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| Comment apprécier la dimension sociale et environnementale d'une entreprise ? |
| La Vie Financière N°3052 / Vendredi 05 Décembre 2003 / Catégorie : L'entretien |
Après avoir fondé Arese, qui travaillait déjà dans le domaine de la notation sociale et environnementale, Geneviève Ferone donne un second souffle à cette nouvelle discipline avec l'agence Core Ratings. Son but : apprécier la valeur des entreprises en fonction de leur capacité à s'adapter, à innover, compte tenu des risques et des contraintes auxquels elles sont soumises. Aujourd'hui, de nombreux investisseurs, souvent réunis dans les fonds éthiques, ne se satisfont plus du seul critère de la performance. Ainsi, cette nouvelle manière plus qualitative d'observer l'univers industriel complète à merveille les indicateurs financiers. Le phénomène prend de l'ampleur : aux Etats-Unis 1 dollar sur 8 est géré de façon éthique. |
Geneviève Ferone |
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Pour ce nouveau métier dont vous êtes l'artisan en France, la notation sociale des entreprises, n'y a-t-il pas antinomie entre deux mots qui ne font pas bon ménage : notation et sociale ? Traditionnellement, il y avait un peu d'électricité entre ces deux termes. Mais, aujourd'hui, un vrai besoin se fait jour pour apprécier la valeur des entreprises sous l'aspect social et environnemental. Le marché mais aussi certaines entreprises veulent connaître les contraintes auxquelles elles vont avoir à faire face. En quoi votre métier est-il différent de celui d'une agence de notation financière classique, comme Ficht, dont vous êtes d'ailleurs le pendant au sein du groupe Fimalac, votre maison mère ? Sur le plan de la forme, il n'y en a aucune. On doit mettre en place des procédures rigoureuses d'appréciation. Mais sur le fond, on est dos à dos. La notation financière fait une lecture attentive du passé pour déterminer la solvabilité. La notation sociale évalue, eu égard aux contraintes extérieures (environnement, social...), si l'entreprise encourt des risques à moyen ou à long terme dans son secteur d'activité, d'où l'expression de développement durable ou de développement soutenable. Comment travaillez-vous, concrètement ? Il s'agit d'établir une cartographie des risques et des opportunités de l'entreprise au travers de quatre rubriques qui sont : l'environnement, l'emploi, le sociétal - c'est-à-dire tout ce qui relève des relations avec les clients, les fournisseurs, le législateur, les autorités de concurrence et de tutelle - et enfin la gouvernance d'entreprise. Ensuite, on se livre à un travail de pondération. La clé de la pondération est tout ce qui peut « impacter » la valorisation d'une firme. Cela a-t-il une importance pour l'entreprise dont la finalité est de gagner de l'argent ? Justement, on pointe du doigt les leviers ou les handicaps à la création de valeur que l'on a identifiés, hiérarchisés, qui peuvent apparaître comme des contraintes, compte tenu du secteur d'activité. Sont-ils susceptibles de porter atteinte à la réputation, à l'éthique, à l'attractivité sociale, à l'avantage compétitif de l'entreprise ? Est-ce que cela la met en infraction réglementaire ? Ensuite, on apprécie les mesures mises en place pour y faire face. Et c'est là que le travail de notation proprement dit se fait. Si un risque apparaît et que l'entreprise l'a identifié et maîtrisé, cela peut devenir une opportunité ou un avantage compétitif face à des concurrents qui ne s'y sont pas préparés. Et ce sont des choses qui intéressent fortement l'investisseur. Vos rubriques prêtent le flanc à des interprétations très subjectives. Le social, en effet, reste très subjectif. C'est pour cela que l'on utilise des critères généraux mais bien définis pour ne pas souffrir d'une interprétation à double tranchant. Exemple : une entreprise dont la pyramide des âges est inversée, dans un secteur concurrentiel, court un risque important de déperdition de son savoir-faire et de son attractivité sociale. Autre source de difficultés : le problème de discrimination raciale et sexuelle. Aujourd'hui, c'est un risque élevé, car il y a de plus en plus de procès. Ainsi notre mission sera de mettre en garde, à travers la notation, les entreprises sur le sujet. On le voit, nous devons rester dans le concret, au plus juste. Comment avez-vous défini votre méthodologie ? Vous est-elle propre ? La France est effectivement en pointe. On a lancé le mouvement en 1997 et il n'y a pas beaucoup d'autres agences du type des nôtres à l'étranger. Les pays anglo-saxons ont des agences, mais elles ne font pas de rating comme nous. Ils constituent des bases de données, qui sont en quelque sorte des benchmarks sectoriels sur des problématiques environnementales ou sociales, qu'ils vendent aux investisseurs. Chez Arese puis chez Core Rating, nous avons repris une approche assez classique, inspirée des modèles d'évaluation de la qualité totale et d'évaluation des risques utilisés en audit et en stratégie, que l'on a élargis. Y a-t-il un marché qui justifie votre démarche ? Il commence à y avoir une demande forte de la part des investisseurs qui veulent savoir comment les champs sociaux, environnementaux vont influer sur la valorisation des entreprises. La meilleure façon de savoir comment font les entreprises, c'est de les noter. Votre clientèle est surtout constituée d'investisseurs ? Pas seulement. Il y a les entreprises elles-mêmes, qui reconnaissent l'importance de la notation et qui sonnent à notre porte pour être évaluées. Notre première entreprise à demander une note a été un cimentier, Ciments Calcia, dont la note sera publiée le 12 décembre. Nous venons par ailleurs de remporter un appel d'offres, dont le résultat a été rendu public, avec Aéroports de Paris. Sept autres entreprises nous ont sollicités et ont souhaité garder la confidentialité. Nos clients sont de grosses entreprises, au minimum appartenant au SBF 120, de grosses entreprises publiques ou du CAC 40. A terme, notre business model repose sur des revenus en provenance à 30 % des investisseurs et à 70 % des entreprises. Avez-vous rencontré des patrons qui ne se sentent pas concernés ? Je n'ai jamais rencontré de chef d'entreprise cynique par rapport à ces problèmes. Tous ont une vision assez fine des enjeux en cause. Certains ont une difficulté à les intégrer dans leur stratégie pour des raisons qu'on comprend. Un chef d'entreprise gère une organisation qui a des exigences de compétitivité et de survie à court terme, alors que la réflexion du développement soutenable s'inscrit dans le long terme. Par ailleurs, il est difficile pour un entrepreneur de penser que le mythe de la croissance infinie est écorné et qu'il faut réduire la voilure au terme de seulement cent cinquante ans d'histoire industrielle. Y a-t-il un déficit de réflexion sur le sujet ? Tout ce qui sort sur le sujet est effectivement du weak thinking, comme disent les Anglo-Saxons, de la « pensée faible ». Tant qu'il n'y aura pas un penseur, un Prix Nobel d'économie, pour reformuler des voies dans lesquelles travailler, nous en resterons à des pistes de réflexion insuffisantes. |
Propos recueillis par MICHEL BLANCHOT |
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