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| Chine, Inde : des marchés chaotiques |
| La Vie Financière N°3107 / Jeudi 23 Décembre 2004 / Catégorie : Tendance |
Le potentiel de croissance des deux géants est énorme. Le risque sur les marchés financiers aussi... |
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Après la Chine, cap sur l'Inde. De retour de Delhi, François Loos, ministre français du Commerce extérieur, ne cache pas son excitation : « Notre priorité, c'est l'Asie. Et, en Asie, il y a évidemment la Chine mais aussi l'Inde, où il faut mettre le paquet. » Au terme de ses quatre jours de visite, le « super-VRP » du made in France est revenu avec, en poche, la commande de quarante-trois Airbus de la compagnie publique Indian Airlines pour un montant de 2,2 milliards d'euros et la signature d'un partenariat entre Renault et l'indien Mahindra pour la construction de la Logan. Deux contrats phares qui ne doivent cependant pas masquer la faiblesse de nos relations commerciales avec les deux géants. Cette année, les exportations vers la Chine et l'Inde devraient représenter à peine 2 % de nos ventes à l'étranger... contre un peu plus de 3,5 % pour nos concurrents allemands, d'après les statistiques harmonisées de l'OCDE. « Notre retard est manifeste, mais, peu à peu, les choses changent. Comme la Chine, l'Inde devient une priorité pour tous les grands groupes français », note-t-on dans l'entourage de François Loos. En ligne de mire, l'émergence d'une classe moyenne qui dispose d'un réel pouvoir d'achat. Mais il n'y a pas que les prometteuses perspectives de débouchés. L'existence d'une main-d'oeuvre qualifiée et très bon marché fait aussi rêver tous les candidats aux délocalisations. A Bangalore, la Silicon Valley indienne, tous les grands noms de l'informatique et de l'électronique sont déjà présents. Intel, IBM, Microsoft mais aussi la Snecma ou encore Schneider Electric emploient des ingénieurs pour 6 000 euros par an, soit presque dix fois moins qu'en Europe. « L'Inde est en train de réaliser dans les services de haut de gamme ce que la Chine a déjà fait dans l'industrie manufacturière », note Stephen Roach, le gourou de Morgan Stanley. En attendant, les défis qui guettent les deux géants asiatiques dans les années à venir sont énormes. « En Chine, la restructuration des entreprises d'Etat, l'assainissement du système bancaire et la réduction des inégalités entre provinces sont autant de chantiers nécessaires à la poursuite d'une croissance de 8 à 9 % par an », affirme Johanna Melka, économiste à Ixis CIB. Les provinces de l'Est sont quatre fois plus riches que celles du Centre ou de l'Ouest. Un écart qui entraîne chaque année la migration de millions de paysans vers les villes et la désertification des campagnes. Pour la première fois de son histoire, la Chine a été importatrice nette de riz et de céréales cette année. Les banques sont, quant à elles, plombées par le poids des créances douteuses, qui atteindraient pratiquement 25 % de leur actif. Or, d'ici deux ans, les banques étrangères auront librement accès au marché domestique. « Le risque est grand de voir les ménages retirer leur épargne des banques chinoises pour la placer dans des établissements étrangers qui leur paraîtront plus sûrs, au risque de provoquer des faillites bancaires en chaîne », prévient Johanna Melka. En Inde, c'est le rétablissement des finances publiques, la relance des privatisations et, surtout, le développement des infrastructures publiques - électricité, énergie, transport, télécoms... - qui sont prioritaires. Le pays dépense chaque année près de huit fois moins que la Chine. Le plus gros chantier est la distribution d'électricité. Dans la plupart des Etats indiens, le courant est coupé entre deux et six heures par jour. Les grandes entreprises sont donc obligées de mettre en place leur propre réseau de production d'électricité. Bien que le potentiel de croissance à moyen terme des deux poids lourds de l'Asie reste considérable, les opportunités de placement en Bourse sont encore peu nombreuses et extrêmement risquées. En Chine, le marché A de la Bourse de Shanghai, ouvert aux investisseurs étrangers, affiche une baisse de près de 10 % depuis janvier. « Ce sont essentiellement des entreprises d'Etat qui y sont cotées. Or peu d'entre elles ont modifié leurs pratiques de gestion depuis leur introduction, d'où une extrême opacité des comptes. Mieux vaut privilégier les titres des sociétés chinoises cotées sur les marchés étrangers, notamment à New York », prévient Hervé Liévore, le spécialiste de l'Asie chez Natexis Banques populaires. En Inde, l'indice phare de la Bourse de Bombay, qui avait sévèrement chuté après les élections du printemps dernier, vient juste de retrouver son niveau du début de l'année. « Et seuls les fleurons indiens de l'informatique comme Infosys, Wipro, Tata ou le géant de la pétrochimie, Reliance, sont réellement intéressants », affirme un spécialiste des Bourses émergentes. A réserver aux amateurs de sensations fortes. |
BÉATRICE MATHIEU |
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