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| Chewing-gum mâchouillé et chaussettes fil d'Ecosse |
| La Vie Financière N°3172 / Vendredi 24 Mars 2006 / Catégorie : Editorial |
Deux entrepreneurs français ont décidé de mettre en vente leur modeste PME sur le site d'enchères en ligne eBay. Une première qui pourrait donner
des idées à des fonds pour vendre leurs participations au plus offrant. |
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Ce qui est agréable et stimulant avec Internet, c'est qu'on n'arrête pas le progrès. Prenez eBay, par exemple, la célébrissime plate-forme d'enchères en ligne qui, en septembre 2005, a fêté ses dix ans d'existence. La légende - ou plutôt l'une d'entre elles - veut que Pierre Omidyar, informaticien de son état alors âgé de 29 ans, ait voulu rendre service à son amie pour l'aider à compléter sa collection de distributeurs de Pez (vous savez, ces petits bonbons rectangulaires à la menthe poivrée). Très vite, il compose les premières lignes d'un programme qui deviendra Auctionweb puis eBay, par référence à la baie de San Francisco où l'entreprise a installé son siège. Le succès est immédiat et... planétaire. Les internautes y voient un bon moyen de « monétiser » tout ce qui est entassé de la cave au grenier : vélos, peluches, BD, bijoux, disques, timbres, etc. Front à louer, âme à vendre Mais, au fil du temps, l'offre de ses membres - ils sont près de 200 millions répartis dans une trentaine de pays - s'est aussi singularisée. Sur eBay.com, on trouve, en effet, des « choses » pour le moins insolites : un lot de trois pommes de terre en forme de coeur (cadeau idéal pour la Saint-Valentin), une barre de céréales croquée par Fabien Barthez avant un match de l'OM (préférable à la salive récupérée sur l'arbitre), un front à louer d'un habitant de Denver (nec plus ultra pour y apposer une publicité), l'âme d'un étudiant athée (attribuée à un ancien pasteur évangéliste), voire un chewing-gum mâché par la chanteuse Britney Spears (qui a trouvé preneur à... 14 000 dollars). Comme quoi l'argent n'a pas d'odeur, mais n'a pas non plus un goût très délicat. On attend maintenant avec impatience une dent de lait - non cariée de préférence - de l'actrice Sharon Stone ! Aujourd'hui, une nouvelle étape vient d'être franchie en France avec la décision de deux entrepreneurs de mettre en vente - jusqu'au 29 mars - leur modeste PME, baptisée ChaussetteOnline. Plus précisément, la marque et le stock de quelque 2 350 paires de chaussettes en fil d'Ecosse, car la loi ne permet pas de céder des parts sociales via le Web. Au-delà du coup de pub génial (couverture presse nationale pour une poignée d'euros), cette intrusion du monde de l'entreprise dans l'univers des enchères sur Internet doit inciter à la réflexion. Car, à terme, rien n'empêchera des fonds de vendre au plus offrant leurs participations par ce biais, à l'aube d'une bataille boursière. A l'instar des deux investisseurs, Amir Jahanchahi et Sebastian Holdings, qui ont ramassé plus de 2,5 % du capital de Vivendi et entendent peser de tout leur poids sur la stratégie, après avoir fait pencher la balance chez Havas au profit de Bolloré. Bref, un nouveau concurrent possible pour les Bourses traditionnelles, qui ont déjà du souci avec l'émergence des plates-formes électroniques de cotation. Comme l'écrivait le dessinateur et humoriste américain, James Thurber : « C'est bien, le progrès, mais ça fait trop longtemps que ça dure ! » |
Gérard Blandin |
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