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| Comment faire des affaires avec Vincent Bolloré |
| La Vie Financière N°3150 / Vendredi 21 Octobre 2005 / Catégorie : Bourse |
LE MARCHE salue l'habileté du financier. Les titres de ses holdings flambent. Après ses bons investissements dans Vallourec et Mediobanca, il devient incontournable dans les médias, avec ses participations dans Havas et Aegis. |
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Dans le jardin de Vincent Bolloré, les arbres montent-ils jusqu'au ciel ? Ses principaux holdings, Bolloré Investissement et Financière de l'Odet, s'apprécient cette année respectivement de 105 et 119 % ! Pareil engouement peut-il durer ? La hausse de ces titres repose tout d'abord sur la progression de la valeur du patrimoine du groupe. Depuis fin 2004, l'actif net réévalué par action Bolloré Investissement est passé d'environ 110 à 150 euros aujourd'hui (3,45 milliards d'euros). Celui de son holding de contrôle, Financière de l'Odet, est passé d'environ 220 à 360 euros aujourd'hui (2,37 milliards). Cette revalorisation s'explique notamment par la progression de la valeur des participations financières, avec au premier rang Vallourec (+ 260 % depuis le début de l'année) et Mediobanca (+ 40 %), conjuguée à la structure de bilan très favorable de ces holdings : ils disposent en effet d'un endettement dont le coût est nettement inférieur à l'accroissement de la valeur des participations. Ensuite, séduits par les choix d'investissement pertinents de Vincent Bolloré, les investisseurs ont progressivement accepté de mieux valoriser ces deux holdings, dont la décote n'est plus désormais que de 19 % pour Bolloré Investissement et de 33 % pour Financière de l'Odet, contre respectivement 40 et 50 % il y a un an. Cette dynamique peut-elle se poursuivre ? S'il est risqué de spéculer sur l'évolution future de la décote, en revanche on ne peut que constater l'habileté de Vincent Bolloré à manoeuvrer pour valoriser au mieux son patrimoine dans la durée. La sortie en cours de la Navale Delmas pour 600 millions de dollars, dans une conjoncture propice à en tirer le meilleur prix, le prouve. Nul doute, également, que l'homme d'affaires ait poussé l'allemand Salzgitter à vendre à Vallourec les 45 % qu'il détenait dans la principale filiale de ce dernier, V&M Tubes. Une opération qui a fortement contribué à la hausse de l'action Vallourec cette année ! Et son influence n'est pas non plus étrangère aux bonnes performances de Mediobanca depuis deux ans. Quant aux manoeuvres actuelles autour du britannique Aegis, l'un des derniers poids moyens de la publicité en Europe, elles traduisent là encore la capacité de Vincent Bolloré à se positionner au bon endroit et au bon moment. Bolloré Investissement détient, selon ses dernières déclarations, 19,1 % d'Aegis, alors qu'il contrôle toujours, par ailleurs, 23,2 % d'Havas. Quelles sont ses intentions ? En fait, il renforce ses positions dans Aegis en vue de se rendre incontournable dans la perspective d'une nouvelle consolidation du secteur. Aegis intéresse, en effet, ses grands concurrents, comme Publicis et WPP. Le groupe français a d'ailleurs négocié avec le britannique, avant de jeter l'éponge (lire page 32). La position de Bolloré lui permettrait surtout, dans le cas d'une offre, de négocier éventuellement la cession d'un actif stratégique d'Aegis à Havas, revalorisant ainsi ce dernier. S'il n'y parvient pas, il aura tout de même réussi à repousser une prise de contrôle à bas prix d'Aegis, qui sans cela aurait isolé un peu plus le petit Havas. La perspective d'un accord stratégique entre Aegis et Havas resurgirait alors. Avec 20 % du capital d'Aegis, Bolloré bloquerait toute OPA Finalement, il semble que Bolloré ne puisse tirer que profit de son aventure outre-Manche. Quelle que soit l'issue des tractations autour d'Aegis, ses positions dans les deux groupes de médias seront consolidées et, demain, mieux valorisées. Le Breton de Puteaux poursuit d'ailleurs, jour après jour, son ramassage de titres Aegis. Les 20 % du capital du britannique semblent devoir être la prochaine étape. A ce stade, il disposera aisément de la capacité de bloquer toute OPA, selon la réglementation britannique. Et ses moyens lui permettent même d'aller bien plus loin. Après avoir déjà déboursé, selon nos estimations, environ 396 millions d'euros pour acquérir ses 19,1 % (soit un prix de revient voisin de 125 pence par action Aegis), il dispose encore de 240 millions d'euros de trésorerie logés dans Nord-Sumatra Investissements. Et, sans s'endetter davantage - l'endettement net de Bolloré Investissement représente les deux tiers de ses fonds propres -, l'homme d'affaires peut également céder les 17,69 % du capital de Vallourec encore détenus, qui valent en Bourse 750 millions d'euros. En outre, le groupe devrait retirer plusieurs centaines de millions d'euros de la cession de ses activités maritimes au début de l'année prochaine. De quoi voir venir... D'autant que, du côté de ses activités industrielles, les résultats s'améliorent, malgré des développements pour l'instant déficitaires dans les médias (chaînes de télévision et radios) et l'industrie (accumulateurs électriques...). Des pertes largement compensées par les bénéfices des activités de manutention portuaire, de commission de transport et de distribution d'énergie. Que ce soit pour sa gestion industrielle ou ses coups financiers, on peut donc investir sans grand risque dans ce conglomérat, géré par un propriétaire qui veille à ses intérêts d'actionnaire Nord-Sumatra Investissements : un fonds géré par Bolloré Pour accompagner directement l'homme d'affaires dans ses opérations financières, le holding le plus approprié est clairement Nord-Sumatra Investissements, coté à Bruxelles et filiale à 75,3 % du groupe Bolloré. Ceux qui ont suivi notre conseil d'achat,en août 2001 ont, depuis, multiplié leur investissement par 4,5. Grâce à Vallourec, bien sûr, dont le cours a été multiplié par 7 et qui a représenté jusqu'à 95 % du patrimoine de Nord-Sumatra. Aujourd'hui et après distribution d'un dividende de 70 euros par action le 6 octobre, Nord-Sumatra dispose d'un patrimoine de 276 millions d'euros, représentant 798 euros par action, dont 695 de trésorerie. L'action cote aujourd'hui autour de 690 euros, laissant apparaître une décote de 14 % sur la valeur du patrimoine. Certes, la décote est réduite par rapport à son niveau des dernières années (autour de 25 %). Mais l'homme d'affaires a à ce point prouvé sa capacité à valoriser les actifs de cette société que les investisseurs semblent désormais prêts à payer le patrimoine à une plus juste valeur C. D. Conseil : Inutile de se précipiter. Acheter Financière de l'Odet sur repli autour de 210 euros et Nord-Sumatra, sur repli autour de 600 euros |
Christophe Descamps |
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