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| Chutes ! |
| La Vie Financière N°2889 / Samedi 21 Octobre 2000 / Catégorie : |
L'euro n'est pas un rempart contre les secousses financières venant des Etats-Unis. La preuve est faite. |
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Il faut partir, M. Duisenberg ! Vous n'êtes, bien sûr, pas le seul ni même le principal responsable de la chute de l'euro. Mais, à l'image de la femme de César qui ne doit pas être soupçonnée, le président de la Banque centrale européenne doit être toujours et partout le protecteur de la monnaie unique. Et il ne remplit plus sa mission le jour où ses propos, sa présence même, contribuent à faire plonger la monnaie unique. Comme on a pu le constater dramatiquement cette semaine avec une déclaration au Times de Wim Duisenberg, dont l'énormité gaffeuse laisse pantois. En reconnaissant lundi qu'une intervention des banques centrales du G7 pour soutenir la monnaie unique serait vaine dans le contexte international actuel, le président de la BCE commettait deux incroyables fautes : il violait la règle tacite des banquiers centraux, qui veut qu'on ne parle pas des interventions à faire ou à ne pas faire. Et, surtout, il donnait libre cours aux spéculateurs, qui voyaient se dissiper leurs dernières craintes d'être pris à contre-pied. Le marché ne s'y est pas trompé : aussitôt, l'euro reprenait sa glissade. Comble de l'humiliation pour le maître de l'euro, la rumeur de sa démission le mardi provoqua un rebond de la monnaie unique, vite stoppé par le démenti officiel de la BCE. Bref, Wim Duisenberg n'est plus un facteur de confiance, cet ingrédient immatériel de la monnaie. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : une crise de confiance à l'égard de la monnaie unique. Outre qu'elle encourageait la croissance, la faiblesse de l'euro vis-à-vis du dollar n'avait rien de dramatique tant qu'elle reflétait les fondamentaux économiques, car, par nature, elle était réversible. Il en va tout autrement si la glissade se mue en crise de confiance à l'égard d'une construction monétaire européenne encore toute jeune. En créant, pour la première fois dans l'histoire, la monnaie avant l'Etat, les acteurs de Maastricht avaient fait un formidable pari : que l'union politique suivrait bien vite ; que, poussés par la nécessité, les gouvernements accéléreraient l'harmonisation budgétaire, fiscale et sociale européenne. Or c'est tout le contraire qui se passe : ayant délégué leur pouvoir monétaire à la banque de Francfort, n'ayant plus à redouter une dégringolade de leur monnaie nationale, les gouvernements relâchent leur discipline, d'autant plus qu'aucune autorité politique ne vient les rappeler à l'ordre. La véritable finalité de l'euro était de pousser à l'Europe politique. Jusqu'à présent au moins, il sert surtout d'alibi aux égoïsmes nationaux. Et répond de moins en moins aux deux espoirs mis en lui : -qu'il soit non pas un simple instrument monétaire mais acquiert cette part de sacré attachée à la monnaie qui, comme garante de la valeur, est au coeur du contrat social et relie les générations ; -qu'il devienne une devise internationalement respectée et capable de tenir tête au dollar. Les dirigeants européens n'en parlent plus guère, mais les citoyens n'ont pas oublié les sacrifices qu'on leur a imposés afin de doter l'Europe d'une monnaie capable de rivaliser avec les Etats-Unis. Or, près de deux ans après la naissance de l'euro, jamais la domination américaine n'a été aussi pesante. Sur le marché monétaire comme sur les marchés financiers. Les actionnaires individuels qui voient leurs économies fondre aux moindres secousses de Wall Street et du Nasdaq paient assez pour le savoir |
Georges Valance |
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