises familiales, réputées pour leur stratégie axée sur la performance à long terme, sont, elles aussi, mieux armées que d'autres pour traverser les turbulences. Autant de raisons pour investir dans des actions tel Air liquide (« la » valeur qui affiche traditionnellement une croissance récurrente à deux chiffres de son résultat net année après année, quelle que soit la conjoncture), Danone (un bon positionnement sur trois segments de marché dynamiques, dans de nombreuses zones géographiques, offre un profil défensif et de croissance), Essilor (ses belles marges et des besoins mondiaux colossaux lui assurent une excellente visibilité), Neopost (croissance régulière de l'activité et de la marge opérationnelle conjuguée à une bonne visibilité), L'Oréal (la progression à deux chiffres du bénéfice net par action est toujours au rendez-vous), Pernod Ricard (une bonne gestion alliée à des marques de haut de gamme assure la progression régulière des bénéfices), Vinci (la récurrence des cash-flows offerte par les métiers de concession en fait une bonne valeur de fond de portefeuille). Pour le rendement, il convient de ne pas oublier France Télécom, PagesJaunes, M6, Natixis, Spir Communication, Crédit agricole, Vivendi, ou encore Maroc Télécom...


Soutien des OPA

Au-delà de ces aspects fondamentaux, il faut prendre en compte les situations spéciales. Ainsi, à contre-courant du marché, l'action Carrefour affiche une performance nettement positive de 8,8 % sur la période. Les rumeurs récurrentes de LBO sur le groupe de distribution ont soutenu la valeur, avant que Colony Capital et Groupe Arnault n'annoncent avoir pris une participation de près de 10 % dans le capital. Consacrer une partie de son portefeuille aux valeurs opéables permet donc d'amortir la baisse du marché. Déjà grand thème d'investissement en 2006, les fusions-acquisitions ne sont pas près de s'essouffler. L'environnement reste favorable à ce type d'opérations, compte tenu d'un niveau de liquidités et de taux d'intérêt toujours très bas. De leur côté, les sociétés affichent toujours des bilans sains et des niveaux de cash-flow élevés. Les dossiers sont nombreux : Saint-Gobain, Vinci, ADP, Vivendi, Altadis, Suez...

Nous pensons toutefois que la correction devrait rester limitée. D'autant que la baisse des derniers jours a été particulièrement importante et s'est concentrée sur une période assez courte. Par ailleurs, les marchés devraient continuer à profiter de liquidités abondantes, des mouvements de fusions-acquisitions et d'une croissance économique soutenue dans les pays émergents



Des statistiques sous surveillance

Les investisseurs devront être attentifs à une batterie d'éléments et de statistiques. Les analystes de JP Morgan ont décelé cinq facteurs pouvant entraîner une plus grande aversion pour le risque actions : une poursuite de la correction sur les marchés émergents, une appréciation du yen et l'arrêt consécutif des opérations de portage, une intensification du ralentissement américain entraînant une augmentation de l'inversion de la courbe des taux longs, des dégradations de prévisions de résultats ou une remontée des cours du pétrole. Autant d'incertitudes qui, à court terme, pourraient trouver un début de réponse. Ainsi, les investisseurs devraient porter leur attention sur les déclarations des responsables des grandes banques centrales américaine et européenne. Ce mercredi, la Réserve fédérale publiait son Livre beige, document servant de base aux prises de décisions de la banque centrale américaine relatives à sa politique monétaire. Après les craintes inflationnistes, c'est maintenant le spectre du ralentissement qui plane. La question cruciale est de savoir si Ben Bernanke, patron de la Fed, sera assez réactif pour faire face à cette situation. Autre grand rendez-vous monétaire plus près de chez nous, la réunion mensuelle de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi 8 mars, suivie de l'intervention très attendue de Jean-Claude Trichet, son patron. Mais ce sont encore les Etats-Unis qui occuperont le devant de la scène en fin de semaine, avec les statistiques sur l'emploi en février. A n'en pas douter, les éléments concernant la correction immobilière outre-Atlantique seront également examinés de près par les marchés au cours des prochaines semaines.

P. DF.

L'or fragilisé par la spéculation

Le statut de valeur refuge de l'or aurait-il fait son temps ? Dans le contexte actuel de baisse généralisée des marchés, il semble que oui. En cinq séances, le prix de l'once d'or a en effet dégringolé de 50 dollars, soit une baisse de 7,3 %, pour franchir à la baisse, le 5 mars, le seuil de 640 dollars. La faute au carry trade sur le yen, selon les experts. Une technique financière qui consiste à emprunter de l'argent peu cher, comme au Japon où les taux d'intérêt sont bas, et à le placer sur des actifs à rendement élevé, comme l'or actuellement. « Un des problèmes de fond, dans l'or, reste la spéculation », confirme Jean-Bernard Guyon, directeur de Global Gestion et spécialiste des matières premières. La très forte correction enregistrée au mois de mai 2006, après le pic atteint par le métal précieux, à 730 dollars l'once, puis la remontée des cours à l'automne, étaient déjà le fait de spéculateurs. La tendance de fond, pour 2007, reste positive, selon les experts. L'importante volatilité qui caractérise actuellement le marché de l'or devrait toutefois rester la norme au cours des prochains mois. A défaut de pouvoir encore qualifier l'or de valeur refuge, on pourra se consoler en affirmant qu'il reste une belle valeur de diversification de portefeuille.

R. G.

Une correction généralisée

Performances des indices du 26.2. au 6.3.2007

Dow Jones - 3,36 %

S & P 500 - 3,7 %

Nasdaq - 4,8 %

CAC 40 - 5,65 %

Euro Stoxx - 6, %

Nikkei - 7,5 %

Sources : Euronext, Dow Jones, Nasdaq.

Les plus fragiles et les plus résistants du SBF 250

Performances du 26.2 au 6.3.2007

Altran Technologies - 12,34 %

Soitec - 12,2 %

Euro Disney - 11,11 %

Nextradiotv - 11,01 %

Scor - 10,85 %


Carrefour + 8,76 %

Chargeurs + 2,26 %

Cegedim + 1,62 %

Alain Afflelou SA + 1,12 %

Affine + 0,62 %


Source : Euronext


Perrine Delfortrie et Xavier Diaz
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