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Comment les analystes financiers peuvent-ils retrouver leur crédibilité ? Pour...
La Vie Financière N°3082 / Vendredi 02 Juillet 2004 / Catégorie : L'entretien

Pour la première fois, le bureau de recherche de la Société générale termine en tête du classement Extel établi par Thomson Financial pour les valeurs françaises. Son directeur, Patrick Legland, également président de la commission de déontologie de la Société française des analystes financiers (Sfaf), revient sur le problème de l'indépendance des analystes après les multiples scandales financiers. Cet ancien de Paribas et d'UBS Warburg parle de l'évolution de son métier et mise sur une poursuite de la concentration dans le courtage et l'analyse. Patrick Legland dévoile enfin la dernière mouture de la stratégie de la Société générale et évalue l'impact de l'arrivée des nouvelles normes IFRS sur les marchés.
 
Patrick Legland
 

Ces dernières années, les scandales financiers ont mis en évidence le manque d'indépendance des analystes par rapport aux banquiers d'affaires d'un même établissement. Comment gérez-vous ce problème à la Société générale ?

Quand j'ai été nommé à la tête de la recherche, il y a seize mois, les règles de déontologie de SGCIB étaient déjà en place. Nous avons des règles très simples et très strictes qui garantissent l'absolue indépendance de la recherche vis-à-vis de la banque d'affaires. De plus, nous bénéficions d'un soutien sans faille de la direction de SGCIB afin que ces règles soient strictement respectées. Au sein de la société de Bourse, nous avons également mis fin à notre activité de trading sur fonds propres, pour éviter tout conflit d'intérêts avec l'activité de courtage pour le compte de nos clients. De toute façon, il faut bien comprendre que l'indépendance est un élément clé pour que la recherche d'un broker soit reconnue par les investisseurs. Et la meilleure preuve que la nôtre est bien réelle aujourd'hui, c'est que, sur les 530 valeurs suivies à travers l'Europe, nous avons à peu près autant de conseils à l'achat, à conserver et à la vente.

Derrière ces conflits d'intérêts, se pose la question du financement de la recherche. Qui doit la payer ?

Pour bien comprendre la situation, il faut revenir sur le modèle économique du courtage : 20 % des investisseurs génèrent 80 % des commissions. Or, chaque trimestre, les sociétés de gestion notent les analystes des courtiers, et, en fonction de ces notes, elles répartissent leurs commissions entre les différents brokers. Le premier souci des vendeurs est donc de respecter la recherche. C'est pourquoi le modèle actuel, qui consiste à financer celle-ci avec les commissions de courtage, me paraît toujours adapté.

Les règles déontologiques édictées par la Sfaf sont-elles suffisantes ?

Les règles de la Sfaf, qui existent depuis longtemps, sont tout à fait claires et nettes. Elles ont été remodelées en 2003, mais les principes de base régissant la déontologie des analystes étaient déjà strictement définis.

On assiste à un vaste mouvement de concentration dans le courtage et l'analyse. Va-t-il se poursuivre ?

Pour survivre dans ces métiers, il faut soit avoir la taille critique, soit être un acteur de niche. Entre les deux, le positionnement est difficile. C'est pourquoi la concentration n'est certainement pas arrivée à son terme.

Justement, comment mesurer la taille critique dans la recherche ?

Elle s'estime en fait par secteurs d'activité au niveau européen. Pour chaque secteur suivi, il faut avoir à la fois les compétences en matière d'expertise et d'expérience ainsi qu'un nombre adapté d'analystes. Chacun d'eux ne doit pas suivre plus de sept à huit valeurs en moyenne. Nous avons ainsi mis systématiquement sur chaque secteur un nombre suffisant d'analystes seniors, ces derniers disposant le plus souvent d'une formation spécifique au secteur (doctorat en médecine ou biochimie, ingénieur, etc.) ou d'une expérience industrielle.

Certains doutent de la possibilité de rentabiliser la recherche sur les valeurs petites et moyennes. Qu'en pensez-vous ?

Le suivi des valeurs moyennes fait partie d'un service global pour les investisseurs. En outre, il est possible qu'il soit en partie rémunéré par des commissions de courtage sur les grandes valeurs. Pour notre part, notre recherche small caps, qui suit 190 valeurs de moins de 3 milliards d'euros de capitalisation boursière, est rentable.

Les analystes font relire leurs études aux entreprises. Celles- ci ne sont-elles pas tentées alors de faire pression ?

Transmettre la note à la société avant publication permet d'éviter des erreurs factuelles mais ne porte en aucun cas sur l'opinion de l'analyste. Si des sociétés tentaient de faire pression, des règles strictes d'indépendance et de déontologie s'appliqueraient.

Que pensez-vous des normes comptables IFRS applicables dès l'an prochain ?

Nous sommes globalement positifs (moins pour les valeurs financières) car ces normes vont homogénéiser des règles qui sont aujourd'hui très différentes d'un pays européen à l'autre. Elles se rapprocheront également des normes comptables en vigueur outre-Atlantique, ce qui permettra une meilleure comparaison entre les comptes des sociétés européennes et américaines. En outre, ces normes devraient entraîner une réduction de la prime de risque entre les deux continents et ainsi une diminution, à terme, de la décote des valeurs européennes. Du côté des points négatifs, les normes IFRS créeront beaucoup plus de volatilité dans les résultats des entreprises. Sans compter qu'il risque d'y avoir désormais de grandes différences entre les prévisions des analystes et les chiffres publiés par les sociétés.

Quel en sera l'impact, à court terme, sur le marché ?

L'arrivée des normes IFRS devrait accentuer la volatilité jusqu'au premier trimestre 2005, car elle va entraîner une augmentation du bêta [NDLR : sensibilité des actions aux mouvements du marché], qui va ensuite diminuer. Les secteurs a priori les plus affectés seront ceux qui sont les plus exposés aux variations des monnaies et à celles des taux d'intérêt. C'est le cas notamment des industries très exportatrices comme le luxe ou l'aéronautique. Banques et compagnies d'assurances devraient aussi être largement pénalisées, même si, pour le moment, les règles en la matière font encore l'objet de débats. En revanche, dans des secteurs comme la pharmacie ou certains pans de la technologie, l'impact sera limité. Pour les autres entreprises, ce sera au cas par cas. Pour Peugeot par exemple, l'effet sera positif.

SG Equities vient de mettre à jour sa liste de valeurs privilégiées en Europe. Quelles sont les sociétés françaises qui trouvent le plus grâce à vos yeux ?

Pour les mois à venir, les actions resteront le meilleur support d'investissement. Certes, la hausse des taux et les incertitudes géopolitiques pourraient peser sur les marchés, mais leur impact sera plus que compensé par la croissance élevée des résultats des entreprises. Notre stratégie table sur un aplanissement de la courbe des taux. C'est pourquoi nous adaptons notre stratégie sectorielle. Nous dégradons notre recommandation sur les secteurs construction, boisson, alimentation et tabac. En revanche, les secteurs de l'aéronautique-défense et des hôtels-restaurants-loisirs devraient profiter de ce contexte. Parmi les valeurs françaises, nous privilégions Accor, Alcatel, Axa, Lagardère, Renault et Vinci


Propos reccueillis par FRÉDÉRIC CAZENAVE et RODOLPHE PHILIPPON
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RODRIGUEZ GROUP RODRIGUEZ GROUP : 2.12€  (+42.81%) 3€
+42.81%
GEMALTO GEMALTO : 16.60€  (+7.08%) 17.69€
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ALLIANZ SE ALLIANZ SE : 67.51€  (+6.46%) 71.21€
+6.46%
BOURBON BOURBON : 22.17€  (+5.05%) 23€
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SECHE ENVIRONNEM. SECHE ENVIRONNEM. : 45.58€  (+4.70%) 47.31€
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NATIXIS 1.35€
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HERMES INTERNATIONAL 94.5€
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ZODIAC 28.5€
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ALSTOM 40.56€
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