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Cherchez l'erreur !
La Vie Financière N°2823 / Samedi 17 Juillet 1999 / Catégorie :

Le nombre des actionnaires individuels stagne. Peut-être parce qu'ils sont encore trop souvent les mal-aimés de la société.
 
herchez l'erreur : jamais la Bourse de Paris n'a été aussi active, avec des records de volume et de cours ! Jamais les patrons français n'ont été aussi agressifs : sortant d'une frilosité ancestrale, ils multiplient les OPA-OPE en France et à l'étranger. Accor, Air liquide, Total, Suez-Lyonnaise des eaux, Vivendi, etc., il ne se passe pas une semaine sans qu'une grande entreprise annonce un gros coup. Jamais, non plus, les Français n'ont été aussi friands des actions des sociétés privatisées ! Et pourtant le nombre des actionnaires stagne : selon la dernière enquête menée par la Sofres pour la Banque de France et ParisBourse, ils sont seulement 5,2 millions à détenir des actions en direct. Quasiment pas un de plus qu'en 1997 ! Et qu'est-ce que cela serait sans les privatisations, puisque la moitié de ces actionnaires individuels détiennent exclusivement des actions de sociétés cédées au public ? Cette bouderie boursière est d'autant plus alarmante qu'elle contraste violemment avec l'engouement observé ailleurs. Même les Allemands, traditionnellement rétifs, se convertissent à la Bourse avec un bond de 28 % des actionnaires individuels en deux ans.  Qu'on ne vienne pas nous dire que les ménages sont ignares en finance : l'autre enseignement de l'enquête est qu'ils sont au contraire des épargnants avertis, avisés et réactifs. L'assurance vie voit-elle ses rendements baisser et sa fiscalité perdre de son attrait ? Pour la première fois, les ménages s'en détournent : le nombre de détenteurs de contrats est passé de 10,4 millions en 1995 à 9,5 aujourd'hui. Même réflexe négatif à l'égard des sicav monétaires et obligataires, dont les rendements sont également moins intéressants. En revanche, les sicav actions ont séduit 700 000 détenteurs supplémentaires, ce qui démontre que les Français sont informés des performances des actions mais qu'ils répugnent à passer directement à l'acte d'achat. Pourquoi ?  Peut-être tout simplement parce que trop peu d'efforts sont faits pour encourager la culture actionnariale. Les intermédiaires, notamment les banques, développent un zèle modéré à l'égard de l'actionnaire individuel, qui a souvent le sentiment de déranger lorsqu'il téléphone pour passer un ordre. C'est d'ailleurs là un des grands atouts des sites Internet : passer des ordres instantanés et dans le plus total anonymat. Les entreprises, elles-mêmes, négligent encore trop souvent les actionnaires individuels et apportent tous leurs soins à leurs gros actionnaires internationaux, pourtant moins fidèles. Troisième acteur, franchement négatif : l'Etat, qui matraque fiscalement les placements boursiers aussi bien sur les dividendes que sur les plus-values. Une étude récente (voir La Vie française du 5 juin) a montré que, pour un bénéfice de 100 francs, il reste 41 francs à un couple d'actionnaires français contre, par exemple, 52,50 francs à un couple allemand. Ne cherchez plus l'erreur...  Quatrième responsable de ce manque de culture actionnariale, la société française elle-même qui, disons-le, n'aime pas les actionnaires individuels. Ceux que certains journaux appellent encore les « petits porteurs » ou, pis, les « retraités de Romorantin » (comme récemment Le Nouvel Observateur). Ce qui fleure bon son parisianisme supérieur et n'est guère aimable, ni pour les provinciaux ni pour les personnes âgées. On oublie trop que les épargnants investissant en Bourse acceptent de prendre des risques pour financer l'économie et constituent un ultime rempart contre la prise de contrôle totale des grandes entreprises françaises par les fonds de pension anglo-saxons. L'actionnaire individuel aussi a besoin de reconnaissance sociale. Et il la mérite


Georges Valance
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RODRIGUEZ GROUP RODRIGUEZ GROUP : 1.54€  (+14.22%) 1.76€
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