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| Chine : l'économie ralentira-t-elle enfin ? |
| La Vie Financière N°3090 / Vendredi 27 Aout 2004 / Catégorie : Tendance |
Le plan de refroidissement a pour l'instant peu d'effets sur l'activité. |
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Depuis des mois, les autorités de Pékin préparent le monde occidental à un freinage de l'économie chinoise. Pourtant, celle-ci montre peu de signes de faiblesse. Le PIB du géant asiatique continue de croître à un rythme proche de 10 % par an. Largement au-dessus des 7 % visés par le gouvernement. La demande intérieure reste particulièrement dynamique. L'investissement total, qui représente environ la moitié du PIB, a fait un bond de 30 % au cours des sept premiers mois de l'année, par rapport à la même période de l'année précédente. L'inflation accélère elle aussi. La hausse des prix à la consommation dépasse 5 % sur un an. Un niveau qui pourrait bien déclencher prochainement une hausse des taux d'intérêt. Contrairement aux apparences, les autorités de Pékin n'ont pas perdu prise sur l'économie. Le plan de refroidissement mis en place depuis le mois d'avril commence à produire quelques effets. L'expansion de la masse monétaire et des crédits distribués est tombée à 15 % l'an. La production industrielle faiblit elle aussi. Elle n'a progressé que de 15,5 % sur les douze derniers mois. C'est le taux le plus faible enregistré depuis décembre 2002. Cependant, les mesures prises jusqu'ici pour refroidir la machine sont insuffisantes. « Au cours de la période 1995-2003, pendant que les taux d'intérêt baissaient, la part du crédit dans le PIB a doublé. Elle est passée de 87,1 à 166 % », rappelle Andy Xie, chef économiste pour l'Asie chez Morgan Stanley. Ces excès mettront du temps à se résorber. Par ailleurs, dans le secteur des matières premières, notamment le ciment et l'aluminium, l'activité a de nouveau accéléré au mois de juillet. « En fait, l'économie chinoise tout entière reste dopée par la vigueur de la demande étrangère, le bas niveau des taux d'intérêt et la sous-évaluation du yuan », expliquent les experts de Merrill Lynch. Il faudra sans doute attendre le second semestre - et l'annonce de nouvelles mesures restrictives - pour qu'un vrai ralentissement soit perceptible. Celui-ci ne sera pas neutre pour l'économie mondiale. « La Chine, dont les exportations et les importations ont progressé de 30 % en 2003, a été le principal moteur à l'origine de l'accélération du commerce mondial », notait récemment l'Organisation du commerce extérieur du Japon dans un communiqué. En cas d'atterrissage de l'empire du Milieu, les échanges vont donc ralentir. Le prix des matières premières devrait refluer lui aussi. Mais baissera-t-il suffisamment pour que les économies occidentales en profitent ? Pas sûr. A court terme, le freinage chinois peut sans doute entraîner un reflux des cours du pétrole. Mais il en faudra davantage pour provoquer une baisse durable des cours du brut. La consommation de pétrole a beau exploser en Chine, elle n'atteint que 6 millions de barils par jour, contre 20 aux Etats-Unis, et le pays le plus peuplé de la planète satisfait lui-même plus de la moitié de ses besoins. « En fait, la Chine n'est pas le principal responsable de l'envolée des cours », affirme Moncef Kaabi, responsable matières premières de CDC-Ixis. Celle-ci s'explique avant tout par les redémarrages simultanés des économies de la planète et par la limitation des capacités des pays producteurs après plusieurs années de sous-investissement. Bien sûr, la demande chinoise a un impact important sur le prix des autres matières premières - des métaux notamment - car elle en consomme beaucoup. Sa boulimie a fait grimper les cours ces dernières années. Cependant, l'ampleur du reflux dépendra de la façon dont Pékin refroidira l'économie. En juin dernier, les marchés asiatiques dégringolaient, anticipant un atterrissage brutal. L'histoire semblait leur donner raison : les autorités chinoises ont rarement réussi un atterrissage en douceur de leur économie. Cependant, deux éléments pourraient changer la donne cette fois-ci. Primo, Pékin peut difficilement lutter contre le processus de modernisation qui tire sans cesse l'activité vers le haut. Secundo, les autorités chinoises feront tout pour empêcher l'activité de sombrer, faute de quoi les grands problèmes de société auxquels le pays est confronté (chômage grandissant, manque d'eau, pénurie d'énergie) deviendront vite ingérables. Bref, la demande chinoise de produits de base - et donc leurs prix - restera sans doute élevée, sauf accident lié à l'éclatement de la bulle immobilière. Les pays développés devront s'habituer à payer le prix fort pour obtenir les matières premières dont ils ont besoin. |
SÉBASTIEN JULIAN |
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