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| Comment faire « plop » au pays des Bataves |
| La Vie Financière N°3224 / Vendredi 23 Mars 2007 / Catégorie : Editorial |
Le mariage annoncé dans la banque entre Barclays et ABN Amro est pour le moment géré avec habileté, même s'il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Un cas à méditer pour les entreprises françaises. |
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Jeter des cailloux dans l'eau. A l'évidence, il vous est déjà arrivé de vivre cette prodigieuse expérience. Et, dès lors, il ne vous a pas échappé que, en fendant l'élément liquide, certains produisaient un « plouf » du plus mauvais effet, alors que d'autres émettaient un « plop » de meilleure facture. Des scientifiques, spécialistes des nanostructures et de la matière condensée, se sont penchés sur ce curieux phénomène et viennent de publier leurs résultats dans la très sérieuse revue Nature Physics. Leurs conclusions : le son émis dépend certes de la vitesse d'impact et de la dimension de l'objet, mais tout autant du revêtement de la surface et de ses microscopiques cavités d'air. En matière de fusions, on pourrait dresser le même constat. Il suffit que des poches de résistance se forment pour qu'une opération fasse « plouf », comme on a pu le constater dans le mariage avorté entre Suez et GDF (même si, en l'espèce, ces poches ne relevaient pas du microscopique). Alors qu'une fusion parfaitement polie - au sens propre comme au sens figuré - a toutes les chances de faire « plop », c'est-à-dire de rencontrer le succès sans produire d'excessives manifestations sonores. A l'image du mariage annoncé entre Barclays, troisième banque britannique, et ABN Amro, premier établissement néerlandais, donnant naissance au numéro deux européen. Première règle à observer : la vitesse d'exécution. Alors que les rumeurs commençaient à se propager dimanche à la suite d'un article du Sunday Telegraph, les deux protagonistes se sont fendus d'un communiqué dès lundi soir pour expliquer qu'ils menaient des « discussions préliminaires exclusives concernant la combinaison potentielle » de leurs activités. Cela nous change des propos lénifiants du type de ceux tenus récemment par Artémis, le holding de François Pinault, au sujet de Suez : « A ce jour, aucune décision concernant l'éventualité d'une offre n'a été prise et toutes les options restent ouvertes... » Aller vite permet aussi de couper l'herbe sous le pied des fonds dits activistes comme TCI, qui ne cessaient de pousser la banque néerlandaise à « un démantèlement, une scission, une vente ou une fusion ». Deuxième règle : se présenter en chevalier blanc. Rien de tel, en effet, qu'une offre de nature amicale pour faciliter les échanges. En fusionnant avec Barclays pour créer le cinquième groupe mondial, riche d'une capitalisation de 120 milliards d'euros, ABN Amro se met de facto à l'abri d'un éventuel prédateur. Troisième règle : savoir faire des concessions. En mettant de côté leur ego, les deux protagonistes sont vite tombés d'accord sur une répartition des rôles : le siège de la nouvelle entité à Amsterdam (pays de l'absorbé), avec un premier président désigné par ABN Amro et un premier directeur général par Barclays. En contrepartie, l'entité sera de droit britannique et cotée principalement à Londres. Fait (rare) qui ne trompe pas : à la reprise des cotations, les deux titres progressaient sensiblement en Bourse. Certes, l'affaire n'est pas encore pliée, mais elle en prend le chemin. Un cas à méditer pour les entreprises françaises |
Gérard Blandin |
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