Archives
| Comment limiter l'inflation des rémunérations |
| La Vie Financière N°3215 / Vendredi 19 Janvier 2007 / Catégorie : Stratégie |
Les plafonds de salaires devraient être fixés par les actionnaires
dans le cadre des statuts de chaque société, les organisations patronales
s'en tenant à recommander le respect de principes. |
|
Une fois de plus, les organisations patronales (le Medef et l'Afep - l'association des grandes sociétés cotées privées) ont émis des recommandations visant à introduire plus de transparence et de modération dans les rémunérations des grands patrons. Il faut dire qu'après l'émotion suscitée dans l'opinion publique par la révélation de la rémunération du PDG de Vinci et la suspicion de délit d'initié des dirigeants d'EADS, à l'origine de la dénonciation des « patrons voyous » par les politiques, il était grand temps que les patrons réagissent. Mais, si ces recommandations vont plus loin que celles émises en 2003, après les rapports Viénot I (1995) et II (1999) et le rapport Bouton (2002), elles se bornent encore à énoncer des principes à respecter par les conseils d'administration sans fixer de plafond aux rémunérations, ne serait-ce qu'en valeur relative. Or il y a fort à craindre que l'on constatera toujours des abus tant qu'on ne fixera pas de limites. Difficile pour les administrateurs de s'opposer à l'appétit des dirigeants De son temps, Ford considérait que le salaire d'un patron ne devait pas être plus de 40 fois plus élevé que le salaire moyen de l'entreprise, et il s'appliquait cette règle à lui-même. Maintenant, l'écart des rémunérations est plus près de 400 fois le salaire de base que de 40. L'inflation des rémunérations est constante, en tous pays. Dernier scandale en date : la cagnotte de 210 millions de dollars emportée à son départ par le patron de Home Depot aux Etats-Unis - soit plus de 10 fois l'indemnité finalement refusée à Jean-Marie Messier en 2002 ! Il faut en conclure que la fixation des rémunérations par les comités de rémunération (comités spécialisés du conseil d'administration) ne permet pas d'éviter les abus. Et il est facile de comprendre pourquoi. Dans la pratique, rares sont les administrateurs capables de s'opposer à l'appétit des dirigeants. Le système actuel repose sur la fiction que les administrateurs sont les représentants des actionnaires et sont indépendants. Certes, en théorie, ils le sont et certains s'emploient à l'être en toutes circonstances, quitte à s'opposer aux dirigeants. Mais tous ne sont pas aussi vertueux. Et, soit par consanguinité (d'écoles, de clubs ou autres réseaux), soit parce qu'ils tiennent à leur mandat, ils font preuve d'une générosité coupable au bénéfice des dirigeants avec l'argent des actionnaires - qui n'est d'ailleurs pas le leur quand il s'agit d'administrateurs dits « indépendants ». C'est se bercer d'illusions de croire que les conseils peuvent jouer le rôle de contre-pouvoir en matière de rémunération des dirigeants. Des limites de salaires inscrites dans les statuts De là à prétendre qu'il faut légiférer, il y a un grand pas qu'il n'est ni utile ni nécessaire de franchir car il existe une autre solution qui consisterait à confier cette tâche délicate aux actionnaires, qui, après tout, sont les payeurs. Mais attention ! Cela ne signifie pas qu'il faille demander aux assemblées générales de fixer le montant des salaires, primes, retraites et bonus. Cela donnerait lieu sans nul doute à des débats démagogiques et contre-productifs. En revanche, il serait tout à fait concevable de demander aux actionnaires de fixer des limites relatives aux rémunérations (en multiples du salaire de base par exemple) et d'inclure ces limites dans les statuts de la société. Cela permettrait d'éviter les abus tout en donnant de la souplesse au système. Il n'est nul besoin, bien au contraire, que l'échelle des rémunérations soit la même quel que soit le degré de maturité de l'entreprise ou quel que soit son secteur d'activité. Il est des sociétés où les talents constituent l'essentiel de la valeur de l'entreprise et il faut pouvoir les attirer et les retenir. Outre sa souplesse, un tel système présenterait l'avantage d'être transparent a priori. L'un des défauts majeurs du dispositif actuel est en effet que les rémunérations ne sont révélées qu'a posteriori et que les actionnaires, satisfaits ou non, ne peuvent plus rien y changer |
colette neuville |
Copyright © La Vie Financière. Tous droits réservés. |
Toutes les archives /
Retour




