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| Chute du dollar, hausse de l'or : la situation des Etats-Unis inquiète |
| La Vie Financière N°3178 / Vendredi 05 Mai 2006 / Catégorie : Interview |
Le dollar a atteint son plus bas niveau depuis un an
face à l'euro, tandis que le prix de l'or s'envole. Deux signes de
la méfiance des investisseurs à l'égard de l'économie américaine. |
Antoine Brunet, chef économiste à HSBC France |
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Le dollar atteint son plus bas depuis un an face à l'euro. Cette faiblesse va-t-elle durer ? A. B. Le recul du dollar, qui était prévu au cours du second semestre, a commencé plus tôt que prévu et va durer pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les banques centrales (d'Asie, du Moyen-Orient, mais aussi du Canada et de la Suède) diversifient leurs réserves en achetant des euros, des livres sterling, des francs suisses et de l'or. Le dollar souffre aussi du renchérissement du prix du pétrole qui alourdit le déficit commercial américain. Il pâtit enfin de l'affaiblissement géopolitique des Etats-Unis : l'intervention en Irak tourne au fiasco. Quant à l'Iran, il nargue impunément les Américains sur la question de l'arme nucléaire. Peut-on dire que les marchés n'ont plus confiance dans le dollar ? L'affaiblissement du billet vert témoigne d'une défiance des marchés vis-à-vis du dollar et d'un manque de confiance dans la politique monétaire américaine. Ben Bernanke, le nouveau président de la Réserve fédérale, a déclaré la semaine dernière que la Fed pourrait, en fonction de l'évolution de l'économie, marquer une pause dans la hausse des taux directeurs. Le successeur d'Alan Greenspan ne paraît pas très motivé pour freiner la croissance économique et l'inflation. Les marchés des changes n'apprécient pas cette politique monétaire complaisante qui ne tient pas suffisamment compte de la vigueur de l'économie et du risque de dérapage des prix. Pour ce qui est de la zone euro, la hausse de sa devise face au dollar ne constitue-t-elle pas une mauvaise nouvelle ? On ne se réjouira pas du renforcement de l'euro, devenu monnaie de réserve : voilà un cadeau empoisonné ! L'appréciation de la devise entraîne la hausse des prix des produits exportés et constitue donc un handicap pour les entreprises et la croissance, même si la facture pétrolière, elle, diminue un peu. Le principal risque, à vrai dire, c'est de voir l'euro se raffermir face au dollar davantage que le yen et les monnaies asiatiques. Dans cette hypothèse, les exportations de la zone euro seraient vraiment pénalisées, au moment où le commerce extérieur européen - en France, en Espagne et en Italie, notamment - ne se porte déjà pas bien. La Banque centrale européenne ne va-t-elle pas réagir pour atténuer le renforcement de la monnaie unique ? La BCE reste vigilante et, à mon avis, elle va renoncer à relever ses taux directeurs aussi nettement que prévu. Je pense qu'elle se contentera de les porter à 3 % d'ici à fin 2006, et non pas à 3,25 ou 3,5 % comme certains économistes s'y attendent. La reprise européenne peut-elle être stoppée ? Une croissance du PIB de 2 % en 2006 me paraît toujours envisageable. Certes, la vigueur de l'euro et le renchérissement du prix du pétrole constituent de mauvaises surprises. En revanche, la bonne tenue des exportations allemandes, la reprise de l'investissement dans la zone euro et la résistance de la consommation en France et en Espagne sont les bienvenues, comme, bien sûr, les résultats meilleurs que prévu des entreprises. Les investisseurs doivent-ils s'inquiéter, finalement, de cette crise du dollar ? La Bourse va-t-elle en pâtir ? L'économie américaine souffre d'un excès d'« effet richesse », notamment dans l'immobilier et la Bourse. La surchauffe qui en résulte crée des risques d'inflation. Reste à savoir comment va réagir Ben Bernanke. Soit il intervient rapidement et fait ralentir progressivement la croissance en continuant à relever les taux directeurs. Mais je ne crois pas vraiment à ce scénario. Soit il n'intervient pas dans l'immédiat, et il devra le faire ultérieurement de manière plus brutale avec le risque d'une récession. Ce second scénario me paraît plus probable. Dans ce cas de figure, la Bourse peut encore monter à court terme, mais avec des lendemains difficiles. La prudence s'impose. A cet égard, le prix de l'or me paraît très significatif des inquiétudes que suscite la situation actuelle. La hausse du métal précieux reflète les craintes des investisseurs à l'égard de la Réserve fédérale :c'est comme la statue du Commandeur face à Ben Bernanke ! |
Propos recueillis
par Catherine Bozon |
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